A Toulouse, l’université du Mirail de Candilis sera-t-elle complètement rasée ?

On a du mal à y croire et pourtant, c’est toujours le même scénario qui se met en place quand il s’agit de détruire une icône architecturale, en particulier quand ce sont des bâtiments datant du XXe siècle. Il y a déni des autorités et on assiste, médusé, à la mise en place d’un processus d’éradication allant jusqu’à les faire disparaître. C’est ce qui est en train de se  passer à l’université du Mirail à Toulouse faisant actuellement l’objet d’une démolition-reconstruction réalisée par les architectes Valode et Pistre associés à Cardete & Huet dans le cadre d’un PPP. Encore debout, le bâtiment 18 demeure le seul ensemble complet, cohérent et structuré, qui puisse témoigner, notamment par la multitude des patios si caractéristiques de la patte de Josic, de l’histoire de l’université. Voué malheureusement lui aussi à disparaître dans les mois à venir, il est peut-être encore temps d’agir et de l’intégrer à la nouvelle université où il aurait toute sa place.

Le Candilis, ce qui reste du bâtiment 18 et sera conservé toute l'année universitaire pour assurer les cours - © Les 101 patios du Mirail
photo n° 1/12
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La démolition-reconstruction de l’université du Mirail à Toulouse

Implantée au sud-ouest de Toulouse  en bordure du périphérique, l’université conçue par Candilis, Josic et Woods à la fin des années 1960,  avait été pensée pour intégrer la ville nouvelle du Mirail. Si elle a souffert des affres du temps, n’ayant jamais été entretenue durant trente années avant 2001 – cela justifie en grande  partie sa vétusté –, elle constitue un témoin majeur d’une époque "révolutionnaire" – entre autres sur le plan pédagogique –, et résulte d’une pensée architecturale brillante qui, dans la lignée de Team X, compte parmi les plus porteuses du siècle dernier. Aujourd’hui, une grande partie des bâtiments qui la remplacent ont surgi de terre, véhiculant, dixit les concepteurs et la maîtrise d’ouvrage, l’esprit de Candilis. Au-delà de son indéniable valeur patrimoniale, il est le symbole de tout un quartier, le seul édifice à pouvoir établir un lien entre le campus d’hier et celui d’aujourd’hui. A ce titre, on peut s’interroger sur la viabilité d’un futur universitaire dont on aurait gommé les origines, effacé les traces matérielles d’une mémoire qui l’inscrivent dans la réalité d’une continuité historique. Et si on assiste à la naissance d’un nouveau style, celui d’un "néo-Candilis", il ne faudrait pas pour autant en oublier les fondements, n’en déplaise aux exigences portées par celles d’un PPP. Entre le fait d’araser un lieu et la volonté de le faire renaître, il y a un pas qu’il ne faudrait pas franchir, au risque de dénaturer sa légitimité et d’empêcher la vie de prendre ses marques.

  • Pour comprendre les enjeux du projet de la démolition de l'université du Mirail, lire " La démolition-reconstruction de l'université du Mirail à Toulouse", in AMC n° 244, septembre 2015

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  • Julien Roumette

    J’enseigne dans le campus du Mirail conçu par Candilis, Josic et Woods depuis plus de vingt ans. Je peux témoigner de la qualité de cette architecture, vécue au jour le jour, parfaitement pensée pour l’enseignement universitaire en sciences humaines. Le « Candilis » est à échelle humaine. Il a été conçu pour un enseignement de proximité, loin des grands amphis. Sa grande réussite est la salle de cours de dimension « normale », pour trente à cinquante étudiants. S’inspirant des maisons méditerranéennes, l’ensemble est bâti presque entièrement de plain-pied. Les salles de cours sont réparties autour de nombreux patios qui en aèrent la structure (il y en avait 101 à l’origine). Ce sont des lieux ouverts, lumineux et paisibles, où il est agréable d’être et de travailler. Arborés et accessibles, la taille des patios est proportionnée aux salles de cours, créant une continuité entre les espaces intérieurs et extérieurs. Ils contribuent de façon essentielle à instaurer une atmosphère studieuse, comme autant de petits cloîtres modernes où l’on n’aperçoit que les plantations et le ciel, manifestant un souci écologique avant la lettre. Unité organique qui se développe horizontalement, en réseau, cette architecture incarne une vision du savoir non hiérarchisée, plus proche de la réalité de la recherche que les massifs alignements au cordeau des grandes structures. Enfin, cette utopie architecturale est celle d’un savoir ouvert : les cours sont visibles de l’extérieur par ceux qui passent dans les coursives comme par ceux qui travaillent dans les salles avoisinantes. Ce campus a les qualités d’un véritable modèle architectural universitaire. Unique en France, il doit être préservé. Non seulement comme un patrimoine essentiel, mais également comme une proposition parfaitement à même de répondre aux besoins de l’université de demain.

  • Corinne

    Ne faut-il pas souhaiter que l'utopie politique et culturelle dont ces bâtiments ont été l'expression continue à vivre dans la mémoire des personnels et des étudiants de l'université du Mirail (aujourd'hui Jean Jaurès) ? Une université qui détruit son passé ne trahit-elle pas l'une de ses missions: apprendre aux jeunes à appréhender le monde dans sa complexité, entre passé, présent et avenir ? J'appelle de mes voeux une large mobilisation et une proposition créative pour sauver une trace du Candilis

  • Laurent

    A Toulouse, comme ailleurs on se fixe du patrimoine architecturale du XX è siecle. en France ce qui est beau c'est ce qui est très vieux....y a t il a Toulouse un SDAP ? que fait il ? A quoi sert il ? et les archis de l'ordre départementale et le ministère de la culture,se sont ils manifesté ? Valode, Pistre et consorts ont ils demandé aux héritiers de Candilis pour se permettre de raser son œuvre? qui est une architecture qui peut se réhabiliter et qui correspond aux usages attendus par le corps professorales, voire les documents filmés de l'Ina a ce sujet...

  • Denis Froidevaux

    Que reste-t'il du travail du trio Candilis - Josic - Wood qui a marqué sa génération d'architectes ? La cité artisanale des Bruyères de Josic à Sèvres a bêtement été démolie alors que sa conception proliférante, flexible et fluide se prêtait à toute les reconversion. Il en est de même ici, XX° siècle, ton patrimoine fout le camps !.

  • Eupalinos

    Qu'en penses les architectes chargées de cette destruction ? Sont-ils des victimes ou des bourreaux ? Ils ont acceptés bien sûr parce que si ce n'était pas eux, d'autres auraient pris la place …

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