Adelfo Scaranello - Musée Camille-Claudel à Nogent-sur-Seine - lauréat "Culture, jeunesse et sport" du prix de l'équerre d'argent 2017

Le musée Camille-Claudel conçu à Nogent-sur-Seine (Aube) par l'architecte Adelfo Scaranello est lauréat dans la catégorie "Culture, jeunesse et sport" du prix de l'Equerre d'argent 2017.

Lauréat catégorie "Culture, jeunesse et sport" du prix de l'Equerre d'argent 2017, Musée Camille-Claudel à Nogent-sur-Seine (Aube), Adelfo Scaranello (architectes), Nogent Musée et Ville de Nogent-sur-Seine (maître d'ouvrage) - © ANDRE MORIN
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Zoom sur l'image Adelfo Scaranello - Musée Camille-Claudel à Nogent-sur-Seine - lauréat Culture, jeunesse et sport du prix de l'équerre d'argent 2017

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Adepte d’une architecture « mesurée », Adelfo Scaranello livre une réalisation engagée qui, sous une apparente simplicité, fait réfléchir sur les enjeux actuels d’un musée. Sans sombrer dans le divertissement, il réussit le difficile équilibre de créer un dispositif au service des oeuvres – et donc du public – et d’instaurer un dialogue physique entre le bâtiment et la ville. Au point que celui-ci en devient une composante évidente, articulant les nouveaux volumes à des éléments plus anciens pour former un îlot urbain qui semble avoir été toujours là et qui, pourtant, fait signe. Situé en plein coeur de ville, il se lit en effet comme un petit morceau d’urbanité, au croisement du lieu et de la fonction, et faisant écho à la volumétrie des habitations qui ourlent sa périphérie. Insérant les parties nouvelles à la maison familiale des Claudel qui a été restaurée, il développe un cheminement interne fluide et toujours connecté à son environnement proche et lointain. La seule émergence de trois niveaux répond ainsi aux silhouettes du clocher de l’église, des grands moulins ou de la centrale qui scandent le ciel nogentais. A la facture classique et bourgeoise du déjà-là, les nouvelles entités apposent un langage formel marqué du sceau de la sobriété et renforcé par le recours à un unique parement en briques qui les qualifie.

Une vision quotidienne du musée

Dans la continuité du vocabulaire de la ville où elle est très présente et utilisée à des fins décoratives, la brique est reprise comme une monomatière qui signifie symboliquement le statut public de la construction. « Matériau principal du musée, elle est fabriquée de façon artisanale et son usage revêt une portée conceptuelle qui se réfère à Camille Claudel, à ses mains de sculptrice et à leur rapport avec la terre », explique l’architecte. Alors que pour certains il eut été facile d’imaginer un Disneyland claudélien abritant la plus grande collection du monde de l’artiste au destin tragique, Adelfo Scaranello a privilégié une vision « quotidienne » du musée. Au-delà, il n’a pas conçu le bâtiment comme un écrin pour Camille Claudel mais plus largement comme un réceptacle-outil consacré à la sculpture. A la complexité d’une intervention sur un bâti pour partie historique s’est ajouté le paramètre non négligeable d’un partenariat public-privé qui – malgré un chantier laborieux – a été intégré dès la conception, au même titre que la topographie et la mémoire du site.

Echappées et grande pureté

Quand le visiteur entre par le jardin pour arriver dans un hall vitré, point de départ pour pénétrer dans l’îlot, c’est naturellement que l’imbrication des différents volumes l’entraîne à faire une boucle lui donnant l’impression de traverser une succession d’ateliers d’artistes. En dépit de la pente, la création d’un niveau zéro fluidifie le rapport entre le bâti neuf et ancien dont le même sol de terre cuite polie se déploie en enfilade, comme une marée blanche et laiteuse. A l’enchâssement rythmé des salles s’ajoute une scénographie réduite à sa plus simple expression. D’une élégante efficacité, elle porte une attention extrême à la captation de la lumière naturelle, qu’il s’agisse des hauts jours, de grandes baies ou encore de puits au plafond. Cette recherche de mise en valeur des sculptures se doublant d’échappées et de cadrages parfois saisissants sur les venelles alentour. Et pour ce qui est de l’éclairage artificiel, il faut souligner la discrétion de leur intégration, de même que les ventilations sont systématiquement insérées dans des joints creux. Cela donne un ensemble d’une grande pureté et l’unique gris choisi pour recouvrir les supports et piédestaux développe une vibration qui dynamise la plastique des sculptures. Outre la volonté de ne pas être ostentatoire, on retrouve le même effet de monomatérialité qui anime l’extérieur du musée, comme s’il s’agissait de concentrer l’archétype et le contemporain. Dans ce musée – et c’est sa grande force –, il n’y a pas de place pour le discours, car les œuvres parlent d’elles-mêmes. Insufflant une juste présence, son architecture parvient à devenir étrangement familière, annihilant tout effet de distanciation entre l’art et le visiteur.

 

  • Lieu : Nogent-sur-Seine (Aube)
  • Maîtrise d’ouvrage : Nogent Musée SAS / ville de Nogent-sur-Seine (PPP)
  • Maîtrise d’œuvre : Adelfo Scaranello architecte (Markus Mueller, Lucie Waquet, Thibaud Szadel, Martin Quelen). ANAU architectes, économie et suivi d’exécution
  • Programme : accueil, salles d’exposition, auditorium, atelier pédagogique, réserves (restructuration, extension et construction neuve) ; Base et muséographie (en montage PPP)
  • Surface : 2 750 m² SP (1 000 m² exposition permanente, 400 m² exposition temporaire)
  • Calendrier : 2011-2017
  • Coût : 7 M€, dont 5,8 M€ (bâtiment) et 1,2 M€ (scénographie)

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