Agence RVA, la restructuration du Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin

A Pantin, le Serpentin d’Emile Aillaud est un classique architectural des grands ensembles des Trente Glorieuses.  Rester fidèle à l’esprit d’Aillaud tout en prenant en compte la réalité sociale d’un environnement sensible et fortement dégradé était le principal enjeu de l’agence RVA (Dominique Renaud et Philippe Vignaud) qui, à la suite d’une étude de définition, a été chargée de la restructuration lourde de cet habitat social "historique" de l’office HLM de Pantin : le Serpentin, les quartiers de Fonds d’Eaubonne et de Pont-de-Pierre et le parc central. Composées de 32 millions de carreaux de céramique de verre, les façades revisitées avec la collboration du  graphiste Pierre di Sciullo dévoilent désormais une pixellisation contemporaine dont l’élégance et la douceur s’insèrent avec justesse dans un patrimoine plus vivant que jamais.

Restructuration du Serpentin à Pantin - Agence RVA - © Luc Boegly - 2014
photo n° 1/17
Zoom sur l'image Agence RVA, la restructuration du Serpentin d’Emile Aillaud à Pantin

Situé dans la cité Les Courtillières – édifiée par l’architecte entre 1954 et 1959 –, il compte parmi les bâtiments les plus longs d’Europe. Tout en courbes, il se développe sur près d’un kilomètre et ceinture un parc valonné de quatres hectares. Et si l’agence RVA n’a pas hésité à intervenir sur le bâtiment, voire à "trancher" dans le vif, c’est pour redonner un second souffle au bâtiment avec des surfaces accrues et une intégration urbaine optimisée. Tout en mesurant la chance de travailler sur un sujet aussi exceptionnel, la priorité des architectes a néanmoins été de s’interroger sur la manière d’intégrer l’ensemble du bâti dans la ville. "La question architecturale est venue dans un second temps car il y avait urgence à recréer une connexion entre le Serpentin et ses environs", expliquent-ils. Il s’agissait de réussir à adapter le bâti aux contraintes contemporaines et de rétablir des usages qui s’étaient perdus, notamment ceux du parc, devenu un véritable coupe-gorge. Dans cette optique, deux modules ont été démolis pour mettre en relation la spatialité extérieure et intérieure. Et malgré le souvenir des polémiques suscitées par cette destruction, une fois sur place, on ne peut qu’en saluer l’effet salutaire : le bâtiment n’a rien perdu de sa force. Son ondulation est toujours aussi saisissante et cette "amputation" participe, au contraire, à redonner du sens à son architecture en la rendant perméable. Accessible et visible, le parc devient un équipement public et pas seulement un espace résidentiel refermé sur lui-même et atrophié. De même, les halls, initialement traversants, ont recouvré une transparence qui, au fil temps, avait été masquée par des murs obturant les vues sur ce paysage.

 

Rester fidèle à l’esprit d’Aillaud

Pragmatique et contextuelle, lucide aussi, la démarche des maîtres d’œuvre n’a pas pour autant écarté l’aspect patrimonial. Sans s’interdire d’intervenir sur le bâti, ils sont restés fidèles à l’esprit d’Aillaud. En témoigne leur volonté de renforcer la lisibilité de la modénature d’origine du Serpentin, notamment en gommant les ajouts d’une première campagne de restauration des années 1980. Pour ce qui est de la rénovation des façades, ce n’est pas une restitution – trop coûteuse en mise en œuvre et en entretien et, d’autre part, lacunaire sur la connaissance de leur état initial – qui a été privilégiée mais une extrapolation contemporaine et innovante. Souhaitant éviter le pastiche et le recours à un enduit à la perennité relative tout en s’inscrivant dans une lignée colorée chère à Aillaud, les architectes ont fait appel au graphiste Pierre di Sciullo pour les habiller d’une mosaïque de pâte de verre. "Il fallait éviter le pastiche, la pose d’un enduit à la pérennité relative et nous ne voulions surtout pas barioler les façades car cela aurait rajouté une couche de stigmatisation. Le logement social a aussi le droit à la simplicité et à la dignité", insistent les architectes.

 

Des façades pixelisées

Grâce à la légèreté du motif des pixels, la perception du bâtiment varie en fonction de la distance, permet la création de modulations infinies et sans brillance, d’une grande douceur. Côté rue, la façade est homogène et continue, assumant l’unicité du monolithe linéaire. Son dégradé vertical, identique sur tout le déployé, le signale dans son environnement tout en développant un rapport empathique avec lui. Côté parc, elle présente une palette chatoyante, dans des tons complémentaires à la verdure, dont le dégradé horizontal singularise chaque cage d’escalier. De chaque fenêtre, les points de vue sont différenciés et les variations colorimétriques concourent à créer des lieux spécifiques et repérables, en résonance avec les espaces végétaux. Au total, pour revêtir ces 25 000 m² de façades à revêtir, ce sont onze couleurs d’émaux qui ont été retranscrites sur des plaques de 33 x 33 cm associant deux couleurs chacune sur les 169 carreaux qui les composent. Soit près de 1 880 combinaisons différentes, un total de 200 000 plaques et de 32 millions de carreaux. "Ici c’est du parpaing, pas du préfabriqué soulignent-ils, et avec le choix de ce produit, c’était une manière de ne pas déroger au process de construction initial avec un système qui protège de l’extérieur. "La conception de cette nouvelle enveloppe sur l’ITE existante a d’ailleurs fait l’objet d’une procédure Atex, le système retenu se composant d’un bardage sur ossature bois de plaques de ciment recouvert d’une finition mosaïque d’émaux de verre. A l’intérieur, les appartements ont été entièrement reconfigurés et agrandis, passant de 655 à 513 unités avec 25 typologies différentes. Une redistribution complète a été opérée pour adapter les surfaces étriquées du Serpentin aux nécessités actuelles. Là encore, une manière de préserver le bâtiment et redonner à ses habitants la capacité de se l’approprier grâce à un confort et à une attractivité retrouvés. 

 

 

  • Lieu : Pantin (93)
  • Maîtrise d’ouvrage : Pantin Habitat OPH
  • Maîtrise d'œuvre : Agence RVA Dominique Renaud Philippe Vignaud (architectes) ; Atelier Pierre di Sciullo (graphiste) ; Arcoba-Artelia (BET économiste) ; Agence Vincent Pruvost (paysagiste)
  • Programme : réhabilitation et résidenialisation du quartier des Courtillières et réaménagement du parc central
  • Surface : 50000 m2 shob
  • Calendrier : 2008, étude des façades ; 2011, lancement du chantier des façades, livraison 2015
  • Coût : 50 739 701 € HT (réhab +resid + démol)

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