Barrault Pressacco - 17 logements sociaux à Paris

Membre de la très en vogue famille des matériaux naturels, la pierre fait l’objet, comme le bois et la terre crue, d’un regain d’intérêt chez les architectes. L’agence Barrault Pressacco a décidé de l’associer, en format massif, à l’acier, au bois et au béton, au sein d’un système hybride et iconoclaste. Au cœur du Paris haussmannien, ces 17 logements sociaux actualisent l’image et l’usage de ce matériau ancestral.

 

Barrault Pressacco, 17 logements sociaux et un commerce, Paris XIe arr. - © Giaime Meloni
photo n° 1/6
Zoom sur l'image Barrault Pressacco - 17 logements sociaux à Paris

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PREMIÈRE ŒUVRE 2013 / NOMINÉ - BARRAULT & PRESSACCO - MAISON INDIVIDUELLE

Depuis la livraison d’une maison à Gonneville-sur-Mer (Calvados) nommée au prix de la Première Œuvre en 2013, on soupçonnait chez Thibaut Barrault et Cyril Pressacco un intérêt particulier pour la matière et son dérivé constructif, le matériau. A l’époque, le béton de chanvre, utilisé pour ses qualités d’isolant et de régulateur d’hygrométrie, disparaissait derrière les panneaux contreventant l’ossature bois. Rue Oberkampf, en plein cœur du XIe arrondissement de Paris, là où les grands immeubles nés des tranchées haussmanniennes rencontrent le bâti hétéroclite du tissu faubourien, le béton de chanvre n’est pas camouflé. Projeté en face intérieure de la façade en pierres massives de ces logements, il est simplement recouvert d’un enduit à la chaux. Offerte à la vue et au toucher, la rugosité de l’isolant combinée à celle de la pierre dote les appartements d’une chaleur domestique particulière. Chez Barrault Pressacco, questionner ce qui compose physiquement un projet est primordial. Conçue pour la RIVP, l’opération parisienne est habitée d’une forme de vérité constructive, où la matière qui fait le matériau est toujours visible. Le choix d’utiliser la pierre a été fait dès le concours. Mais les architectes ont préservé la réalisation d’une radicalité hyperdémonstratrice en inscrivant la matière ancestrale dans un système hybride performant, cohérent avec les enjeux techniques et économiques actuels de la construction en ville dense – même si l’on doit reconnaître qu’avec un budget de 3,2 M€ pour 1 085 m2 Shab, l’opération est plutôt bien dotée. Combiné à une ossature poteaux-poutres en acier, à des planchers en bois massif censés alléger l’ensemble, et à un socle en béton coulé en place, l’usage de pierres massives et d’un isolant en béton de chanvre permet à la façade d’être porteuse et de se passer d’une collection d’éléments secondaires et périssables (vêture légère, plaques de plâtre, etc.). Le bois reste visible en sous-face et le béton est poncé pour révéler ses granulats. En plan, l’approche est tout aussi rigoureuse. Les files de poteaux organisent les pièces humides. Souvent un casse-tête lors des réhabilitations, les gaines techniques longent ces descentes de charges pour gêner le moins possible. Enfin, les pièces de vie s’alignent en façade, profitant très largement de la lumière naturelle.

Empilement

Les concepteurs revendiquent le caractère rudimentaire de la mise en œuvre, selon eux « Il n’y a aucune sophistication dans les assemblages. La pauvreté du dispositif, son dépouillement, garantit sa durabilité ». De fait, de simples cornières en acier fixées sur les linteaux reçoivent les planchers. 380 tonnes de pierre de Brétignac, extraites en carrière souterraine en Charente – d’où vient l’entreprise de maçonnerie -, habillent le projet. « La traçabilité du matériau est assez grisante, un peu comme celle des légumes sur l’étal d’un primeur », confient les architectes qui sont allés sur place pour définir avec le carrier un spectre d’aspect. D’une hauteur constante de 47 cm, les éléments mesurent 35 cm d’épaisseur au premier niveau pour assurer la stabilité de l’enveloppe, et 30 dans les étages. En façade sud, où les ouvertures atteignent 1,90 m de large, les poutres-linteaux sont réalisées en béton, la pierre utilisée pouvant difficilement franchir des portées supérieures à 1,30 m. Basé sur un principe d’empilement, le calepinage des façades, dont les joints restent visibles, en appelle au vocabulaire de l’ossature plutôt qu’à celui du mur percé. Ainsi, ce n’est pas une maçonnerie spécifique de jambage qui souligne les baies, mais un fruit de 10 cm dans les pierres empilées. La modénature en creux qui en découle construit une identité singulière, comme le négatif contemporain de celle des immeubles haussmanniens basée sur l’ajout d’éléments de décor.

« La question du nouveau à travers le prisme de l’histoire et de la tradition, l’ordre des assemblages et de la construction organisent les processus de fabrication de nos projets », expliquent les exigeants Thibaut Barrault et Cyril Pressacco.

  • Lieu : Paris XIe arr.
  • Maîtrise d’ouvrage : RIVP
  • Maîtrise d'oeuvre : Barrault Pressacco, architecte mandataire ; LM ingénieur, BET structure et thermique ; Atelux, BET fluides ; QCS services, BET acoustique ; ALP ingénierie, économie
  • Programme : 17 logements sociaux et un commerce
  • Surface : 1 085 m2 Shab ; 1 222 m2 SDP
  • Calendrier : livraison 2017
  • Coût : 3,2 M€ HT
  • Entreprises : Tempere construction, entreprise générale ; Bonnel, sous-traitant pierre

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