Biennale d'art de Venise 2017: Xavier Veilhan emballe le pavillon français de l’intérieur

A l’occasion de la 57e Biennale d’art contemporain de Venise, Xavier Veilhan s’est emparé du pavillon national français pour le transformer en un studio d’enregistrement – Studio Venezia. Habillé de contreplaqué d’okoumé du sol au plafond, celui-ci, méconnaissable, s’apparente à une grotte, transfiguré au point que l’on ne perçoit plus son volume initial.

Xavier Veilhan, Studio Venezia, Biennale de Venise 2017 - © Giacomo Cosua Veilhan / ADAGP
photo n° 1/12
Zoom sur l'image Biennale d'art de Venise 2017: Xavier Veilhan emballe le pavillon français de l’intérieur

C'est l'artiste Xavier Veilhan qui s’est emparé, pour la 57e Biennale d’art contemporain de Venise, du pavillon national français. Et il faut reconnaître que l’exercice consistant à s’approprier cet objet architectural à l’allure néoclassique est plutôt réussi. L’imposant bâtiment implanté dans les Giardini depuis 1912 manque de finesse; il est pourvu d’un péristyle et d’un plan en croix, ce qui complexifie sa mise en espace. Dans la lignée de ses travaux antérieurs, le plasticien y a installé un environnement immersif qu’il définit comme «une sculpture-studio d’enregistrement devenant le support de création de musiciens pendant les sept mois de la manifestation».

Sculpture-habitacle

Inspirée du Merzbau (1923-1937) de Kurt Schwitters, l’installation opère une véritable fusion des arts visuels et de la musique. D’abord pensé comme un espace à vivre chaleureux et fonctionnel, le lieu n’est surtout pas un espace d’exposition, plutôt un atelier de création foisonnant où les visiteurs sont conviés à être les témoins d’un matériel sonore en gestation, comme s’ils se faufilaient dans le cerveau des artistes. Il y a la volonté d’effacer toute mise à distance entre eux et le public, et cela est retranscrit spatialement sous la forme d’un continuum embrassant l’ensemble du pavillon. C’est une sorte de grand plan libre où la circulation est fluidifiée au maximum, laissant le choix au public de pénétrer par l’entrée principale et de traverser l’édifice pour sortir par une porte créée à partir d’une issue de secours. Le programme comprend deux studios d’enregistrement, dans la salle principale et celle qui la prolonge, tandis que les ailes latérales sont occupées par une «green room» (salle de repos et de réunion pour les artistes) et une «control room» (boîte dans la boîte dévolue à l’ingénieur du son). Chaque entité a sa propre indépendance sonore, bien qu’il n’y ait pas de porte pour les séparer. Enjeu majeur de la viabilité du projet, il fallait en effet sauvegarder cette autonomie mais aussi éviter les nuisances venues du dehors ; et, inversement, ne pas propager de musique dans les jardins. Pour absorber les bruits, des panneaux en laine de bois (Fibraroc), de la toile de jute et des paillassons ont été utilisés. De même, des sas acoustiques ont été créés. A cet égard, la conception de l’entrée est révélatrice: derrière son mur oblique en hommage à Claude Parent, un dispositif en chicane fait office de filtre phonique. L’idée de perdre tout contact visuel avec l’existant va jusqu’au traitement de la lumière, à la fois artificielle et naturelle. La grande verrière de la grande salle disparaît ainsi sous des couches de plafond, masquée par une sorte de millefeuille boisé qui laisse passer le jour.

Investissement spécial

Entre les premières esquisses et le résultat final, le projet a beaucoup évolué. A l’image du laboratoire qu’il est devenu, il a été conçu de manière très intuitive. Outre la modélisation, le travail à partir de maquettes, au 1/50e puis au 1/20e, a constitué une étape fondamentale du processus; des ajustements sont ensuite intervenus au cours du montage, réalisé en un mois et demi. Participant autant de l’œuvre d’art que de l’architecture, l’investissement spatial du pavillon dépasse de loin ceux proposés lors des récentes biennales d’architecture. On soulignera que le budget global s’élève à 1,8 M€, les deux tiers provenant du secteur privé. Et l’on se plaît alors à rêver à une ruée de sponsors pour la Biennale d’architecture de 2018. Mieux, à une réévaluation de l’enveloppe par la nouvelle ministre de la Culture.

 

  • Biennale de Venise 2017, 57e exposition internationale d'art contemporain, jusqu’au 26 novembre 2017

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