Bruther - Maison de la recherche et de l’imagination - lauréat "Lieu d'activité" du prix de l'équerre d'argent 2016

Un ovni s’est posé sur la presqu’île de Caen. On ne voit que lui sur ce territoire post-industriel en restructuration. Le drôle de phare, mi-équipement culturel mi-laboratoire scientifique pour artistes, hackers et inventeurs un peu fous, a été conçu par les architectes iconoclastes Stéphanie Bru et Alexandre Theriot.

 

Lauréat - © Filip Dujardin
photo n° 1/5
Zoom sur l'image Bruther - Maison de la recherche et de l’imagination - lauréat Lieu d'activité du prix de l'équerre d'argent 2016
  • Cet article extrait du n°248 d'AMC vous est offert dans son intégralité par la rédaction

 

Avec son foisonnement de formes et de matières, le centre culturel et sportif du quartier Saint-Blaise à Paris (XXe arr.) nous avait déjà mis sur la piste (voir AMC n°239): la production de Stéphanie Bru et Alexandre Theriot est exotique, dans un monde de l’architecture où ont plutôt cours le minimalisme géométrique et les emballages uniformes. Le centre des sciences qu’ils livrent sur la presqu’île de Caen confirme la singularité de leur approche. Posée à une centaine de mètres de la bibliothèque multimédia à vocation régionale (BMVR) conçue par OMA et en cours d’achèvement, la Maison de la recherche et de l’imagination (MRI) signée Bruther lui volerait presque la vedette. Tourelle d’une trentaine de mètres de haut, elle attire le regard dans cette zone en restructuration. L’étroitesse de la parcelle destinée au projet (750 m2) imposait la hauteur pour construire les 2500 m2 demandés par le maître d’ouvrage, l’association Relais d’sciences. Mais il importait aux architectes d’identifier l’équipement, outil de diffusion de la culture scientifique et de médiation auprès du grand public. Ils l’ont surélevé pour augmenter sa visibilité, libérant un parvis –un peu austère– relié par une passerelle à la future esplanade verte imaginée par Michel Desvigne, de l’autre côté du canal.

Station spatiale

Surplombant l’école d’art et la salle de concerts voisines, ainsi que tous les entrepôts alentours et la BMVR, on ne voit qu’elle. Que peut bien renfermer cette drôle de construction, plus proche de la station spatiale que de l’équipement culturel? Difficile à dire. Le mystère est entretenu par le dôme qui couronne la construction et le patchwork qui l’enveloppe, où se mêlent en trames variées du verre, des coussins d’ETFE, de la tôle métallique ondulée, des plaques de polycarbonate et des colonnes de béton. Les architectes semblent avoir volontairement brouillé les repères, comme une métaphore du programme complexe avec lequel ils ont dû composer. En réalité, ils jouent avec la matière –c’est leur marque– et tirent de son abondance la poésie de leur projet. Artistes, hackers, inventeurs un peu fous et investisseurs doivent se mêler au sein de la MRI. -Ateliers de fabrication, salle de conférences, plateau d’expositions et espaces de coworking sont donc au menu du concours. Complexité des flux et diversité des exigences de confort aussi. L’agence Bruther a travaillé main dans la main avec le programmiste François Guiguet (Aubry & Guiguet), mandaté jusqu’à la phase APD pour préciser les besoins. Une démarche enrichissante, puisque le parvis et le dôme "événementiel" privatisable en sont nés.

Brutalisme raffiné

Pour agencer les espaces de la manière la plus fonctionnelle, les maîtres d’œuvre ont choisi d’absorber leur variété dans une superstructure ouverte à tous les possibles. Trois plateaux libres identiques de 500 m2 se superposent: le plateau auditorium au premier niveau; le plateau fabrication avec deux ateliers et un espace d’expositions au-dessus; enfin, le plateau de bureaux. Leur double hauteur permet la création de mezzanines et leur plancher technique assure une complète adaptabilité de l’aménagement. Clos par des sas vitrés, ils sont encadrés de deux blocs de circulations publiques. En plus d’assurer une ouverture –au moins visuelle– de tout l’équipement aux visiteurs, ils constituent la clé structurelle du projet: réalisés en béton, ils servent d’appui aux planchers métalliques du volume habitable. Les entreprises ne disposant que de neuf mois pour réaliser l’ouvrage, la rationalité du dispositif a facilité la construction et la sobriété des assemblages, la mise en œuvre des multiples matériaux. Mais, si les architectes revendiquent la neutralité spatiale et la modestie technique de l’ensemble, la MRI relève d’un brutalisme très raffiné qui requiert une grande implication dans l’exécution, aucun élément n’étant camouflé derrière des plaques de plâtre. Enfin, elle révèle un plaisir évident du dessin car, si générique soit-elle, sa superstructure est habillée d’une peau sophistiquée hautement identifiable et son plan –presque un logo– s’avère tout aussi graphique que fonctionnel.

 

 

  • Lieu: Caen, Calvados
  • Maîtrise d’ouvrage: association Relais d’sciences ; Normandie Aménagement, maître d'ouvrage délégué
  • Maîtrise d’œuvre: Bruther, Stéphanie Bru et Alexandre Theriot, architectes; Bureau Michel Forgue, économiste; Inex, BET fluides et thermique; Batiserf, BET structure; Altia, BET acoustique; Ducks scéno, scénographie; AIA Management, OPC
  • Programme: centre de conférences et d’expositions, ateliers de fabrication, espaces de coworking, espace événementiel
  • Surface: 2500 m2 SP
  • Calendrier: concours, juillet 2013; 9 mois de chantier; livraison, juillet 2015
  • Coût: 4,1  M€ HT, y compris VRD et aménagements extérieurs

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