CentraleSupélec, une enclave dorée signée OMA et Gigon Guyer à Saclay

Au total, 4 200 étudiants ont fait leur rentrée ce 11 septembre 2017 dans le nouveau campus de l’Ecole CentraleSupélec sur le plateau de Saclay (Essonne). Installé dans la ZAC du Moulon, à deux pas du Lieu de vie de l’agence Muoto, lauréat de l’Equerre d’argent 2016, il est composé de deux bâtiments neufs signés OMA et Gigon Guyer.

Bâtiment universitaire, OMA architectes, Ecole CentraleSupélec Paris Saclay, France - © Philippe Ruault
photo n° 1/22
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Le plateau de Saclay poursuit sa mue en haut lieu de l’enseignement supérieur francilien avec l’inauguration du campus de l’Ecole CentraleSupélec à Gif-sur-Yvette (Essonne). En tout, 76 100 m2 répartis en deux bâtiments, sont sortis de terre pour accueillir 4 200 aspirants ingénieurs. D’un côté de la rue Joliot-Curie, s’élève désormais le bâtiment « Gustave Eiffel » qui totalise 48 000 m2. Réalisé en maîtrise d’ouvrage publique, il a été conçu par l’agence OMA. En face, le bâtiment « Francis Bouygues » développe 25 000 m2. Celui-là est issu d’un contrat de partenariat public-privé attribué au groupement piloté par Bouygues Bâtiment Ile-de-France, associé à l'agence suisse Gigon Guyer. Selon Hervé Biausser, le directeur de l'établissement, les deux constructions ont été imaginées suivant les principes d’« hybridation », de « densité », de « sérendipité » et de « flexibilité », qu'on sait chers à Rem Koolhaas. En somme, ce sont donc des boîtes extra-larges, sorte de villes sous cloche où s’agglomèrent les fonctions - et maintenant les grouillots - qui ont poussé au cœur de Saclay. Salles d’enseignement et laboratoires de recherches cohabitent avec bibliothèque, restaurants universitaires, gymnase et auditorium à l’intérieur de deux grandes halles inondées de lumière naturelle. Chez OMA, la fameuse « city grid » apprivoise tranquillement la complexité du programme et rationalise l'organisation des pleins et des vides, autour d'une grande diagonale qui fend le volume sur toute sa hauteur. Moins marqué dans sa composition, le plan de Gigon Guyer est plus flou: il est décrit par ses concepteurs comme une « topographie artificielle » qui noue, sur trois niveaux et autour d'un patio planté, les cours couvertes déployées entre et au-dessus des volumes fermés.

La fonction du vide

Pour envelopper son espace cathédrale, OMA a misé sur une couverture en ETFE. Dématérialisation réussie car on s'y balade comme à ciel ouvert, les coussins translucides flottant au-dessus de nos têtes, tels des nuages. Bouygues et Gigon Guyer ont choisi de mettre en œuvre une collection de verrières, dont les structures pataudes alourdissent la toiture et l’ambiance. On se sent parfois un peu étriqué dans ces 25 000 m2. Parce qu'il faut bien donner une raison d'être aux séries de vides, c’est sur le mobilier que les architectes ont misé, comme pour forcer la densité humaine. Un catalogue d’assises basses et hautes est déployé pour qualifier les lieux, ainsi transformés en vide-bureaux partagés, vide-restaurant universitaire, vide-amphithéâtre, etc. C’est moins pour le confort de la pose entre deux cours que pour engager les rencontres productives à tous moments et entre tous les publics (étudiants, chercheurs ou encore entrepreneurs). Dans le bâtiment Eiffel, la patte des concepteurs néerlandais est lisible : les banquettes minimalistes s’étirent le long des circulations et sont ponctuées de tablettes où poser l’ordinateur ; les rangées de canapés taillés dans la légendaire mousse bleue se déploient dans les moindres recoins. Les cloisons tombent chez OMA. Elles sont remontées par Annette Gigon et Mike Guyer. Dans le bâtiment Bouygues, des alignements de bancs avec dossiers surdimensionnés favorisent les réunions dans les couloirs en calfeutrant l’ambiance sans obstruer la vue. On peut même suivre des cours dans des cabines d’essayage XXL posées sur le plateau libéré au-dessus du théâtre. Il suffit de tirer les rideaux en velours multicolores qui entourent les tables… Bref, les étudiants sont prévenus, à CentraleSupélec on travaille partout, tout le temps et à la vue de tous, même après le cours d’escalade.

Bossages à la florentine

Il est dit que dans les deux bâtiments des espaces seront mutualisés à l’échelle du quartier (gymnases et salles de sport, salles d’enseignement des langues, restaurant universitaire notamment). Mais si l’établissement revendique avec ce nouveau campus « un enseignement ouvert sur la cité », on peine à imaginer l’intérêt qu’auront les étudiants à sortir de leur campus doré, tant toutes les facilités y sont proposées (on a même vu un studio d’enregistrement pour les musiciens amateurs). Disposés au rez-de-chaussée et proches des entrées principales, l’auditorium conçu par l’agence de Rem Koolhaas et le théâtre imaginé par Annette Gigon et Mike Guyer sont facilement accessibles mais invisibles depuis la rue. Et aura-t-on vraiment envie de pénétrer dans la forteresse d’OMA autrement que pour y suivre un cours ? Les panneaux noirs en béton préfabriqué qui forment des barreaux aux fenêtres ne sont pas très engageants. En face de ces bossages à la florentine, le terne bardage en grès cérame choisi par Gigon Guyer n’est pas plus amène… Les boîtes de CentraleSupélec semblent bien hermétiques.

 

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