Concours Acier 2020, un palmarès sous «Turbulences»

Ils étaient 12 finalistes à se présenter devant le grand jury du concours Acier 2020 organisé par ConstruirAcier. Le sujet: "Turbulences, l’architecture face aux mutations climatiques et aux risques naturels». Zoom sur les quatre lauréats distingués qui, selon le président du jury, l’architecte Thomas Corbasson, «ont fait la part belle à la stimulation intellectuelle et émotionnelle».

CONCOURS ACIER 2020.PREMIER PRIX EX AEQUO Machine à paysage (réécriture d’un site abandonné à Montpellier) Caroline Desplan, ENSA Paris-Belleville - © Caroline Desplan
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Inondations, sécheresses, vagues de chaleur, séismes... Si l’intensification de ces événements climatiques est à l’œuvre, sur quelles solutions l’architecte peut-il s’appuyer pour influer sur l’autonomie de la société de demain et relever le défi du bien-être de la population? C’est sur ce thème crucial que les étudiants en école d’architecture et d’ingénieurs ont planché cette année, à l’occasion de l’édition 2020 du Concours Acier.

Une ouverture vers l’espace imaginaire

«Dans l’ensemble, les candidatures témoignent d’une très bonne qualité de travail, observe l’architecte Thomas Corbasson, président du jury 2020. Et la partie technique des projets présentés n’a jamais éclipsé la place de l'imagination et de la respiration. C’était là tout le défi de ce sujet. Bâtir pour se protéger des risques climatiques exige une réflexion constructive qu’il s’agisse d’implantation, de forme, de matérialité et de mise en oeuvre. Mais aussi une part de rêve et une ouverture vers l’espace imaginaire. Les quatre lauréats que nous avons distingués ont non seulement tous apporté une réponse cohérente à la problématique mais ils ont aussi fait preuve d’une réelle justesse du propos quant à la réponse écologique, ainsi que d’un vrai beau geste architectural.»

 

Le palmarès

  • PREMIER PRIX EX ÆQUO: «Machine à paysage» (réécriture d’un site abandonné à Montpellier), Caroline Desplan, ENSA Paris-Belleville
    Le projet propose une lecture sensible d’un territoire littoral abandonné comme espace potentiel de valorisation paysagère et intègre le projet architectural à une réflexion écologique à plus grande échelle. Il cherche à valoriser un site déchu aux problématiques diverses: l’ancienne décharge de Montpellier, qui a longtemps pollué ce paysage si singulier. La Machine à paysage est une usine à double effet. En tirant parti de la décharge pour la dépolluer et en extraire du méthane, qui deviendra une source d’énergie pour la seconde partie de l’usine, elle profite de son implantation entre rivière et étang et installe une centrale osmotique, nécessitant de l’eau douce et salée, pour produire de l’électricité. Poutre treillis en acier de 240 m, l’usine se soulève sur des cuves porteuses, sans toucher au sol naturel. Le toit terrasse projette le regard vers l’horizon marin.
     
  • PREMIER PRIX EX ÆQUO: «Bio River City», Malo Bottani, Valentin Lepley-Schulman, ENSA Nantes
    Le projet s’appuie sur la sauvegarde de la citadelle de Blaye, monument de défense militaire, érigé par l’ingénieur Sebastien Le Prestre de Vauban au XVIIe siècle, et situé sur l’estuaire de la Gironde. L’érosion liée aux variations du niveau du fleuve fragilise la roche sur laquelle repose la citadelle, au risque d’un effondrement. Le projet s’accroche donc sur une digue en béton qui aurait été érigée à la hâte en proposant d’y installer un laboratoire à ciel ouvert de la biodiversité estuarienne. La proposition est pensée comme étant un lieu de vie ouvert sur son environnement, accessible depuis les remparts. Cet équipement installé en encorbellement et développé sur 700 mètres de long tend à révéler un site par son architecture, mettant en résonance une approche de sauvegarde patrimoniale et de protection environnementale.

 

  • TROISIEME PRIX: «Fenêtre sur Saône», Anais Ducret, Alice Barthelemy, ENSA Paris-La Villette
    C’est au Port Nord de Chalon-sur-Saône que le projet prend place. Doté d’un caractère patrimonial fort, le site doit faire face à un risque de montée des eaux. Pour le devenir du site, caractérisé par ses machines industrielles désuètes, ses collectifs d’artistes et ses industries d’acier en perte d’activité, l’équipe propose d’édifier un Centre technique de création, recherches et formations en architecture, design et ingénierie qui fonctionne en partenariat avec les industries de matériaux in situ. Ainsi, les machines à l’abandon retrouvent un usage et la construction du centre est pensée selon les gabarits du pont roulant. Reposant sur les concepts de circuit-court et de faible impact, l’édifice fait le choix d’une construction acier inoxydable qui met en action les industries et machines présentes sur place, offrant des possibilités d’adaptation dans le temps, de flexibilité dans l’usage. Les portiques acier constituent la structure principale, une «échelle» qui permet à des modules autoportants de s’y greffer et de s’élever selon les variations de l’eau.

 

  • MENTION SPECIALE: «Velum 93, structure sanitaire d’urgence», Louis Gibault, ENSA Paris Belleville
    En référence à la récente crise sanitaire, cette proposition mène une réflexion constructive afin de surmonter de futurs chocs traumatiques naturels. Le projet Vélum93 est né d’un échange avec le Dr Thierry Gibault. L’installation d’urgence proposée est envisagée comme une solution à la surpopulation dans les hôpitaux lors de situations pandémiques mais elle peut s’adapter à d’autres contextes d’hébergements d’urgence. Inspirée d’une ombrelle, la structure métallique mise en œuvre assure rapidité d’exécution et confort sanitaire. Il s’agit d’un dispositif pliable et transportable avec une structure métallique qui est développable, permettant d’ériger verticalement l’espace. Ce principe assure un gain de temps considérable et s’adapte à des terrains difficiles. Quatre poutres en acier coulissent autour d’un point structurant vertical qui assure les descentes de charges. L’étanchéité et l’apport en lumière sont assurés par une double peau composée d’une maille métallique rattachée à une toile tendue. Le choix des matériaux permet de faciliter les opérations de transport avec un poids et un volume réduit. Le projet s’implante dans un territoire aux enjeux sanitaires et sociaux forts, celui de la Seine Saint Denis, plus précisément sur l’Ile-Saint-Denis.

 

 

  • Composition du jury: président, Thomas Corbasson, architecte, fondateur de l’agence Chartier-Corbasson; Anne Pezzoni, architecte, archi5; Fabienne Ponsolle, architecte, représentante de la Maison de l’architecture Ile-de-France; Loïc da Silva, ingénieur, président d’Inexom; Simon Durand, ingénieur, schlaich bergermann partner; Jacques Franck Degioanni représenté par Amélie Luquain, journaliste Le Moniteur; Alice Bialestowski, journaliste AMC; David Abittan, rédacteur en chef, TEMA.

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