ÉQUERRE D'ARGENT 2007 / NOMINÉ – MOATTI ET RIVIÈRE - MUSÉE CHAMPOLLION

En 1977, la ville de Figeac achète la maison natale de Champollion et décide d’en faire un musée d’égyptologie qui fut inauguré en 1986.

Façade sur la place : Musée Champollion, Moatti et Rivière, Figeac, Équerre d’argent 2007 / nominé - © Luc Boegly
photo n° 1/8
Zoom sur l'image ÉQUERRE D'ARGENT 2007 / NOMINÉ – MOATTI ET RIVIÈRE - MUSÉE CHAMPOLLION

Les architectes ont choisi de donner de la profondeur au bâtiment sur la place en lui créant une double façade.

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Enrichi par de nouvelles œuvres et porté par la volonté politique d’en faire un pôle culturel autour du thème de l’écriture, le musée fait l’objet d’un concours, en 2001, en vue de son extension. Après deux ans de travaux, il vient de rouvrir ses portes.

Le projet consistait à créer de nouveaux espaces muséographiques en réunissant deux maisons, l’ancien musée et une habitation traditionnelle, située sur la place Champollion, en plein centre-ville. Forts d’une expérience multiple en matière de réhabilitation, les architectes lauréats, Alain Moatti et Henri Rivière, défendent une position forte face au patrimoine : celui-ci ne doit pas être figé, il porte un système de valeurs et de connaissances qui doit évoluer. Par ailleurs, pour ce type de programme engageant la collectivité, l’important est de dessiner un objet unique, inoubliable de manière à provoquer une appropriation commune. « Un objet banal ne crée rien, aucun événement, il n’apporte aucune conscience collective », soulignent Rivière et Moatti. Ici, ils ont choisi de donner de la profondeur au bâtiment donnant sur la place Champollion en lui créant une double façade. La façade originale, faite de larges pierres est conservée. Elle est simplement rehaussée à son sommet de poteaux d’acier rouillé qui soutiennent le toit du « solelho », une petite terrasse autrefois destinée au séchage des légumes. Cette paroi de pierre brute, assure une continuité urbaine. Elle est aussi un élément majeur de la mise en scène de la deuxième façade, en verre, qui se tient à un mètre en retrait de la première. Flamboyant de jour comme de nuit, ce tableau de verre inclut un film de cuivre percé de caractères d’écriture du monde entier. Ainsi perforé, il apparaît comme un « moucharabieh typographique » visible à travers les huit baies régulières et les quatre portes en ogives de la façade de pierre.

Le second mur de 120 m2 est constitué de 48 panneaux de verre de 3 m x 1,20 m, collés directement sur la structure. Il se présente comme un aplat sans joints ni bâti visibles.

L’univers créé entre les deux parois est accessible par l’aménagement de passerelles en résille métallique. Ces balcons sont autant de belvédères dominant la place, la ville et les collines alentours, tandis que l’effet de verticalité est préservé.

Réaliser le moucharabieh géant était une gageure technique : chaque panneau de verre a reçu un film sur lequel on a posé des feuilles de cuivre de 14 cm x 14 cm et de 0,5 micron d’épaisseur. Un vernis au gabarit des lettres a empêché le cuivre de se déposer de manière à créer les motifs. L’ensemble (films et verres) a subi une cuisson afin de former un premier verre feuilleté. Celui-ci a alors été assemblé avec un autre verre trempé de 8 mm pour composer un double vitrage traditionnel. Au total, 42 types de lettres – dont chacune a été redessinée par le graphiste et typographe Pierre di Sciullo – et 1 000 caractères d’écriture, composent cette façade. Ce travail sur le langage va de la naissance de l’écriture jusqu’au langage informatique.

La seconde gageure technique était de mettre la maison aux normes de l’équipement public. L’échelle d’habitation ne pouvait rester telle quelle. De nouveaux planchers ont été créés en correspondance avec les niveaux du musée.

Conçu avec le scénographe Pascal Payeur, le parcours de visite est fluide et traversant. Les circulations verticales, clairement repérables, sont placées au centre. L’escalier métallique, recouvert de bois, est accroché à la structure de la cage d’ascenseur mise en œuvre en béton haute densité.

Concernant la muséographie, le parti pris est radicalement monochrome. Les cimaises, les signes peints sur les parois de verre, les sols, les murs et les plafonds sont d’une même couleur pour bien identifier chaque salle.

Si la nature des collections ne favorise pas la mise en relation des fragments de l’histoire des cultures proposées dans les différentes salles, l’évolution des écritures à travers le monde et les époques est posée. Cette question n’a jamais été aussi actuelle à l’heure des bouleversements des pratiques de l’écrit et de la lecture, de plus en plus marqués par la fragmentation liée à la révolution numérique.

 

Visitez le site des arcchitectes : http://moatti-riviere.com/

 

  • Lieu : Figeac (46).
  • Maîtrise d’ouvrage : Ville de Figeac.
  • Maîtrise d'oeuvre : Agence Moatti et Rivière, architectes ; Valérie de Vincelles, chef de projet ; étude de projet : Frédéric Rat ; Pascal Payeur, scénographe ; Pierre di Sciullo, graphiste et typographe ; François Gaunand, éclairagiste ; Pascal Bontemps, responsable de projet ; Béton Ingénierie, BET.
  • Surface : 1 400 m2 SHON.
  • Coût : 4,1 m€ HT.

 

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