ÉQUERRE D'ARGENT 2009 / NOMINÉ - TANK - LOGEMENTS COLLECTIFS

La Minoterie, cet ensemble de logements collectifs sous forme de lofts, s’est concrétisé au terme d’une réhabilitation lourde, menée avec la ténacité conjointe des maîtres d’œuvre et du commanditaire. qui illustre la capacité d’un immeuble, au demeurant ingrat et abandonné, à devenir un symbole de renouvellement urbain.

Façade : Logements collectifs, Tank, Roubaix, Équerre d’argent 2009 / nominé - © Jean-Pierre Duplan
photo n° 1/7
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La situation de l’ancienne usine Corda et de la minoterie qui la jouxtait, est inscrite dans le développement rapide de Roubaix à la fin du XIXe siècle. La Minoterie surprend par ses proportions massives et sa hauteur conséquente – cinq et sept niveaux – qui impose son ombre portée dans les rues étroites qui le bordent et sur les jardins des vieilles maisons accolées. Le projet a d’abord consisté à éliminer les chancres et à agrandir son assiette foncière. Les architectes ont aussi émis l’hypothèse qu’une partie du bâtiment soit arasée. Ce scénario consistait à démolir les deux niveaux supérieurs en béton de manière à les aligner sur la partie la plus ancienne de l’édifice.

Le bâtiment est constitué de trois parties, qui épousent les contours de l’îlot ancien. L’aile sud a été maçonnée en brique, avec le soin caractéristique des « châteaux industriels » qui, au tournant des xix et xxe siècles, offrent des façades composées classiquement de travées verticales soulignées par des pilastres. La partie centrale de l’édifice est un volume à ossature poteaux-poutres en béton armé. La trame porteuse y est très serrée, et c’est cet ensemble qui montait en R+6, deux niveaux au-dessus de la première tranche et de l’aile nord, réalisée dans le même temps. Dans cette dernière partie, la structure en béton est plus aérée, mais le dimensionnement conséquent des poutres suscite la même sensation de force contenue et surdimensionnée. ature répond à des descentes de Le diagnostic du bâtiment fut sans appel : outre la démolition des silos, de nombreux planchers devaient être renforcés et l’ossature devait trouver un véritable mode de contreventement. Cette préoccupation majeure a été résolue par la position centrale des circulations verticales créées par Tank, et dont le fût joue le rôle de noyau dur. Quitte à sacrifier une part des planchers, les architectes ont dimensionné une large circulation commune qui se justifie sous plusieurs aspects. D’une part, ils ont convaincu le maître d’ouvrage que l’ascenseur soit un monte-charge conséquent : allégorie essentielle du monde industriel, réminiscence d’un usage dépassé. D’autre part, ils ont dédoublé le couloir d’accès aux logements en ménageant un grand palier pour l’escalier de secours. A volée droite, celui-ci communique par deux portes avec la circulation commune et satisfait ainsi à la règle des sept mètres d’éloignement. Enfin, ce noyau de contreventement perfore la toiture du bâtiment ancien et dessert alors quatre appartements qui profitent de la vue privilégiée sur la ville.

Les logements créés au R+5 se particularisent par leur contour en croix qui semblent échapper à la rigueur de l’enveloppe du bâtiment sur lequel ils se posent. Pourtant, excentrée et dissymétrique, cette composition se pose précisément sur la trame porteuse de l’édifice existant. Leur ossature métallique limite le report des charges et offre des volumes dégagés sous le bac acier apparent qui accentue l’effet loft. La taille variée des appartements créés est en adéquation avec l’orientation solaire. Tous profitent d’une terrasse en angle et le plus grand logement s’ouvre plein sud par une loggia qui chevauche la vieille façade en brique. Créant un jeu de niveaux à l’intérieur de ce logement, les architectes ont ménagé la continuité de l’acrotère maçonnée, scandée de petits créneaux. Et ils ont projeté la conséquente loggia en saillie de plus de deux mètres devant l’ancienne façade et cet ensemble en surélévation est caréné d’aluminium En homothétie, huit balcons sont accrochés sur la façade. Leurs flancs opaques dissimulent le tirant d’acier, alors qu’une vitre sans montant forme garde-corps côté sud, offrant la sensation d’un plongeoir.

Dans la partie en ossature béton, des soustractions au volume clos ont été opérées de façon aléatoire, créant ainsi de nombreuses loggias qui rendent d’autant plus lisible la trame du casier en béton.

Ragréée au minimum, l’ossature porteuse apparente offre une patine grise qui se décline avec la teinte des châssis aluminium et la galvanisation des garde-corps. Une composition verticale est donnée en seconde lecture par la largeur limitée des vitres et le rythme imperturbable des serrureries.

L’économie du projet n’aurait pas permis de reprendre la totalité des planchers hauts. Il a déjà fallu un investissement intense du promoteur, de l’équipe de maîtrise d’œuvre et des entreprises pour opérer dans le monstre de béton, les reprises structurelles recourant au béton projeté, passivation des aciers, et autres carbonatations. Affinant son diagnostic et sa prescription, l’ingénieur Antoine Huard a optimisé les interventions sur la structure. Le coût de l’opération par rapport au montant de la première ouverture des plis a été réduit de 25%.

Cela s’est fait sans dénaturer les ambitions premières et La Minoterie apparaît maintenant comme un édifice remarquable dans le paysage post-industriel roubaisien. 

 

Visitez le site de l'architecte : www.tank.fr

 

 

 

  • Lieu : Roubaix (59).
  • Maîtrise d’ouvrage : Maison Rouar.
  • Maîtrise d'oeuvre : Tank Architectes : Lydéric Veauvy & Oliver Camus, architectes ; Lucie Vandenbunder, architecte assistant ; Pingat, BET ; Qualiconsult, bureau de contrôle.
  • Surface : 4 549 m² de Shab.
  • Calendrier : blabla
  • Coût : 3 325 000 € HT.

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