Exposition Tous à la plage: derniers jours pour partir à la conquête du littoral

Derniers jours pour découvrir l'ambitieuse exposition "Tous à la plage!" à la Cité de l'architecture et du patrimoine, à Paris. Richement documentée, elle retrace, sous ses multiples facettes, trois siècles d’essor du tourisme et de l’architecture balnéaires en France et révèle la conquête progressive des bords de mer au regard des pratiques européennes.
 

Cabine royale, Saint-Sébastien (Espagne), 1908. - © George Eastman Museum
photo n° 1/8
Zoom sur l'image Exposition Tous à la plage: derniers jours pour partir à la conquête du littoral

Des premières plages en pleine nature du XVIIIe siècle aux fronts de mer bétonnés de Monaco ou de la Costa Brava, "Tous à la plage!" retrace l’expansion du tourisme balnéaire et l’histoire de cet irrésistible attrait pour l’horizon marin. Centrée sur la France mais comportant de nombreux exemples étrangers, l’exposition est nourrie par trente années de recherche universitaire, d’études et d’inventaire sur les côtes françaises. Des travaux qui ont fait l’objet de plusieurs publications et d’expositions, généralement consacrées à des exemples spécifiques. Il manquait donc une rétrospective abordant cette thématique à l’échelle hexagonale et européenne. C’est chose faite. Très dense et documenté, le parcours est alimenté par quelque 70 prêteurs français et étrangers. De la naissance des bains de mer aux premières stations balnéaires, des considérations économiques aux aspects architecturaux, en passant par la mode vestimentaire, les activités sportives, mais également les questions du transport, de l’aménagement du territoire et de la protection du patrimoine, le propos est très large. La grande qualité des documents ainsi que leur variété (photos, affiches, plans, maquettes, jusqu’à la bande dessinée ou la caricature) préserve le visiteur de tout pensum. Les quatre commissaires de l’exposition ont conçu un déroulement chronologique en trois grandes parties: l’invention de la villégiature jusqu’à la crise de 1929; la démocratisation des loisirs et le tourisme de masse; enfin, les questionnements actuels sur l’urbanisation ­littorale face aux défis de préservation du patrimoine ou du changement climatique.

Des bains thérapeutiques...

C’est vers 1720-1730 sur les côtes de Grande-Bretagne que naît la pratique des bains de mer. L’objectif est thérapeutique: on y vient pour se guérir des miasmes urbains. Des tirages grand format en noir et blanc et des cartes postales dévoilent les "bathing machines", roulottes en bois tirées par des chevaux jusque dans la mer. Les baigneurs pouvaient s’y changer à l’abri des regards puis s’immerger avec l’aide d’un maître baigneur. Honoré Daumier se moque alors de ses bourgeois qui prennent la tasse et une estampe publiée dans l’Illustration raille la pratique du "barbotement général". En moins d’un siècle, l’essor du transport ferroviaire aidant, apparaissent les premières villes balnéaires: La Baule, Le Touquet, Cabourg, Deauville, Arcachon… "Elles sont généralement structurées autour de trois éléments: le grand hôtel, l’établissement de bains et le casino", rappelle le commissaire général Bernard Toulier. Bâtie sur d’anciens marécages, Deauville s’organise autour de deux axes principaux, cardo et decumanus, complétés à l’est de la cité par l’hippodrome. A Ostie (Italie) [1910], les rues orthogonales sont recoupées par des diagonales ou des voiries circulaires, et les trois établissements de bains sont installés sur des pilotis au-dessus de l’eau. Cette partie de l’exposition consacrée à la Belle époque abonde en merveilles, telle la maquette du Chain Pier suspendu et les dessins très grand format du Pavillon royal, tous deux à Brighton (Grande-Bretagne), ou l’impressionnant sanatorium de Zuydcoote et ses 500 m de façades.

... à l’aménagement territorial

Après la Seconde Guerre mondiale, s’opère un changement d’échelle. "Pour l’Etat, l’heure n’est plus à la construction des stations mais à l’aménagement d’une côte entière en mobilisant ingénieurs des Eaux-et-Forêts, urbanistes et architectes", rappelle Bernard Toulier. Les deux grandes opérations d’aménagement, la mission Racine en Languedoc-Roussillon (1963) puis la mission Miaca en Aquitaine (1967), visent à capter la clientèle d’Europe du Nord qui se dirige désormais vers l’Espagne, mais aussi à répondre à la démocratisation des loisirs et à l’allongement des congés payés. En 1964, Paris Match reproduit sur une double page la carte des stations du Languedoc. Dans un coin de l’image est reproduit le Concorde, censé convoyer les estivants. Le texte en annonce 1,5 million à l’horizon 1975, et célèbre "la nouvelle civilisation des loisirs". Une carte de la côte Aquitaine où alterne les unités bâties et les espaces paysagers reflète la prise de conscience d’un aménagement plus écologique et raisonné. Les logements collectifs, marinas les pieds dans l’eau comme Port-Grimaud ou le village de vacances de Georges Candilis pour Barcarès-Leucate, cohabitent avec des formes plus individuelles et mobiles. Le même Candilis imagine l’Hexacube, module de polyester stratifié de 7 m2 que l’on peut assembler à sa guise, proche du Tétrodron conçu à la même époque par l’Atelier d’Urbanisme et d’Architecture.

Expansion flottante

La fin du parcours se veut plus prospective. Comment répondre à la pression démographique pesant sur les littoraux, tout en conciliant préservation du patrimoine et défis écologiques? En France, depuis la création du Conservatoire du littoral en 1975, de nombreuses mesures de protection ont été prises, comme l’interdiction de construire à moins de 100 mètres du rivage. Et l’objectif est d’acquérir un tiers de la bande côtière sauvage d’ici 2050. Faute de terres disponibles, c’est désormais sur l’eau que s’envisage l’avenir. Dubaï a ouvert la voie avec son île palmier artificielle et Monaco poursuit son expansion flottante. Un chantier de 6 hectares gagnés sur la mer est supervisé par Valode & Pistre. Autre dessein pour le Rocher, signé Vincent Callebaud: une "écopolis" sur l’eau en forme de nénuphar géant. Son nom? ­"Lilypad, cité flottante et écologique pour réfugiés climatiques". Pour l’heure, le projet est toujours dans les cartons.
 

  • Exposition: Tous à la plage!
  • Jusqu’au 12 février 2017
    Cité de l’architecture et du patrimoine
    Palais de Chaillot, 45 avenue du Président-Wilson, Paris XVIe arr.
     

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