Face à face Melnikov-Le Corbusier à la villa Savoye

Le Centre des monuments nationaux présente l’exposition « Melnikov/Le Corbusier, rencontre à la villa Savoye » jusqu’au 17 septembre 2017 à la villa Savoye (Poissy), première manifestation en France née du jumelage de monuments français et russes. Les deux architectes se sont rencontrés en 1925, quand Konstantin Melnikov (1890-1974) achevait la construction du pavillon soviétique de l’exposition internationale des Arts décoratifs et industriels de Paris en 1925. A l’occasion de cette rencontre, Le Corbusier (1887-1965) fit visiter à son homologue russe, dans un grand tour en voiture, chacune de ses constructions réalisées.

Konstantin Melnikov et sa femme Anna près de leur maison en construction, 1928 - © Schusev State Museum of Architecture
photo n° 1/6
Zoom sur l'image Face à face Melnikov-Le Corbusier à la villa Savoye

En écho lointain aux discussions des deux architectes, l’exposition « Melnikov/Le Corbusier, rencontre à la villa Savoye », présentée jusqu’au 17 septembre 2017 à la villa Savoye (Poissy), se propose de faire découvrir l’œuvre variée de Melnikov. Pavillons d’exposition, maisons du peuple, garages et quelques projets non réalisés sont montrés, en regard de la villa Savoye, à travers une série de reproductions exposées en extérieur. La maison Melnikov est, elle, présentée à travers une maquette, un film et une série de dessins et photographies projetées à l’intérieur même de la villa Savoye.

Konstantin Melnikov réhabilité

La vie de Melnikov (1890-1974), l’un des architectes russes les plus importants et controversés, reflète en grande partie l’histoire de la Russie du XXe siècle. Le jeune homme talentueux, issu d’une famille de paysans, reçut, avant la révolution, une excellente éducation artistique et architecturale. La Révolution de 1917 fut pour lui un véritable ascenseur social. Il s’est rapproché des intellectuels de l’élite bolchévique grâce aux nombreux concours auxquels il a participé et à ses premiers projets. Son architecture est convertible, dynamique, voire cinétique pour certains projets, et toujours « parlante », avec des formes mémorables. Mais il n’opposait jamais l’ancien au nouveau, le classique au moderne, méprisait les matériaux modernes, et sa création avant-gardiste intégrait les traditions de l’architecture russe. Dans les années 1930, lors de l’essor de l’architecture stalinienne, Melnikov refusa de renoncer à ses propres principes créatifs, ce qui entraîna son exclusion de la profession d’architecte. Alors qu’à la fin des années 1920, le praticien prolifique travaillait simultanément sur une dizaine de projets, il ne réalisa aucune œuvre au cours de la deuxième moitié de sa vie. Ce n’est qu’en 1960 qu’il fut réhabilité et reconnu. Ses principaux travaux sont des bâtiments publics (garages, clubs, pavillons d’exposition), mais sa réalisation la plus connue est sa propre maison-atelier à Moscou.

Un chef d’œuvre de maison-atelier

La maison Melnikov, chef-d’oeuvre de l'architecture d’avant-garde soviétique, a été dessinée par Constantin Melnikov pour lui-même et sa famille. Elle a été construite de 1927 à 1929 comme une maison témoin du « système Melnikov » que l’architecte a présenté, pour l’appliquer ensuite aux constructions de masse. L’architecte a vécu dans cette maison jusqu’à la fin de sa vie. Contrairement au fonctionnalisme de Le Corbusier (et de ses adeptes soviétiques, les constructivistes), qui définissait la maison comme une « machine à habiter », Melnikov estimait que, dans l’architecture, la forme était primaire et que les fonctions étaient intégrées à celle-ci. 

 

Deux cylindres de différentes hauteurs (11 et 8 m), dont un tiers est encastré l’un dans l’autre, créent ensemble une composition en trois dimensions rappelant le chiffre « 8 ». Lors de la construction, le recours à un mur indépendant avec des fenêtres hexagonales a permis de diviser par deux le nombre de briques utilisées. Le système de chauffage à air ingénieux, conçu par l’architecte lui-même, est toujours opérationnel. Les murs extérieurs servent de colonnes, répartissant uniformément toute la charge. La moitié des 128 ouvertures hexagonales sont utilisées comme des fenêtres, les autres ont été bouchées pendant la construction avec un mélange d’argile et de paille. Les planchers-membranes en bois entre les étages assurent la flexibilité de la construction. Le plancher de 10 m de diamètre n’est soutenu par aucun pilier ou poutrelle. Selon les propres dires de Melnikov, l’essence de sa maison se trouve dans « l’équivalence et l’uniformité des tensions, de la lumière, de l’air et de la chaleur ». La forme architecturale minimaliste de l’extérieur de la maison contraste avec l’intérieur et son ambiance chaleureuse, typique de l’habitat traditionnel moscovite. Suite au décès de son père en 1974, Victor devint le conservateur de la maison. Conformément à son testament, en 2014, la maison Melnikov fut ouverte au public, en tant que partie du Musée national Constantin et Victor Melnikov.

 

 

  • Exposition "MELNIKOV/LE CORBUSIER, RENCONTRE À LA VILLA SAVOYE"
  • Jusqu'au 17 septembre 2017
  • Villa Savoye, 82, rue de Villiers, 78300 Poissy
  • www.villa-savoye.fr

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