Imaginaires et autres préoccupations écologiques - Exposition

Conçue par les architectes et chercheurs Léa Mosconi et Henri Bony dans l’élan de la COP21, l’inspirante exposition "Villes potentielles, architecture et anthropocène" propose une plongée dessinée dans l’imaginaire des architectes d’hier et d’aujourd’hui pour figurer ce que leur inspirent l’environnement et les changements climatiques.

Exposition - © Hadrien Krief
photo n° 1/9
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N’ayons pas peur des grands mots et suivons les architectes et chercheurs Léa Mosconi et Henri Bony sur un chemin philosophique ambitieux, celui de l’anthropocène. En quoi l’anthropocène, cette thèse selon laquelle l’homme est devenu une force géologique dominante, influence-t-elle l’architecture et la ville ? Pas de vague verte ou d'afflux technologique à trouver dans la petite exposition : les commissaires ont choisi la dimension sensible pour comprendre la relation qu'entretiennent les architectes, à travers leurs réalisations, au climat et plus largement à l’environnement. Le propos est complexe, mais il est servi par des médiums familiers – dessins et maquettes – qui stimulent rapidement l’imagination.

 

Fukushima et Rudy Ricciotti

Par ce qu’ils nomment "le temps court", de 1989 à 2015, les commissaires nous plongent dans leur univers écologique. Ils ont recensé toutes les expositions, conférences, formations et tous les colloques s’adressant aux architectes où ont été abordés les thèmes de l’environnement, depuis la création du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) jusqu’à la COP21. Un dépouillement patient retranscrit en graphiques, outils de compréhension efficaces révélant que c’est par la technique (la gestion de l’énergie dans le bâtiment) que la question environnementale est entrée dans le milieu. Il faut attendre 2011 et la catastrophe de Fukushima pour voir le climat stimuler autrement l’imaginaire des architectes, comme en témoignent les extraits d'entretiens qui émaillent les courbes. Étonnant, mais pas anecdotique : un pic apparaît en 2010, c’est l’émergence d’une critique du récit écologiste, l’année où Rudy Ricciotti livre son pamphlet HQE, Les Renards du temple (éd. Al Dante).

 

De Boullée à Dominique Perrault

Vient ensuite le temps de l’anthropocène qui démarre au XVIIIe siècle, “quand les analyses de l’air emprisonné dans les glaces polaires montrent une augmentation du dioxyde de carbone et de méthane dans celui que l'on respire”, expliquent les commissaires. Six périodes successives (Révolution française, industrialisation, mouvement moderne, architecture bioclimatique, régionalisme critique et architecture durable), chacune illustrée par trois projets construits ou de papier, démontrent, à travers l'architecture, les rapports changeants qu’entretiennent nature et société. Dessins, maquettes, textes et collages très réussis décryptent chaque projet sous cet angle, du cénotaphe de Newton dessiné par Étienne-Louis Boullée et son couronnement végétal, à la nature sacralisée au cœur de la BNF de Dominique Perrault et au réemploi au Lieu unique à Nantes, en passant par la villa Savoye posée en son jardin. Parfaitement mise en scène, cette frise chronologique en trois dimensions montre une continuité : celle que l’architecture, quels que soient les changements culturels et courants artistiques plus ou moins écologistes qui la font naître, est toujours révélatrice d’une approche spécifique de la nature. Il en va de même pour la ville, comme le montre les dessins originaux de  l’architecte Lucas Merlini qui illustrent l’histoire de Paris de -52 avant J.-C. à 2241.

 

Trois périodes, un propos scientifique maîtrisé et transmis par une belle iconographie : il n'en faut pas plus aux commissaires pour transformer la théorie hermétique en matière créative libérant les possibles et les potentiels. Modeste dans la forme mais ambitieuse sur le fond, cette petite exposition pédagogique et attrayante réussit la gageure de transcender les a priori conceptuels pour mettre l’anthropocène à la portée du visiteur. Un point de vue nourrissant et nécessaire, à l’heure où le monde de la construction, donc les architectes, doit engager une nouvelle histoire plus vertueuse. Celle-ci est d'ailleurs lancée. En témoigne le gigantesque cadavre exquis réalisé par 30 architectes (NP2F, SOA, Philippe Rahm, Encore Heureux, Djamel Klouche, Dominique Perrault, Nasrine Seraji, etc.) sous l'impulsion de Léa Mosconi et Henri Bony et bientôt visible au Frac Centre à Orléans.

 

Exposition "Villes Potentielles", Maison de l'architecture en Île-de-France. © Félix Chameroy

 

  • Exposition "Villes Potentielles, architecture et anthropocène"
  • Jusqu'au 5 janvier 2016
  • Maison de l'architecture en Île-de-France
  • 148 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris
  • Commissaires : Henri Bony et Léa Mosconi, architectes, enseignants, chercheurs ; Félix Chameroy, étudiant, assistant au commissariat

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