Nicole Concordet réinvente le Confort Moderne, à Poitiers

Lieu culturel transdisciplinaire cher à la ville de Poitiers depuis sa création en 1985, le Confort Moderne a rouvert ses portes en décembre 2017, après seize mois de chantier. Une réhabilitation menée par l'architecte Nicole Concordet, lauréate du prix Femme architecte 2018, qui préserve l’identité de ce lieu historique tout en veillant à la modularité d’un tel programme.

Le Confort moderne, Nicole Concordet architecte, Poitiers - © Cyrille Weiner
photo n° 1/8
Zoom sur l'image Nicole Concordet réinvente le Confort Moderne, à Poitiers

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Nicole Concordet

Nicole Concordet, lauréate 2018 du prix de la Femme architecte

Cet article a été publié en intégralité dans AMC n°266-février 2018

 

Dans le quartier du Pont-Neuf, à proximité du centre-ville, le Confort Moderne occupait tant bien que mal les locaux disparates d’un ancien entrepôt d’électroménager. Malgré les réaménagements successifs opérés en trente ans par l’association chargée du site – L’Oreille est Hardie –, il atteignait les limites de ses capacités. Cet espace de liberté, à la programmation musicale et artistique audacieuse, a été réhabilité. A l’issue de neuf mois de dialogue compétitif, le projet de Nicole Concordet a été choisi face à ceux des équipes Raum-Fichtre et Périphériques.

 

La «maîtrise d’usage», notion chère à l’architecte englobant les usagers et les habitants, a été impliquée tout au long du processus au cours d’une série d’événements fédérateurs, soirées-concerts, repas, visites, organisés autour de la cabane de chantier. Les outils de l’architecte, le planning, les comptes rendus, la maquette, sont devenus les supports d’une communication à part entière fabriquant peu à peu le récit du projet en devenir. Ces moments partagés et l’édition d’affiches, fanzines, ouvrages ont permis aux futurs usagers de s’approprier le lieu, avant même qu’il ne soit inauguré, parallèlement à la traditionnelle programmation hors les murs.

Espaces fondateurs

A lieu atypique, programme complexe: deux salles de concerts de 800 et 250 places, deux espaces d’exposition de 1000 et de 200 m2, un restaurant de 80 couverts, un bar de nuit, un disquaire, une fanzinothèque, deux studios de répétitions, un studio de création et douze résidences d’artistes. Si le disquaire accueille désormais les visiteurs à l’entrée, le programme s’appuie toujours sur les espaces fondateurs que constituent la salle principale et l’entrepôt-galerie. Il ne les modifie pas outre mesure, mais en améliore l’usage en travaillant sur les accès et les toitures, notamment grâce à la rue couverte qui relie les entités du programme. Aux extrémités de cette artère structurante, deux cours : la première est la cour commune du Confort Moderne, accessible depuis la rue grâce à l’impasse du Lavoir; la seconde est une cour technique réservée aux artisans du site. Toutes deux sont partiellement protégées par les débords de la toiture qui remplace les panneaux de fibrociment d’antan. Elle a été travaillée pour unifier cet ensemble de plain-pied, assurant l’étanchéité des bâtiments et y apportant confort thermique, phonique, ainsi que lumière naturelle. Les débords, pleins ou translucides, sont soutenus par des charpentes métalliques de conception simple. Par endroits, la toiture offre de nouvelles capacités au bâti. La grande salle, par exemple, a été surélevée de 2 m à son faîtage et de 4 m au niveau des noues pour plus de confort lors des concerts et événements.

Débords de toit

A l’intérieur du Club, la seconde salle, l’isolation a été renforcée par une structure autoporteuse en bois supportant un complexe à base de plaques de plâtre et de laine minérale. Par ailleurs, certaines parties maçonnées participent simplement et économiquement à l’isolation acoustique, notamment contre les deux salles. Seuls quelques bâtiments en limite de parcelle ont été détruits, pour une meilleure lisibilité de l’ensemble. Deux nouveaux volumes s’installent à leur place: des bureaux et la fanzinothèque qui donnent sur la cour commune; les résidences d’artistes, sur la cour technique. Leur ossature bois a été conçue à partir de fermes-treillis préfabriquées, montées rapidement sur site. Grâce à la superposition des débords de toit, ils se réceptionnent et évacuent les eaux de pluie des bâtiments plus anciens.

 

L’architecture proposée par Nicole Concordet est brute, pratique plutôt qu’esthétique, afin de répondre aux besoins de modularité d’un tel programme. Cette sensation d’inachevé préserve l’identité de ce lieu historique. «Un projet commun pour un faible coût, dans un délai court», glissé avec modestie dans un projet culturel hors du commun.

  • Lieu : Poitiers (Vienne)
  • Maîtrise d’ouvrage : ville de Poitiers
  • Maîtrise d'œuvre : Nicole Concordet, architecte ; Lisières, Xavier Glémarec, paysagiste ; Daniel Sourt, scénographie ; Hoeco, Pedro Villegas, économiste pilotage ; ETBA, Marc Thomas, BET gros oeuvre ; Cesma, Mariusz Stanik, BET charpente métallique ; Yves-Marie Ligot et Pascaline Mauvais, BET charpente bois ; Climat Conseil, Jean-Michel Pouvreau et Simon Marquet, BET CVC-plomberie ; ECE, Didier Raffegeau et Eric Pouliquen, BET électricité ; Abscisse, Guillaume Pouzet, BET VRD
  • Programme : deux salles d’exposition d’art contemporain, deux salles musiques actuelles, résidence d’artiste, fanzinothèque, restaurant, administration, stockage, maison du comité de quartier
  • Surface : 4 226 m² (dont espaces extérieurs, 4 079 m²)
  • Calendrier : livraison, septembre 2017
  • Coût : 8 M€

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