L'architecte salarié, cet inconnu au bataillon de la profession

La crise sanitaire et le confinement qui a suivi ont obligé les agences d’architecture à s’organiser pour faire travailler ensemble leurs collaborateurs à domicile. Car la conception architecturale reste un travail collectif, qui ne pourrait se faire sans les quelque 36 000 salariés que compte la profession. Pourtant, si certaines agences investissent du temps et de l’argent dans la gestion de leurs ressources humaines, le manque de professionnalisme en la matière prévaut encore le plus souvent.

L’agence d'architecture Dominique Coulon & associés à Strasbourg, dans un bâtiment d’habitation conçu par les architectes. - © Eugeni Pons
photo n° 1/8
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Sous la verrière cristalline, les collaborateurs sont aux coudes à coudes parmi les plantes grasses. L’open space immaculé préserve la concentration, les salles de réunion aux peintures criardes favorisent l’émulation. Il y a aussi une table de ping-pong autour de laquelle organiser des réunions et un emmarchement géant, où écouter les conférences des associés. A Rotterdam, les 2 400 m2 de l’agence MVRDV n’ont rien à envier aux plateaux de bureaux des Gafa. Un espace de travail soigné participe assurément à l’attractivité d’une entreprise pour les jeunes diplômés du monde entier. Mais les architectes employeurs s’assoient-ils réellement à côté de leurs salariés à l’heure du déjeuner? En ces lieux à l’agencement maîtrisé, l’ambiance paraît souvent plus aseptisée que conviviale. Or que serait l’entreprise d’architecture sans ceux qui grattent, pendant que les associés tentent de décrocher le contrat d’après?

 

La structuration de la profession et sa médiatisation font bien souvent l’impasse sur ces collaborateurs salariés, auxquels sont redevables les grands noms qui récoltent médailles et publications. Parfois, l’agence le leur rend bien: chez MVRDV, tout le monde à sa photo sur le site internet, du dessinateur à l’associé. Sur celui de Christian de Portzamparc, à l’opposé, personne d’autre n’a droit de cité. Cela ne témoigne en rien de la qualité de vie au travail, mais dit beaucoup des stratégies à l’oeuvre. Certaines agences vendent un savoir-faire; d’autres, une personne. Cependant, si en France l’architecte exerce en son nom propre, il peut rarement faire l’économie de l’énergie de ses collaborateurs pour mener à bien ses chantiers. Petite ou grande, l’entreprise d’architecture –type de structure autorisé depuis 1977, qui réunit des sociétés, des entreprises individuelles ou des groupements– doit tourner, et la gestion des ressources humaines est directement liée à sa santé économique. Masse salariale, trésorerie et temps de travail sont autant de sujets qui devraient faire le quotidien des architectes employeurs, comme dans tous les secteurs. Mais charrettes, contrats précaires et méconnaissance de la convention collective de branche feraient plutôt le sel de la vie du salarié exploité, idéal-type du collaborateur d’architecte. «Pouvoir se structurer en entreprise devrait permettre aux architectes de comprendre qu’ils ont une valeur économique. Pour fabriquer de l’architecture, il faut de la trésorerie et la capacité à la faire évoluer. Or les architectes ont toujours été très mauvais à propos d’argent. Il faut savoir se faire payer pour bien payer ses collaborateurs», analyse Olivier Arene, architecte cofondateur de l’agence 2/3/4. Dotée d’un responsable des ressources humaines depuis 2007, son entreprise...

 

L'enquête "L'architecte salarié, cet inconnu au bataillon de la profession" est a retrouver en intégralité dans AMC n°286-mai 2020

 

Les photographies illustrant cette enquête sont indépendantes des propos récoltés. Remerciements à Véronique Biau et Jean-Louis Violeau pour leurs remarques avisées.

 

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