L'architecture suggestive d'RCR Artotec, à Bordeaux

Située en secteur protégé, au cœur du quartier Saint-Michel à Bordeaux, cette reconversion est signée RCR ARTOTEC, entité française de l’agence espagnole Pritzker 2017. ­Guidée par la lumière, elle fait s’interpénétrer l’intérieur et l’extérieur dans une impressionnante unité spatiale.

Bureaux et galerie d'art à Bordeaux, RCR ARTOTEC architectes - © PEP SAU
photo n° 1/5
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Nommé d’après la rue qui l’abrite, le projet Marengo fait ­partie de ces rares interventions qui interrogent d’emblée sur ce que signifie s’approprier un lieu existant, au-delà de la question de la rénovation et d’une simple mise en dialogue de vocabulaire entre l’ancien et le contemporain. L’intervention révèle la potentialité d’une bâtisse du XIXe siècle, mais pas seulement: à travers l’exhumation de son caractère ­originel, c’est la valorisation de ses lignes de force qui sous-tend la création du nouvel espace, interagit avec lui d’une façon quasi tactile, vivante. On connaît l’univers fondateur de RCR –sa puissance, son abstraction ou son rapport à la matière et à un paysage humanisé– mais ce qui surprend toujours tient à leur capacité à créer une spatialité qui dépasse, absorbe, joue avec les sens. Quand on passe la grille de l’édifice qui servit d’entrepôt de stockage de denrées puis d’atelier de serrurerie, on découvre un monde autonome. Derrière la façade encore parée des belles lettres de son enseigne, on ne soupçonne pas les trois niveaux qui se déroulent sur 700 m2, dévoilant des espaces hiérarchisés, unis dans un grand tout grâce à un savant jeu de lumière.

Strates et césures

L’idée de départ était de concevoir un lieu qui puisse, de manière flexible, accueillir des activités mixtes, à savoir le siège de l’agence, une galerie d’art et une habitation. ­Composé de trois niveaux indépendants –des caves voûtées au sous-sol, un plateau et un grand grenier sans connexion–, le bâtiment était plongé dans le noir. «Aujourd’hui tout ­communique, alors que ce n’était qu’un grand cul-de-sac. Nous avons déstructuré les strates pour donner de la valeur au sous-sol, créer une interpénétration de l’extérieur et de ­l’intérieur», explique l’architecte Thomas Rodriguez. Au travail de diagnostic de l’existant a succédé celui du nettoyage et de la réparation, de la répartition des charges en respectant la logique de trame inhérente à la bâtisse.

 

Au rez-de-chaussée, la même pierre des Charentes du XVIIIe siècle a été retrouvée pour combler les manques, et les murs délicatement sablés afin que les joints n’affleurent pas. Idem pour les ­éléments en bois qui ont été retaillés ou réparés dans les règles de l’art. La structure d’origine, modifiée au fil du temps, a été recomposée avec des pieds métalliques élancés qui scandent élégamment le plateau, ravivant l’âme du lieu autant qu’ils la réinterprètent. Tranchant avec la tonalité dorée de la pierre, le sol recouvert d’acier noir la valorise et, paradoxalement, la met en lumière.

Failles lumineuses

Classique chez RCR, l’acier noir, que l’on retrouve dans tout le bâtiment, témoigne, une fois de plus, de la volonté de faire avec une même matière qui agit tel un ferment unificateur. Filtres, sols et poteaux sont ainsi déclinés pour ordonnancer l’espace mais aussi pour le rendre poreux, presque insaisissable, se poursuivant dans des effets de reflets et de superposition de lignes géométriques affirmées. L’enjeu était d’abolir les frontières entre l’intérieur et l’extérieur et si le vestibule constitue un premier sas, c’est par une peau transparente que l’on entre: un immense vitrage sans poignée ni cadre, qui pivote, disparaît de lui-même, donnant l’impression d’éliminer tout obstacle. De fait, à l’intérieur, la notion même de fenêtre ou de porte est annihilée car tout est affaire de gradation et de limites suggestives. La stratification horizontale des trois plateaux définit la séparation privée et publique quand leur fragmentation verticale concourt à fluidifier la perception de l’ensemble. Avec ses deux escaliers identiques toute hauteur –l’un conduit jusqu’aux caves servant d’espace d’exposition– l’édifice paraît littéralement transpercé par deux failles lumineuses. A l’étage, c’est un spectaculaire paysage intérieur minéral qui se déploie, enchâssé dans des patios de verre qui se glissent entre les chevrons de la charpente d’origine. Là encore, si elles ramènent de la clarté, ces bandes transversales concourent, sans réelle clôture, à partitionner le grand volume. Et si c’est d’une beauté à couper le souffle, à la limite de l’œuvre d’art, on n’en demeure pas moins dans un espace à vivre –dont le pouvoir semble être de vous conditionner pour vous saisir pleinement de l’instant présent.

  • Lieu : Bordeaux (Gironde)
  • Maîtrise d’ouvrage : privée
  • Maîtrise d’œuvre : RCR Artotec, Aranda Pigem Pinedo Rodrigez Vilalta Architectes associés
  • Programme : galerie, agence d’architecture et?appartement
  • Surface : 700 m2
  • Calendrier : livraison, septembre?2017
  • Coût : 1,3 M€ HT
  • Entreprises : Arids Vilanna ; Metalliques Olot ; Alumilux-Metalux

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