L'hôtel parisien, en quête d'idéal-type - Exposition

Le Pavillon de l'Arsenal consacre, jusqu'au 12 janvier 2020, une large exposition aux hôtels, figure typologique trop inexplorée par les architectes. L'occasion de questionner, en remontant l'histoire parisienne de ces lieux d'habitation temporaire et à travers leur analyse architecturale, la fabrique de la ville contemporaine.

Passage Clichy, Brassaï, 1930-1932 - © RMN-Grand Palais : Brassaï
photo n° 1/18
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«Quand on reçoit chaque mois des dizaines de communiqués de presse vantant l’ouverture d’hôtels, c’est qu’il y a quelque chose à creuser», expliquent Catherine Sabbah et Olivier Namias, commissaires de l’exposition «Hôtel Métropole», présentée au Pavillon de l’Arsenal à Paris, jusqu’au 12 janvier 2020. L’hôtel, typologie qui intéresse peu. Trop proche des milieux économiques qu’on aime tenir à distance de la question architecturale peut-être. Trop standardisée dans ses plans sûrement. Pourtant, «entre industrie et habitat, commerce et équipement de proximité, l’hôtel est un véritable laboratoire social et condensateur urbain», soutiennent Catherine Sabbah et Olivier Namias. Alors, ils ont mené l’enquête à la recherche de l’idéal-type de ce programme hybride, constitutif d’un parc immobilier dont l’emprise sur le tissu parisien est capital.

Sans avion, quel hôtel?

D'abord, des chiffres, pour donner la mesure du boom immobilier auquel fait face l’aménagement pré-JO 2024. Quelques 150 projets hôteliers sont actuellement recensés dans la capitale, alors même que l’Île-de-France compte déjà huit fois plus d’hôtels que la deuxième ville hôtelière de France, Lourdes. En 2018, Paris peut se vanter d’avoir récolté 83 millions d’euros via la taxe de séjour. Cette année-là, 52 millions de nuitées ont été assurées. Une fréquentation en hausse constante, pas vraiment mise en défaut par Air Bnb. «Le taux d’occupation des chambres est stabilisé autour de 70-80%. La création des plateformes de location d’appartements entre particuliers ne l’impacte qu’à la marge. En réalité, Air Bnb offre un service à des visiteurs qui n’utilisaient pas les hôtels», analyse Olivier Namias. Seules les préoccupations environnementales des voyageurs, celles qui réforment en profondeur le tourisme -en questionnant l’usage de l’avion par exemple-, pourraient enrayer la croissance continue de ce secteur économique. Des installations expérimentales émaillent l’exposition en ce sens, comme autant de pistes pour un hôtel plus vertueux. L'agence Ciguë imagine une salle de bain économisant 70% de l’eau habituellement consommée dans une chambre ; l'architecte Nicolas Dorval-Bory projette un couloir décarbonné ; Jean-Benoît Vétillard, une marquise autonome en énergie. Mais le salut du tourisme viendra peut-être de la capacité de résilience de ces infrastructures.

Modifiable à l'envi

L’hôtel serait en réalité une typologie programmatique hors-normes car non figée, caractérisée par sa capacité d’évolution. Depuis l’ouverture du Meurice en 1818, «la tradition du dernier cri» prévaut dans un parc immobilier en perpétuelle rénovation. Les premiers ascenseurs, la généralisation des salles de bains, la transformation des toitures-terrasses en rooftop, etc. Autant d’évolutions dont les hôtels furent les laboratoires, sans jamais changer d’enveloppe. L’hôtel est une coque, modifiable à la guise des grandes chaînes et des nouvelles enseignes, porteuses de concepts inédits ou qui ajustent simplement leurs offres au marché. On découvre alors un savoir-faire inattendu de ce secteur économique, la capacité à modifier du patrimoine en tout genre. De l’haussmannien aux immeubles modernes des années 1970, de l’ancienne piscine Molitor transformée en cinq étoiles à l’hôpital Saint-Antoine, où Yes we camp a installé un camping urbain. «Plus de 60 % des nouveaux hôtels résultent aujourd’hui de la transformation d’espaces tertiaires. 40 % des nouvelles chambres sont issues de ces métamorphoses», détaillent les commissaires. Dans un Paris où le foncier est de plus en plus tendu, l’hôtel devient un actif immobilier attractif pour les investisseurs, autant qu’un programme désirable pour les collectivités. Elles y voient un «catalyseur urbain», susceptible d’animer un quartier avec ses restaurants, ses boutiques, ses équipements sportifs, ses rooftops et autres espaces de coworking. Autant d'atouts qui ne doivent pas faire oublier les anciens garnis, ces meublés "qui n'ont rien de commun a priori avec le glamour des grands hôtels", écrit Catherine Sabbah dans le remarquable catalogue de l'exposition*, et où se mélangent les personnes, précaires mais pas seulement, en pleine "débrouille immobilière". L'hôtel est un mode de vie choisi, mais il peut aussi être subi. Quelle place donner à ces habitats particuliers dans le Grand Paris?

 

*Hôtel Métropole, depuis 1818, sous la direction de Catherine Sabbah et Olivier Namias, Editions du Pavillon de l'Arsenal, 2019, 39 euros.

  • Exposition: "Hôtel Métropole, depuis 1818"
  • Jusqu'au 12 janvier 2020
  • Pavillon de l'Arsenal, 21 boulevard Morland, 75004 Paris
  • Commissaires invités: Catherine Sabbah et Olivier Namias
  • www.pavillon-arsenal.com

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