La Canopée des Halles, un monument à la mesure du Grand Paris

Inaugurée deux ans avant la fin du réaménagement du quartier, la Canopée déploie ses ailes au-dessus du Forum des Halles, à Paris (Ier arr.). Mi-centre commercial, mi-équipement, cet objet à sensation n’est pas un "urbicide" de plus sur un site maudit, mais un monument à la mesure du Grand Paris.

La Canopée des Halles, Patrick Berger et Jacques Anziutti architectes, Paris - © Sergio Grazia
photo n° 1/14
Zoom sur l'image La Canopée des Halles, un monument à la mesure du Grand Paris

Mise en travaux en juillet 2012, la Canopée des Halles s’offre enfin tout entière aux Parisiens. On aurait aimé l’apprécier au cœur d’un quartier complètement réaménagé, mais il faudra patienter. La cité du chantier siègera encore pendant plusieurs mois à l’emplacement du jardin imaginé par David Mangin en couverture du centre commercial souterrain –le Forum– et du plus grand hub de transport francilien, où se croisent trois lignes de RER et quatre lignes de métro. Même si l’on manque de recul visuel, l’ouvrage conçu par Patrick ­erger et Jacques Anziutti s’impose déjà dans le site. Faisons les comptes: son squelette d’acier pèse presque 7000 tonnes et 18000 éléments verriers habillent les 2,5 ha de toiture. Tout ici n’est que gigantisme et il est remarquable que cela n’ait pas entravé la qualité de la mise en œuvre. Avec ses 96 m de portée, la Canopée offre au Grand Paris une porte à sa mesure. Entrer par le sous-sol commercial –devenu propriété d’Unibail-Rodamco en contrepartie d’une participation financière au chantier–, c’est découvrir sous son meilleur angle cette forêt de membrures, de plats et de tubes d’acier. C’est se laisser séduire par les courbes organiques des deux ailes bâties, soulignées par la course régulière des montants en aluminium anodisé de leurs façades-rideaux. L’élégante modénature se retrouve d’ailleurs avec la même exigence en face intérieure de la médiathèque et du conservatoire abrités dans les étages, où les circulations offrent une vue imprenable sur la structure de la couverture.


Porte de métropole

Par essence, tout ici n’est que flux. La comparaison avec un hall d’aéroport ne doit pas être entendue comme une critique. Avec ses perspectives filantes et son sol continu depuis la rue, le jardin et jusqu’aux intérieurs des nouveaux commerces du rez-de-chaussée, la Canopée fluidifie les parcours émergeant d’un monde souterrain tentaculaire. Abrité et exempté de tous les recoins que l’on reprochait aux pavillons Willerval démolis, le patio du centre commercial est lissé –un brin aseptisé– et désormais lié au jardin. Mais l’enjeu n’était pas seulement de réparer l’oppressant Forum en l’agrandissant: face au rayonnement du site, c’était une porte de métropole autant que de centre commercial qu’il fallait livrer. La seule émergence du projet de réaménagement des Halles est une entrée de ville à la verticale, un monument mi-équipement, mi-centre commercial, à la mesure des 800000 voyageurs quotidiens de la gare et des 150000 clients du Forum. Il faut rappeler que le commerce est dans l’ADN du site depuis le Moyen Âge et que le temple de la consommation préexistait au concours qui, en 2007, a élu la Canopée à l’unanimité. Alors, plutôt que de dénigrer un programme qui participe aussi à l’animation de la ville, réjouissons-nous qu’il ne donne pas naissance à une boîte à chaussures anonyme, comme celles qui s’érigent à l’entrée de nos zones périurbaines.

 

Néoclassique

Le monument dessiné par Berger et Anziutti est néoclassique. Sa fausse symétrie et l’ordre qui régit la composition d’ensemble –le socle sans saveur du patio et au-dessus les façades réglées des équipements– conduisent le regard vers le couronnement. Il ne faut pas chercher le ciel mais apprécier cette vague suspendue 14 m au-dessus du sol. Si par temps gris son jaune sable ternit l’atmosphère, l’allégorie végétale prend tout son sens sous le soleil, quand la forêt métallique scintille. L’emphase technique peut agacer, et certaines sections alourdir l’ensemble –comme le chéneau central, volontairement surdimensionné. Mais la densité de matière évoque celle d’un feuillage sous lequel l’ambiance serait apaisée, une gageure dans l’hypercentre parisien. Là où en 2004 Koolhaas voulait exacerber la congestion des Halles, Mangin, urbaniste du quartier, a préféré la pacifier par un jardin plat magnifiant l’historique Halle au blé –bientôt dévolue à la fondation Pinault– et l’église Saint-Eustache. S’ajoutant à la liste des monuments, la Canopée est là pour les relier, allant jusqu’à chercher le centre Pompidou en libérant à travers elle 450 m de perspective visuelle. L’objet est à l’échelle du Grand Paris, un peu moins à celle de son quartier. Dans les rues adjacentes, la légèreté de l’ouvrage souffre des grandes dimensions des éléments de couverture –les écailles mesurent entre 1,10 et 1,60 m– et les arches cadrant les entrées latérales sont potelées. Comme les monuments haussmanniens, le projet de Berger et Anziutti doit disposer d’un parvis à sa mesure. Ce sera le jardin des Halles. Gageons que sa livraison, prévue en 2018, en réconciliera beaucoup avec la Canopée.

 

Article publié dans AMC numéro 251-mai 2016

  • Lieu: Paris Ier
  • Maîtrise d’ouvrage: ville de Paris, Sempariseine
  • Maîtrise d’œuvre: Patrick Berger et Jacques Anziutti architectes; Patrick Berger, conception architecturale; Mathieu Mercuriali, premier assistant; Ingérop, ingénierie structure, fluides, économie; Arcora et Emmer Pfenninger, enveloppe et façades; ACV, acoustique; Base consultants, HQE; Ingelux, éclairage; Vulcanéo, sécurité; Changement à vue, scénographie; Emmanuel Barrois, maître verrier; J.-M. Lorca, fontainier
  • Programme: extension du Forum; agrandissement et couverture du patio; réhabilitation des façades du patio; médiathèque; conservatoire; centre culturel hip-hop; maison des pratiques artistiques amateurs
  • Surface: 20730 m2 de surface nette créés, dont 6171 m2 pour les commerces et 14559 m2 pour les équipements
  • Calendrier: concours, 2007; études, 2008-2010; travaux, 2011-2016
  • Coût: 238 M€ HT
  • Entreprise principale: Vinci/Chantiers modernes construction

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