La déconstruction par Rotor

Depuis 2014, une partie du collectif Rotor a pris ses quartiers dans une zone d'activité de Vilvorde (Belgique). Comprenant un showroom, un entrepôt et un terrain de stockage, Rotor déconstruction entrepose les matériaux issus du démantèlement d'un patrimoine récent. C'est la suite logique d'une démarche engagée quelques années plus tôt avec la création d'Opalis, une plateforme recensant les fournisseurs de matériaux de seconde main en Belgique.

Rotor déconstruction. Faciles à démonter et à revendre, les éléments ­sanitaires, la quincaillerie, ou le matériel électrique sont systématiquement prélevés sur les chantiers. - © Arne Baert
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Rotor voit le jour en 2005, animé par la drôle de passion de Tristan Boniver et Maarten Gielen : le circuit des matériaux dans l'industrie, la construction et le design. Le collectif se positionne sur la pratique, en concevant des projets architecturaux ; et la théorie, en développant une position critique sur l'utilisation des ressources matérielles. Une vingtaine de collaborateurs aux profils très différents est désormais impliquée. Scénographe, architecte, ingénieur, bio-ingénieur, juriste, océanographe, etc. : « Trente-trois années d'études cumulées pour démonter le plafond de la Générale de banque », commente avec humour Michaël Ghyoot, membre du collectif. L'architecte raconte les heures passées sur ce chantier de déconstruction à Bruxelles, les mains en l'air pour tourner chaque lamelle de métal des structures suspendues dissimulant les néons, avant de les déposer. Au sein de Rotor, il se charge des recherches pour clarifier le cadre juridique et normatif, sa spécialité depuis qu'il a soutenu une thèse sur l'économie matérielle, ses alternatives, ses normes et ses acteurs. Et d'expliquer que si chaque membre porte un projet précis, tous sont polyvalents et les décisions sont toujours prises collectivement.

Déshabillage

Le site internet Opalis.be voit le jour en 2012. Il est à la fois la plateforme où trouver des revendeurs à une heure de route ou moins de Bruxelles et un guide sur le réemploi des matériaux de construction. En 2014, après le chantier de démantèlement de l'université de Liège, le collectif décide de former Rotor déconstruction. L'entité, autonome, se consacre au déshabillage d'édifices voués à la démolition mais se positionne sur un marché différent, celui de la revente d'éléments architecturaux issus d'un patrimoine récent. Désormais, Rotor possède sa propre équipe et un site internet lui servant de vitrine. Une newsletter informe les acheteurs potentiels des affaires à réaliser. Les bureaux de Vilvorde sont réservés à la logistique et accueillent un showroom dans lequel une petite partie des matériaux d'exception est présentée. L'entrepôt est ouvert au public les mardis et mercredis.

Bijoux

En maintenant une veille sur les démolitions à venir et en gardant contact avec les promoteurs spécialisés dans le secteur des immeubles de bureaux, le collectif parvient à alimenter régulièrement ses différents outils de revente. Dans une situation idéale, le démontage est engagé à condition que les clients de la plateforme aient montré de l'intérêt pour les matériaux présentés au préalable en ligne. Une fois prélevés, ils sont soigneusement emballés et immédiatement enlevés par l'acheteur, sans passer par l'entrepôt. Lorsque les éléments déposés ont une valeur patrimoniale, Rotor choisit de s'impliquer sans promesse de rachat. C'est pourquoi l'entrepôt de Vilvorde regorge de véritables bijoux rapportés d'édifices remarquables datant des années postmodernes, tels que ceux de la Générale de banque après l'alerte de l'association internationale Docomomo sur le projet de démolition. Le collectif récolte également les systèmes d'éclairage, les cloisons et menuiseries intérieures, les sanitaires, etc. Ceux-ci sont destinés à la fédération Horeca (hôtellerie, restauration, cafés), mais aussi aux particuliers. Après chaque chantier, les produits sont nettoyés, référencés, cotés, et une photographie est prise dans le laboratoire. L'historique et le relevé précis nécessaires à la remise en œuvre sont fournis à l'acheteur. Les lots de matériaux sont classés A, B ou C, selon leur état de conservation. Les génériques ou « easy-pic » – quincaillerie, matériel électrique, robinets thermostatiques – sont systématiquement prélevés sur les chantiers, parce qu'ils sont très faciles à démonter et à écouler.

Fournisseur

En parallèle, Rotor poursuit ses recherches pour combler le vide juridique qui entoure les matériaux de réemploi. Proposer des éléments de structure reste délicat et, pour l'instant, le collectif cueille ce qui est à portée de main : le second œuvre et les équipements. Bien que l'alternative à la démolition ait fait ses preuves, il ne serait pas judicieux de contraindre les acteurs de la construction à l'intégrer dans leurs projets. Rotor a ainsi édité un vade-mecum à l'attention des maîtres d'ouvrage désireux de déshabiller un immeuble ou d'utiliser des matériaux de seconde main. Ce guide, d'une vingtaine de pages, facilite la démarche. En octobre 2014, le collectif a livré l'aménagement intérieur des abattoirs de Bomel, nouveau centre culturel de Namur, un véritable manifeste de cette implication dans le secteur du réemploi. Aujourd'hui, Rotor ne participe plus aux concours d'architecture. Il préfère porter la casquette d'assistant à la maîtrise d'ouvrage et se concentre sur son activité de fournisseur, ayant fait le choix de se positionner à cet endroit même du circuit des flux de matériaux.

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