La lente agonie d’Oscar au Havre

Réhabilitation du Volcan de Niemeyer, Deshoulières-Jeanneau Architectes, Le Havre - © T.L.
photo n° 1/10
Zoom sur l'image La lente agonie d’Oscar au Havre

Il n’y a pas beaucoup de villes qui ont la chance de pouvoir s’enorgueillir d’avoir un bâtiment de Niemeyer, encore moins d’être inscrite au patrimoine mondial de l’Humanité de l’Unesco avec un centre-ville reconstruit par Auguste Perret. Le Havre a pourtant ce privilège, en plus du spectacle continu des cargos sur le fil de l’horizon maritime ou encore de la présence du Musée d’art moderne André-Malraux… Dans ce contexte architectural d’exception, on s’étonnera donc que la réhabilitation du Volcan, livré en 1982 par le maître brésilien, puisse, à ce point, s’éloigner de son esprit d’origine, voire complètement dénaturer un bâtiment iconique. Et si la rénovation et la modernisation du complexe étaient indispensables, il y a un fossé entre les excès d’une restauration à l’identique et ceux d’un aménagement tombé de nulle part, oscillant entre l’entrée de parking ou de cimetière. Conçue à l’origine comme un espace clos sur la ville, la place est maintenant largement ouverte et ce n’est pas ce que l’on reprochera sur le fond aux architectes Deshoulières-Jeanneau. C’est davantage la manière de traiter les fameuses lignes sensuelles de Niemeyer, de les parasiter avec l’emploi de matériaux discordants et l’inscription d’un mobilier urbain inepte qui interroge. À la pureté des formes initiales, des courbes et contre-courbes unifiées dans le béton se sont substitués des aplats de matières qui n’ont rien à voir ensemble. Plutôt que de se fondre dans l’espace public et de participer à la création d’une même entité, le Petit et le Grand Volcan donnent aujourd’hui l’impression d’émerger brutalement d’une mer de granit qui s’est substituée aux sols extérieurs, jusqu’alors en béton. On mentionnera aussi, entre autres, les tombereaux de pierre agrafée qui ne sont pas de la plus grande élégance et les flopées d’édicules techniques, notamment sur le toit, qui surgissent de partout et font penser à des sanisettes à la Decaux. Le pire, ce sont peut-être ces monstrueuses jardinières en Corten qui semblent posées là en dépit du bon sens, comme d’énormes baignoires orthogonales et qui font vraiment tâche. Pour faire joli ? Pour faire une transition entre la courbe de Niemeyer et la ligne brisée de Perret et rassurer les passants avec de belles fleurs ? On se le demande bien mais, ce qui est certain, c’est qu’il y a une incompréhension totale du projet de base, une apposition cataclysmique d’écritures architecturales, ce qui est bien dommage. On sait que les Havrais ont eu du mal à se faire au bâtiment, surnommé le « pot de yaourt » et c’est à se demander si la maîtrise d’ouvrage qu’est la Ville l’a jamais compris pour retenir un tel projet !

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  • Fredo

    Je suis désolé, vous êtes déconnectés de la réalité. Je suis havrais, et je ne comprends absolument pas les propos d'Archipolata. Cette réhabilitation est la conséquence d'un échec architectural précédent. L'oeuvre d'Oscar est magnifique, mais froide et désertée par les havrais. Cette réhabilitation trahis peut être les ultra connaisseurs d'Oscar, mais les havrais sont unanimes pour dire que c'est une réussite. Bref la couture entre l'oeuvre de Niemeyer et le reste de la ville semble se faire. Moi même étant grand amateur d'architecture et d'urbanisme j'avoue redécouvrir avec grand interêt l'oeuvre de Niemeyer que je sous estimait il y'a encore quelques mois. Cette réhabilitation est plus humaine, plus ouverte, bref elle a réussi ce que le premier jet n'a jamais su faire. Concernant le choix d'architecte locaux, c'est discutable. L'extension de l'Hôtel de Ville de Perret a été réalisée par un architecte local en 1987. C'est une catastrophe...et curieusement le milieu professionnel de l'architecture n'a pas l'air de s'en émouvoir.

  • marieanne

    J'ai adoré le Volcan lié dans sa forme au Nucléaire au baril de pétrole ! c'était osé avangardisme!!!une energie transfomée en culture ! theatre musique chant.c'est un lieu qui me rappel mes année lycée. Qu'elle dommage cet agonis. Cela me rappel le France échouer sur la côte havraise. Ne m'appeler plus jamais Oscar !!!

  • ARCHIPOLATA

    En effet, cher ARCHIDEMEURE, je pense aussi qu'une réhabilitation réussie s prolonge le projet en le surpassant. Aujourd'hui, feu le projet d'Oscar n'est plus.

  • ARCHIDEMEURE

    Je suis egalement Havrais, et non architecte.... Pour moi restaurer un edifice, ce n'est pas forcement l'entretenir, le reparer ou le refaire.C'est le retablir dans son etat complet qui peut n'avoir jamais existé à un moment donné...

  • Archipolata

    Je suis Havrais, je suis architecte. Je m'en veux terriblement de ne pas avoir anticipé un désastre qui se poursuit à l'intérieur des bâtiments. Le défaut du forum était d'être un trou dans une ville plate, sans véritable centralité pour alimenter sa fréquentation. Point. Pourquoi, à l'occasion d'une réhabilitation pour mise aux normes, avoir mis en jeu les qualités du projet initial et son évidente poésie ? Où était l'ABF ? Quand bien même la carence de la Maîtrise d'Ouvrage, comment le massacre a-t il pu échapper à l'équipe de la Scène Nationale qui occupe le lieu ? Comment celle-ci a-t elle pu soutenir le projet ? En tant que Havrais, pouvait-on pressentir ? La première "curiosité" était programmatique : faire du Petit Volcan une médiathèque alors qu'il était scène modulable où se logeaient les meilleurs souvenirs de spectacle et de convivialité. Le Havre est malade. Le malade est délicat. Il faut cesser de toute urgence de le soigner à coup de buldo (...ou de Ricciotti dans un coin alors que de modestes et brillants locaux crèvent littéralement la gueule ouverte à vouloir demeurer par amour pour leur Ville). Les bras m'en tombent : On essaie de s'élever dans la Culture et se trouve planté par la brutalité du demeuré !

  • Urba 14

    Complètement d'accord. Le sol béton épuré d'origine formait un ensemble avec les volcans et faisait partie de "l'œuvre". C'était leur socle, leur parvis, leur esplanade...Ce n'était pas, comme aujourd'hui, un espace public banal, plutôt "mode" et transposable...

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