La petite halle industrielle de l'Institut de France à Paris, signée Marc Barani

Avec son nouvel auditorium et son foyer, créés à l’intérieur d’une ancienne halle du XIXe siècle où l’on battait la monnaie, l’Institut de France affirme son attachement au passé et son ouverture à l’architecture contemporaine. De cette confrontation est né un édifice d’une grande poésie.
La halle de l'Institut de France à Paris, Marc Barani, 2019 - © Patrick Tourneboeuf/Tendance Floue/OPPIC
photo n° 1/10
Zoom sur l'image La petite halle industrielle de l'Institut de France à Paris, signée Marc Barani

Institut de France.

A l’extrémité sud du site de l’Institut de France, sur la rive gauche de la Seine (Paris VIe) et à l’opposé de la coupole dorée sous laquelle siègent les Académiciens, l’auditorium conçu par Marc Barani prend place dans le grand ensemble néoclassique construit par Louis Le Vau et Hippolyte Le Bas dans les années 1840. Celui-ci se développe en profondeur d’îlot en formant trois cours en enfilade ; c’est dans la dernière que l’équipement se niche, dans une halle industrielle du XIXe siècle réhabilitée. Sa présence inattendue dans cette enceinte solennelle donne subitement au lieu l’atmosphère des intérieurs d’îlot d’avant-guerre, univers laborieux d’ateliers d’artisan et petites industries cachés de la rue. En réalité, cette partie du site avait été prêtée sous la Révolution à la Monnaie de Paris, qui occupe la parcelle mitoyenne. Elle avait construit là un atelier pour y frapper des pièces. Lorsqu’au tournant
des années 2000, les cinq académies voulurent se doter d’un équipement sur mesure pour leurs conférences, l’Etat leur restitua le terrain. Le sort de la petite halle industrielle fut scellé en 2012, à l’issue du concours, qui opposa notamment deux partis architecturaux tranchés : celui de la rupture, par démolition et construction à neuf (Dominique Perrault) ; celui de la continuité, avec conservation et ajout, envisageant l’intervention comme une strate supplémentaire dans la vie du bâtiment (Marc Barani). C’est cette deuxième proposition qui a emporté les faveurs du jury. Le projet choisi remet en activité l’ancienne halle, il ajoute une couche d’écriture architecturale avec la solennité commandée par le lieu et sa nouvelle fonctionnalité.

Théâtralisation

Rénovée, la structure métallique de la halle est habillée d’une nouvelle enveloppe en verre qui théâtralise le bâtiment et son site. L’assemblage par joint de vitrage de 6 m de haut forme comme un grand écran panoramique sur lequel s’impriment les reflets de la cour et des bâtiments historiques. Au bout de la façade, le mur d’enceinte de la cour, avec son ouverture en arcade, se dédouble par un effet miroir sur le verre. Ce jeu optique, façon Palladio au théâtre de Vicence, crée la symétrie qui manquait ici, fusionne l’architecture de fer et celle néoclassique en pierre Comblanchien polie, à l’aspect marbré ; au final, il ancre le bâtiment dans son environnement. Selon d’autres angles de vue, c’est la grande transparence du verre qui se révèle, grâce à la pénétration de la lumière naturelle à l’intérieur du foyer et à ses reflets sur les dalles en pierre polie du sol. Au fond du foyer, elle entre par une faille longitudinale, se réfléchit sur le volume blanc des bureaux puis se diffuse dans l’espace. Perceptible depuis le hall, la sous-face en pente de l’auditorium invite à se diriger vers l’escalier, circulation à laquelle la pierre donne une grande solennité. A l’intérieur de l’auditorium, la pierre, utilisée en revêtement du sol mais aussi pour les parois qui encadrent la scène, donne le sentiment, dans cet espace de représentation nu, de se trouver dans un amphithéâtre grec. Une impression de sacralité renforcée par la lumière zénithale qui éclaire le cadre et le mur de fond de scène. Côté spectateurs, murs et plafond sont recouverts de panneaux de bois formant des caissons, tels ceux des salons officiels du XIXe siècle. Sur les murs, leurs volets orientables viennent répondre à l’acoustique requise pour une conférence, un concert, une projection de film, ou une représentation théâtrale. Bien que paraissant régulier, l’espace de la salle est dissymétrique : les rayons de courbure des rangées de fauteuils s’ouvrent progressivement du premier au dernier rang, comme les pétales d’une fleur. Depuis sa livraison, la petite halle industrielle n’a plus rien à craindre : dorénavant dans le périmètre de l’institution, elle est classée. Et Marc Barani, élu à l’Académie des beaux-arts en 2018, ne peut plus y toucher sans l’approbation d’un architecte en chef des Monuments historiques.

 

  • Lieu : Paris VIe
  • Maîtrise d’ouvrage : Institut de France ; maîtrise d’ouvrage déléguée, Oppic
  • Maîtrise d'oeuvre : Atelier Marc Barani, architecte ; Julien Campagne, chef de projet ; Charly Peu, Elise Bon, Nicholas Dunnebacke, architectes collaborateurs ; Ducks Sceno, scénographe ; Khephren Ingénierie, BET structure ; Alto Ingénierie, BET fluides et HQE ; Evalue, économiste ; Jean-Paul Lamoureux, acousticien ; Cicad, OPC
  • Programme : auditorium de 350 places, foyer, espace d’exposition, salles de réunion, bureaux, locaux logistiques
  • Surface : 3 445 m2 SDO ; 2 410 m2 SU
  • Calendrier : livraison, 2019
  • Coût : NC

Réagissez à cet article

Saisissez le code de sécurité*

Saisir le code

*Informations obligatoires

  • Mdereims

    "La tour découverte lors des fouilles préventives menées dans le cadre de la construction d’un auditorium attenant à l’Institut de France (75006)". qu'est devenu cette tour retrouvée lors des fouilles ?

Abonnés AMC

PHOTO - 26720_1577282_k3_k1_3640058.jpg

Penser la coprésence : un ensemble d'équipements […]

27/09/2021

300 A Neuvecelle, à côté d'Evian, une même parcelle accueille un ensemble d'équipements publics - gymnase, bibliothèque, écoles, maison de soins. Fruit de la collaboration de trois agences et d'un atelier de paysage, ces bâtiments offrent des parentés sans être similaires. Les superbes paysages […]

PHOTO - 26720_1577278_k2_k1_3640030.jpg

La Cosmic House de Charles Jencks s'ouvre au […]

27/09/2021

300 La mythique Cosmic House, maison familiale du critique d'architecture Charles Jencks s'ouvre aux visiteurs curieux de découvrir cette icône du postmodernisme. Située à Holland Park à Londres, la Cosmic House était la maison familiale de l'historien de l'architecture, critique, écrivain et designer […]

PHOTO - 26720_1577297_k2_k1_3640195.jpg

Dossier détails : grands vitrages

24/09/2021

300 Alors que les exigences environnementales pourraient conduire à la généralisation d'épaisses parois isolées, les façades vitrées de très grande taille se multiplient sous toutes les latitudes. Les plus récentes technologies ainsi que les aspirations architecturales ont favorisé la production et la […]

Abonnés AMC

Tribunes et vestiaires, Thibaudeau / Tocrault et Dupuy, Thouars (Deux-Sèvres)

Tribunes et vestiaires brutalistes pour un stade […]

23/09/2021

300 La démolition puis la reconstruction des tribunes du stade de Thouars (Deux-Sèvres), auxquelles s'adjoignent des vestiaires et des locaux de rangement, ne furent pas sans embûches pour les agences Thibaudeau et Tocrault & Dupuy: le programme a été revu avec les architectes pour, dans un calendrier […]

Portrait de Jasmine Kenniche-Le Nouëne - JKLN

JKLN - Portrait

22/09/2021

300 Diplômée de l'Ensa Paris-Belleville en 2009, Jasmine Kenniche-Le Nouëne fonde JKLN en 2014. Auparavant, elle a collaboré au sein des agences Babin+Renaud, RPBW ou Dusapin Leclercq. En 2019, l'agence est lauréate du prix 40Under40. La démarche de JKLN s'inscrit dans la volonté de produire une […]

LES RIM 2001

Faire l’architecture et l’urbanisme autrement : […]

23/09/2021

300 Le jeudi 23 et vendredi 24 septembre 2021, au domaine de Tizé, à l’Hôtel Pasteur et aux Champs Libres, à Rennes, aura lieu la troisième édition des RIM - Rencontres Inter-Mondiales des nouvelles manières de faire en architecture et en urbanisme. Ces deux journées professionnelles qui ont lieu tous […]

Une marque

Groupe Moniteur Infopro Digital