Lauréat de l'Equerre d'argent 2018 : le Centre de soins psychiatriques de Metz, par Richter & associés

A Metz, dans la ZAC des Hauts de Queuleu, le nouveau centre de soins psychiatriques pour adultes et enfants, lauréat de l'Equerre d'argent 2018, réinjecte vie et urbanité. Protecteur mais ouvert, le bâtiment concilie besoin d’intimité des usagers et connexions avec l’environnement.

Lauréat de l'Equerre d'argent 2018, centre de consultations et de soins à Metz-Queleu (Moselle), Richter & associés (architecte), Centre hospitalier spécialisé de Jury (maître d'ouvrage) - © Luc Boegly
photo n° 1/11
Zoom sur l'image Lauréat de l'Equerre d'argent 2018 : le Centre de soins psychiatriques de Metz, par Richter & associés

La ZAC des Hauts de Queuleu, en aménagement depuis ­quarante ans, peine à trouver une identité. Au milieu d’un bric-à-brac de bâtiments d’activité, cet équipement de santé rattaché au centre hospitalier de Jury parvient à mettre le bâti existant au second plan et à créer une centralité urbaine, par la puissance de son ­architecture et son parti paysager. Les architectes ont choisi d’ancrer l’édifice dans le site par le biais de la végétation épargnée par l’urbanisation.

« Le bâtiment devait donner l’impression
d’émerger de la terre », explique Pascale Richter,
qui a conçu avec son frère Jan Richter et Anne-Laure Better ce centre de consultations et de soins psychiatriques situé à Metz.

En bordure du terrain, une frange boisée protège du trafic de la départementale ; elle se retourne en fond de parcelle en constituant un rideau d’arbres devant lequel l’édifice prend place, évoquant les compositions paysagères de la peinture classique. Ce petit morceau de nature où les branches s’enchevêtrent et où prolifèrent les plantes de sous-bois est le point de départ du développement de ce bâtiment à l’architecture brutaliste et organique, enveloppé d’une coque en béton brut dont les teintes font écho à l’environnement boisé. Colorée dans la masse, la matière tire légèrement sur le vert, tandis que cailloux et graviers réapparaissent en surface par petites touches au moyen d’une désactivation ponctuelle du béton – intervention réalisée par Grégoire Hespel dans le cadre du 1 % artistique. Sur le parvis, la végétation accompagne le cheminement : d’abord des haies d’arbustes qui, au terme de leur croissance, masqueront les places de stationnement, puis, au pied de la façade, des plantations qui composent une sorte de sas avant de pénétrer dans le bâtiment. 

Paysages intérieurs

Deux entités se partagent l’édifice : celle destinée aux mineurs occupe la partie droite, celle pour les adultes la partie gauche. Les deux catégories de patients ne devant ni se croiser ni même s’apercevoir, un bloc servant central (ascenseurs, escalier de service, sanitaires, locaux du personnel mutualisés) constitue un rempart opaque sur les deux niveaux du bâtiment. Hormis quelques variations sur la nature des activités collectives, le programme est globalement le même de l’une à l’autre unité : salles de consultation, d’activités de groupe (psychomotricité, cuisine pédagogique, peinture, théâtre), locaux du personnel.

 

La logique du plan procède d’une organisation en trois bandes longitudinales qui se succèdent dans la profondeur du bâtiment. Elles s’ouvrent les unes sur les autres via les cinq jardins intérieurs qui creusent le monolithe et autour desquels s’enroule le programme. Ces jardins représentent ici des espaces ­fondamentaux pour des personnes en fragilité psychique. Dans un environnement urbain peu accueillant, ils donnent au bâtiment son propre paysage et créent des repères spatiaux grâce à leurs variations de dimensions, d’usages et de végétaux (jardin potager, ou d’agrément, cour de jeux pour les enfants, terrasse arborée). Ils génèrent aussi des sous-ensembles programmatiques sans les fermer et apportent une continuité spatiale par les transparences visuelles, en chassant toute impression d’enfermement. De fait, la conception architecturale tend à faire éprouver à ces usagers un sentiment de sécurité et d’apaisement, tout en suscitant chez eux la mobilité du corps, du regard, de l’esprit. La coque en béton qui préserve l’intimité du lieu tout en offrant des vues cadrées sur l’environnement – lorsqu’elle s’abaisse d’un niveau ou se soulève du sol – est le manifeste à échelle urbaine de cette démarche.

 

  • Lieu : Metz (Moselle)
  • Maîtrise d’ouvrage : centre hospitalier de Jury
  • Maîtrise d'oeuvre : Richter architectes et associés (Pascale Richter, Jan Richter, Anne-Laure Better), mandataire ; Cte Mulhouse, BET structure ; Solares Bauen, BET fluides, HQE ; Gilbert Jost, BET électricité ; C2BI, économiste de la construction, OPC ; Bruno Kubler, paysagiste ; Grégoire Hespel, artiste
  • Programme : hôpital de jour (enfants) ; centre d’activités thérapeutiques à temps partiel (adultes) : salles de consultation, d’activités de groupe (psychomotricité, peinture, théâtre, cuisine pédagogique), bureaux de l’administration, salle de réunion, jardins, parking
  • Surface : 2 200 m2 SDP
  • Calendrier : concours, 2013 ; études, 2014 ; chantier, 2015-2017 ; 
    livraison, 2017
  • Coût : 5,4 M€ HT
  • Agence : richterarchitectes.com

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