L'héroïsme bleu et brut de Charles-Henri Tachon, lauréat de l'Équerre d'argent 2019

Équerre d'argent 2019, la résidence Julia-Bartet conçue par l'architecte Charles-Henri Tachon, au brutalisme détourné par sa teinte bleue, associe des locaux d’enseignement, une résidence étudiante et une antenne des Restos du cœur. Son plan-masse astucieux servi par une exécution précise annonce la mutation d’une porte de Paris en bord de périphérique.

Lauréat de l'Équerre d'argent 2019, résidence Julia-Bartet, centre de formation pour apprentis et centre de distribution des Restos du Cœur à Paris XIVe, Charles-Henri Tachon (architecte), RIVP (maître d’ouvrage) - © GILLES BRETIN
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Cet article est publié dans AMC n°282-novembre 2019

 

A l’étroit dans ses limites administratives, Paris ne peut plus évoluer qu’en se reconstruisant sur lui-même, ou en traquant la moindre opportunité foncière. Laquelle n’existe qu’en raison de problématiques complexes, telles celles s’accumulant sur le terrain alloué à ce bâtiment mixte, une parcelle trapézoïdale encerclée par les infrastructures: à l’ouest, le talus du faisceau ferroviaire de la gare Montparnasse, à l’est, une radiale de sortie de Paris menant au périphérique, couvert sur quelques centaines de mètres mais visuellement présent, et en sous-sol, la ligne 13 du métro et ses ventilations, ainsi qu’un faisceau de câbles téléphoniques. Ce cortège d’éléments négatifs n’a pas dissuadé l’architecte Charles-Henri Tachon de manifester une volonté d’héroïsme: le bâtiment entend être un trait d’union entre la capitale et sa périphérie immédiate, sa géométrie pointant vers Malakoff par-dessus le périphérique. Plutôt qu’un édifice placard qui dissimule les voies ferrées, il adopte un plan en losange tronqué. Cette géométrie l’autonomise, en fait un objet s’adressant au contexte par toutes ses facettes, à l’instar de l’ancien siège de l’Insee (Serge Lana et Denis Honegger, arch., 1974), spectaculaire édifice implanté de l’autre côté de la rue.

La mixité pour richesse

Le programme établit par la RIVP comprenait trois fonctions: un local pour les Restos du cœur, remplaçant le hangar que l’association caritative occupait sur le site, un centre de formation aux métiers hôteliers et 86 chambres pour les apprentis. Chaque entité fonctionne indépendamment, disposant d’une entrée propre, voire, pour les Restos du cœur, d’une voie de service pour le déchargement des marchandises à l’arrière de la parcelle. "La mixité est vraiment un plus pour l’architecture", note Charles-Henri Tachon, qui s’est ingénié à imbriquer les fonctions. En rez-de-chaussée, il reconduit un dispositif de boutique pour l’organisation caritative. Les hébergements prennent place dans les étages supérieurs et, entre les deux, s’installent les locaux du centre de formation, qui constitue le piano nobile de l’édifice. La séquence d’entrée –escalier puis perron en terrasse– conduit à un plateau scindé en deux dans sa longueur. Les salles de cours sont disposées en enfilade, profitant d’une perméabilité visuelle sur l’étendue de la parcelle. Inscrites au cœur de la vie métropolitaine, elles s’ouvrent par de grands pans vitrés sur le ballet des trains, cependant protégées des nuisances sonores par d’épais doubles vitrages. Dans les étages, un couloir vitré ouvre vers le paysage ferroviaire, la circulation recréant un espace tampon qui éloigne les chambres du bruit des trains.

Une matérialité qui oriente les choix structurels

Une teinte bleu pâle distingue le projet dans l’environnement chaotique de cette porte de Paris. Loin d’être anecdotique, elle limite l’effet de porte urbaine que pourrait produire la mise en relation de l’opération avec l’immeuble de logement social lui faisant face, lui aussi implanté perpendiculairement au boulevard périphérique. "Elle singularise l’opération, tout en apportant un peu de lumière et de gaieté dans un site difficile", explique l’architecte. Un béton teinté dans la masse diffuse un bleu nuancé par les imperfections du coulage. Ce parti pris de matérialité oriente les choix structurels: aux voiles en rez-de-chaussée succède une logique d’ossature individualisant les chambres, inscrites dans une grille dont le pas varie insensiblement, géométrie du plan oblige. Il s’agit de maintenir une surface de cellule constante dans une épaisseur de plateau variable. Certains détails sont coulés avec le gros œuvre, à l’instar des évacuations d’eaux et des larmiers. Des menuiseries dorées et des panneaux de verre émaillé viennent clore ce squelette de béton. Les menuiseries sont placées à l’arrière des éléments de béton, séparés par un isolant. L’orientation légèrement penchée vers le ciel des garde-corps –des panneaux vitrés–, l’insertion d’épines dorées brillantes séparant des menuiseries champagne mat instillent un jeu subtil de ­luminances et de reflets dans un objet de béton bleu et brut.

  • Lieu : Paris (XVe arr.)
  • Maîtrise d’ouvrage : RIVP
  • Maîtrise d'oeuvre : Charles-Henri Tachon, architecte mandataire ; Claire Fuchs (chargée du projet phase chantier) et Benjamin Cros (concours études) ; Sibat SPS, BECS, BET tous corps d’état et OPC ; Risk Control, bureau de contrôle ; QCS Services, AMO H&E
  • Programme : 86 chambres, un centre de formation, une antenne des Restos du cœur
  • Surface : 2 566 m2 SP (résidence) ; 347 m2 (CFA) ; 223 m2 (Restos du cœur)
  • Calendrier : concours, 2012 ; livraison, janvier 2019
  • Coût : 8,4 M€ HT (travaux bâtiment) ; 227 686 € HT (mobilier)

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