Le Corbusier, mesures de l’homme – Exposition

Plus que 10 jours pour visiter l'exposition Le Corbusier du Centre Pompidou (Paris), qui s'achèvera le 3 août 2015. Cette grande rétrospective permet de relire l'œuvre du maître moderne sous l'angle de son rapport physique et sensible au corps humain.

Rogi André, Le Corbusier, CA. 1937. - © Centre Pompidou, G. Meguerditchian
photo n° 1/8
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Associez le nom de Corbu au mot “mesures” et vous évoquerez forcément à votre interlocuteur le Modulor, cette silhouette d’homme de 1,83 m de haut imaginée en 1944 par le maître moderne. Sauf que Charles-Édouard Jeanneret (1887-1965) n’a pas eu qu’une vision métrique du corps humain et  c’est le sujet de l’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 3 août 2015 au Centre Pompidou, à Paris. “La compréhension du corps par Le Corbusier est cognitive, il y voit un ensemble dynamique, en mouvement”, expliquent les commissaires, Frédéric Migayrou, directeur adjoint du Musée national d’Art moderne, et Olivier Cinqualbre, conservateur, chef du service architecture du Musée national d’Art moderne. Il ne faut donc pas prendre à la lettre ce que suggère la fresque qui accueille le visiteur, ce bonhomme familier qui évolue de la position assise (à 27 cm au-dessus du sol) à celle debout et bras levé (226 cm de hauteur totale), comme pour nous faire réviser nos gammes. Exit la vision purement mathématique de cette mesure harmonique basée sur le nombre d’or et déclinable à l’envi, véritable outil de conception de mobilier, d’architecture et d’urbanisme pour Corbu et de nombreux architectes après lui. Pour Le Corbusier, le corps est un sujet qui perçoit l’espace à travers ses sens, la vue, le toucher et l’ouïe, et c’est à partir de cela qu’on doit le construire.

 

 

Rétrospective

Présentant quelque trois cents œuvres, dessins, peintures, sculptures, maquettes, vidéos et photographies, l’exposition revient sur les origines de cette vision, qui remonte bien avant 1944, et son application artistique et bâtie tout au long de la carrière du Corbu. Certes, la présentation et sa scénographie sont des plus classiques dans la forme, avec une organisation chronologique des projets les plus célèbres allant de la villa Schwob (La Chaux-de-Fonds, 1916-1917) au cabanon de Cap-Martin (1951-1952), en passant par le pavillon de l’Esprit nouveau (1924) et la chaise longue (1928). C’est ce qui en fait une rétrospective grand public au premier regard, où l’on apprécie tout de même de découvrir quelques pièces inédites comme des peintures prêtées par le MOMA de New York ou des œuvres redécouvertes récemment, notamment une fresque réalisée pour la maison de Jean Badovici, à Vézelay, en 1935-1936. Mais le propos scientifique est ambitieux, voire un peu aride et, pour le comprendre, il faut accepter de re-regarder les documents que l’on connaît à l’aune de cette recherche d’une harmonie physique et sensorielle de l’homme avec son cadre de vie.

 

 

Accorder pour composer

Écouter Le Corbusier décrire le Modulor dans la vidéo qui accompagne la salle consacrée à cette “mesure de l’homme” est d’ailleurs éclairant. On comprend qu’il s’agit d’une gamme permettant d’accorder les mesures entre elles pour s’assurer que la composition d’ensemble est juste, mais qu’il ne s’agit en aucun cas d’une règle, d’une recette à appliquer telle quelle comme beaucoup l’ont pensé. Vus sous cet angle, les tracés régulateurs prennent un autre sens, plus sensible justement. Tandis que la couleur n’apparaît plus comme un moyen pour les habitants d’adoucir un peu l’aridité de l’architecture moderne, mais bien un outil de son architecte pour accentuer la perception de ses volumes, comme le socle de la Villa Savoye (1928), vert pour donner l’impression d’une maison en lévitation dans son jardin. C’est du point de vue de l’homme que se crée et que doit se mesurer l’espace selon Corbu. Idem pour l’objet: le mobilier conçu avec Charlotte Perriand est à la naissance du concept d’ergonomie où l’objet s’adapte au corps et non l’inverse. Une exposition qui rappelle l’approche humaniste de Le Corbusier, bienvenue à l’heure du cinquantenaire de sa mort et alors qu’un débat sur ses inclinaisons fascistes ternit son image et celle du modernisme.

 

 

  • “Le Corbusier, mesures de l’homme”, jusqu’au 3 août 2015
  • Commisaires : Frédéric Migayrou et Olivier Cinqualbre, assistés de Mailis Favre
  • Scénographe : Pascal Rodriguez
  • Centre Pompidou, 75004 Paris

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