Le socle de la cathédrale Sainte-Marie-Majeure à Marseille, conquis par Rémy Marciano

Niché dans le socle de la cathédrale Sainte-Marie-Majeure, sur le front de mer de Marseille, ce concept store associe une palette réduite de matériaux bruts à un aménagement judicieux et sans artifice pour créer un espace convivial qui invite à repenser la consommation.

La boutique du socle de la cathédrale Sainte-Marie-Majeure, livrée en 2017 par Rémy Marciano - © Takuji Shimmura
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Zoom sur l'image Le socle de la cathédrale Sainte-Marie-Majeure à Marseille, conquis par Rémy Marciano

Projet insolite pour l’agence d’architecture de Rémy Marciano, spécialisée dans les opérations à grande échelle et le tertiaire, l’aménagement de cette boutique-restaurant de 250 m2 résulte d’une démarche menée en étroite collaboration avec Claire Grolleau, maître d’ouvrage. Cette toxicologue de formation souhaitait un lieu incarnant un mode de vie écologique, encourageant le développement durable et une consommation éthique. Le programme réunit ainsi trois entités spatialement distinctes : un restaurant végétarien, une boutique de produits de fabrication responsable, ainsi que des espaces fermés de bien-être. Le contexte architectural est lui aussi singulier, puisque le projet prend place dans un site historique, le soubassement du parvis de la cathédrale Sainte-Marie-Majeure, achevée en 1893. Il s’agissait d’aménager une « coque brute » sous une voûte en pierre, issue de la réhabilitation du socle de l’édifice en 2014 par les architectes Jean-Baptiste Pietri et José Pasqua, dans le cadre de l’opération de rénovation urbaine Euroméditerranée.

Palimpseste

L’architecte a souhaité se démarquer des intérieurs rénovés des autres commerces aménagés sous ces voûtes, afin d’éviter un aspect « ripoliné » de la ville en transformation. Il a affirmé sa volonté de conserver toutes les traces de l’histoire du lieu, tour à tour entrepôt, galerie d’art, puis espace désaffecté depuis les années 1970. La voûte est baignée d’une lumière chaude pour en sublimer la matière, tandis que les murs, simplement stabilisés sur 2,5 m, portent les marques des transformations successives et de la patine du temps. La généreuse hauteur sous plafond (près de 8 m) autorise un aménagement sur deux niveaux avec, à rez-de-chaussée, le restaurant de 63 m² et dans la continuité la boutique de 50 m², puis la mezzanine de 76 m² sur un plancher collaborant, accessible par un nouvel escalier en bois. « Nous avons travaillé l’aménagement autour du rapport à la nature et au lieu, dans l’idée de raconter une histoire de matières et de mettre en scène l’expérience d’achat », explique Rémy Marciano. Une approche qui se traduit par la mise en oeuvre de matériaux simples et bruts, et le choix de lignes épurées. « Les luminaires sont de simples tubes d’acier, les ampoules sont dénuées de fioritures, rien n’est dans l’excès », précise l’architecte. Au rez-de-chaussée, la minéralité de la dalle de béton ciré se retrouve dans le traitement du bar en béton brut sur mesure. Ce comptoir de 9,5 m de long équipé d’un plateau en inox poli sert de plateau de scène pour l’élaboration des plats qui y sont préparés. 

« Nous souhaitions une cuisine ouverte, dévoilant l’origine et le parcours des produits consommés ; une cuisine qui sorte du carcan de la malbouffe et de la consommation de masse », explique Rémy Marciano.

Réchauffant cet univers minéral, le bois se décline dans le mobilier en chêne d’aspect brut, en support, et notamment en mur de fond de scène. Une « forêt » de troncs écorcés et rabotés à la main remplace les deux poteaux béton qui soutenaient la mezzanine ; elle vient également délimiter discrètement les espaces restauration et boutique sans opacifier le volume. Evoquant une cabane dans les arbres, la mezzanine communique visuellement avec l’espace en contrebas par une claire-voie de chêne. En adéquation avec la philosophie du lieu, tous les matériaux de second oeuvre ont été choisis pour leurs qualités environnementales : vernis naturels à base de kératine, peinture sans émission de COV et cloisons en fibres naturelles. Hormis les tables de restauration, l’ensemble du mobilier a été conçu sur mesure par des artisans ; les luminaires également, à l’exception des suspensions en osier et des douilles en porcelaine suspendues à la mezzanine dans un joyeux chaos. Les autres meubles ont été chinés avec la cliente dans diverses brocantes de la région.

 

  • Lieu : Marseille (13)
  • Maîtrise d’ouvrage : Essentiel, Claire Grolleau, Gilles Caminade
  • Maîtrise d'oeuvre : Marciano Architecture, Rémy Marciano, arch. ; Yannick Nobile, concours ; Pietro Bellucci, Sarra Bakail, chefs de projet
  • Programme : boutique
  • Surface : 250 m2 SU
  • Calendrier : livraison, août 2017
  • Coût : 350 000 €
  • Matériaux : bois, béton, inox, cloisons Greenline de Fermacell
  • Produits : suspensions en osier, Couleur Locale ; tables de restauration, Ethnicraft ; suspensions porcelaine, Maison Empereur

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