MÉDIATHÈQUE à THIONVILLE - DOMINIQUE COULON

Dans ce "tiers lieu" novateur livré à Thionville par Dominique Coulon, littérature et multimédia côtoient apprentissage des langues, musique, restauration et office du tourisme.

Médiathèque à Thionville par Dominique Coulon - © David Romero-Uzeda
photo n° 1/9
Zoom sur l'image MÉDIATHÈQUE à THIONVILLE - DOMINIQUE COULON

Au début des années 1980, Ray Oldenburg, sociologue urbain américain, conceptualise le cadre de vie du citoyen en distinguant trois lieux: le foyer, la sphère professionnelle et le "troisième lieu", destiné à la vie de la communauté, où tous ses membres peuvent se réunir ou échanger de façon informelle. Chargé du programme de la future médiathèque de Thionville en 2010, Pierre Franqueville, de l’agence d’ingénierie culturelle ABCD Culture, s’en inspire: il propose au maire de fusionner l’équipement avec la scène de musiques actuelles alors à l’étude, au bénéfice d’un tiers lieu culturel novateur où la littérature et le multimédia côtoieraient l’apprentissage des langues, la musique, les arts plastiques, une petite restauration et l’office du tourisme. Face à Architecture-Studio et Finn Geipel, Dominique Coulon remporte le concours avec un projet presque de plain-pied, dont la fluidité spatiale "permettra de diluer toutes ces activités les unes dans les autres, par la superposition de différents systèmes sans hiérarchie".

 

Le public acteur de sa propre condition

 

Bien que le bâtiment s’inscrive dans le carré de la parcelle, aucune façade n’offre d’angle droit. En effet, un grand ruban continu s’incurve, tel un feston de rideau, en boucles et méandres engendrant un plan aux allures de pièce de puzzle. La retombée en bois blanc, plus ou moins débordante, couronne les parois vitrées cintrées et dessine un habile jeu de pleins et déliés: elle s’abaisse d’autant plus qu’elle tangente l’espace public, pour mieux s’en protéger, et se relève lorsqu’elle s’en éloigne, afin de mieux capter la lumière naturelle à l’intérieur. Cette luminosité surprend le visiteur. En entrant, il découvre un vaste volume unitaire (5,30 à 6,80 m sous plafond) presque dépourvu de poteaux, qu’animent des plots ovoïdes, tantôt immaculés, tantôt métallisés ou colorés de vert ou noir. Ces bulles aux formes, hauteurs et décors variés "extraient" –tout en les hébergeant– les composantes du programme: laboratoires de langue, espace de jeux vidéo, atelier d’arts plastiques, salles de travail scolaire ou de réunion, cabinet de curiosités, comptoir et réserve du bar-restaurant. Rayonnages –mêlant parfois intentionnellement littérature et BD–, tables de lecture, postes informatiques, banquettes, fauteuils, chauffeuses et poufs investissent l’espace résiduel à la façon d’un généreux open space, au gré des besoins des utilisateurs ou des animations. "Une place pour chacun et chacun trouve sa place", prêche la directrice. Y compris dans le patio central, traité en rampe revêtue de gazon synthétique, dont les circonvolutions conduisent jusqu’au bar extérieur, également desservi par un ascenseur et une cage d’escalier. Dialoguant avec les émergences ­circulaires du désenfumage, quelques buttes de pelouse naturelle invitent, à la belle saison, à la sieste –avec ou sans livre– sous la canopée des platanes environnants. Par temps de neige, plus d’un rêvera de venir y faire du ski ou de la luge! Stockage et administration occupent l’angle ouest, tandis que celui septentrional abrite des sanitaires et des salles de réunion, de projection ou de spectacles.

Refusant le cliché instantané, l’architecte aime surprendre l’usager dans sa pratique du lieu. Sols et plafonds ne sont ici ni vraiment plans ni monomatière. L’éclairage artificiel paraît inexistant: les projecteurs installés en tranchées dans la couverture des bulles illuminent par réflexion la blancheur du plafond d’un seul tenant. Enfin, la couverture donne l’impression de flotter: portée par quelques poteaux acier sans trame régulière –mais aussi par le plot d’entrée en béton qui la contrevente–, sa charpente métallique agit tel le couvercle débordant d’une boîte à chaussures de forme organique, les vitrages étant suspendus à ses ondulantes retombées en façade à parement de bois peint.

 

 

  • Lieu: Thionville
  • Maîtrise d’ouvrage : ville de Thionville (Lorraine)
  • Maîtrise d’œuvre: Dominique Coulon et Steve Letho Duclos (Dominique Coulon et associés) architecture et agencement; Philippe Clément (Batiserf), BET structure; Solares Bauen, BET fluides; E3 Economie, économiste; Yves Kayser (Euro Sound Project), acousticien; Bruno Kubler, paysagiste
  • Programme: médiathèque, studios de création, salle de diffusion et de spectacles
  • Surface: 4590 m2 Shon
  • Calendrier: concours, octobre 2010; études, mars 2011 à janvier 2012; chantier, mai 2012 à janvier 2014; livraison, octobre 2016
  • Coût: 9,8 M€ HT

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