Oyapock livre l'extension d'une scène musicale à Rio de Janeiro

Sur les pentes de la favela de Vigidal, en balcon sur la baie de Rio, cette salle de musique a été agrandie en absorbant et en reliant les constructions voisines. Vocabulaire architectural, implantation et systèmes constructifs locaux favorisent son intégration dans un quartier en mutation.

Entrée sur rue / L'extension d'une scène musicale à Rio de Janeiro (Brésil), par Oyapock - © Oyapock
photo n° 1/8
Zoom sur l'image Oyapock livre l'extension d'une scène musicale à Rio de Janeiro

Il est assez difficile, pour un architecte, d’œuvrer parmi les constructions anarchiques d’une favela, tout particulièrement dans le contexte récent de violences et de tensions qui caractérise les quartiers les plus démunis de la baie de Rio de Janeiro. Néanmoins, l’agence franco-brésilienne Oyapock porte un regard optimiste sur l’évolution des favelas et accompagne les initiatives des habitants. Elle a ainsi livré l’extension et la rénovation d’un établissement privé qui organise des événements musicaux en plein air, sur les hauteurs du Morro Dois Irmaos.

Un repère urbain

A l’origine, l’équipement était composé d’une simple terrasse, comprise entre deux bâtisses. Accessible uniquement depuis la rue par une porte de bois, il devait non seulement gagner en visibilité, mais aussi augmenter sa capacité d’accueil et diversifier son offre. Le projet englobe l’existant dans un enchevêtrement de dalles, à l’image de la composition vernaculaire de la favela, grâce à l’acquisition de plusieurs constructions voisines. La réalisation, découpée en trois phases dépendantes des recettes du propriétaire, a nécessité une adaptation continue du programme. Dans un premier temps, l’entrée, située au rez-de-chaussée, a été agrandie et restructurée. Elle reçoit un ensemble en bois qui concentre l’accueil, le bar et les commodités, en dégageant un plan libre pour accueillir le public à l’occasion des concerts. Ensuite, deux niveaux en partie inférieure ont été aménagés, abritant notamment les cuisines d’un restaurant dont la salle trouve sa place grâce à l’adjonction d’une maisonnette. Celle-ci permet l’ouverture d’une seconde terrasse, en contrebas de la scène principale. Enfin, un escalier extérieur rythmé de nombreux paliers relie désormais ces espaces dont les accès étaient initialement distribués par les rues adjacentes. 

Matière locale

Campé sur les hauteurs de la favela, le chantier était peu accessible et a contraint fortement l’acheminement des matériaux et des engins. Il fallait pouvoir s’assurer de leur disponibilité sur place, aussi le projet s’est-il appuyé sur des circuits courts et sur des savoir-faire locaux. Les architectes ont conçu une structure poteaux-poutres en acier, morcelée en petits modules, assemblée directement sur le site. Des prédalles en béton forment le motif du sol. Depuis la rue, un mur végétal suspendu invite à pénétrer dans le cœur du bâtiment. La façade principale est composée de briques dont l’assemblage alterne des faces pleines et des faces cassées pour générer des vibrations. A l’intérieur, leur calepinage varie selon les besoins : les briques se présentent soit en moucharabieh pour favoriser la ventilation naturelle, soit retournées pour devenir le support des bouteilles du bar. Le bois travaillé à claire-voie constitue des cloisons légères. Les mailles d’acier, traditionnellement utilisées pour le ferraillage du béton armé, deviennent des grilles de faux plafond, des garde-corps, ou servent de support vertical pour le mur végétal. Des palettes de transport sont démontées, puis assemblées afin de fabriquer des boîtes : tournées vers le haut, elles forment des pots pour les plantes grimpantes ; tournées vers le bas, elles servent de suspentes pour l’éclairage extérieur. Sur la terrasse, une pergola réalisée en poutres d’acier supporte des néons, des protections solaires et le mobilier. Avec un léger débord, elle recouvre l’ensemble du bâtiment pour l’unifier et renforcer son horizontalité devant la topographie chahutée de Rio. Si ces matériaux ordinaires sont largement présents dans la favela, leur mise en œuvre ingénieuse révèle ici le caractère singulier du programme.

 

  • Lieu : Rio de Janeiro (Brésil)
  • Maîtrise d’ouvrage : privée
  • Maîtrise d'oeuvre : Oyapock architectes
  • Programme : scène musicale en plein air, restaurant, bar
  • Surface : 600 m2
  • Calendrier : livraison, 2018
  • Coût : 238 520 € HT

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