Paulo Mendes da Rocha, l'école Paulista - Rétrospective

L’architecte brésilien Paulo Mendes da Rocha a reçu un Lion d'or pour l'ensemble de son œuvre lors de la 15e Biennale internationale d’architecture. Le commissaire général de la manifestation, le Chilien Alejandro Aravena, a souligné la qualité de ses travaux et mis l'accent sur l’engagement de l’homme. En hommage à cet immense architecte, nous republions un article paru en 2007 qui lui est consacré. Paulo Mendes da Rocha, lauréat 2006 du Pritzker Prize, a, contrairement à son compatriote Oscar Niemeyer, peu construit en dehors du Brésil. L’architecte brésilien a néanmoins développé une œuvre forte et singulière, tant dans sa pratique architecturale qu’à travers son enseignement. Figure emblématique de l’école paulista, il s’est efforcé durant toute sa carrière d’atteindre un idéal de modernité, en faisant de la technique un véritable moyen d’émancipation. Qu’il s’agisse de sa propre maison ou d’équipements sportifs et culturels, il attache une importance primordiale aux rapports des bâtiments dans leur contexte. Empreints d’une vision poétique propre à Paulo Mendes da Rocha, ceux de Sao Paulo, où se trouve l’essentiel de son travail, sont l’expression d’une maîtrise structurelle et d’une géométrie simple qui résument la cohérence de sa production.

Club athlétique Paulistano, Sao Paulo, Mendes da Rocha, 1958 - © José Moscardi
photo n° 1/11
Zoom sur l'image Paulo Mendes da Rocha, l'école Paulista - Rétrospective

Lorsque Paulo Mendes da Rocha arrive à Sao Paulo en 1937, la ville est alors en pleine expansion: elle assume sa vocation de centre industriel et pressent sa destinée de future métropole. Mais malgré l'urbanisation accélérée, Sao Paulo est encore une ville provinciale. La verticalisation ne fait que commencer, et le jeune Mendes da Rocha se rend à pied chaque matin à l'école, parcourant l'élégante avenue Paulista et ses grandes maisons appartenant aux barons du café et aux immigrants enrichis par le commerce et l'industrie. La ville ne cesse de s’agrandir dans les décennies suivantes. Sao Paulo devient le principal centre économique du pays, ainsi qu'un lieu dynamique d'échanges culturels où les initiatives artistiques se multiplient. Les premières écoles d'architecture indépendantes sont créées à la fin des années 1940; Mendes da Rocha obtient son diplôme, en 1954. A cette époque, le nombre d’architectes en exercice dans la ville commence à être important, créant une ambiance propice au débat. Cette année-là, Sao Paulo fête en grande pompe son quatrième centenaire. Un ensemble immobilier est construit par Oscar Niemeyer au parc de l’Ibirapuera pour loger les festivités, et l’architecture moderne est un thème fort des célébrations. Sao Paulo est alors une ville d'avenir, le métier d'architecte aussi.

 

Dans les années 1960 et 1970, Sao Paulo connaît la croissance urbaine la plus forte du monde, avec une population qui augmente d’environ 5% chaque année. Parallèlement à la verticalisation, on assiste à une formidable expansion horizontale. Le parc industriel déborde sur le territoire des communes voisines, les lotissements précaires prolifèrent à perte de vue en périphérie. Au cours des années 1980, son taux de croissance connaît un fléchissement qui accompagne celui de la courbe des emplois. L'étalement de la maille urbaine se ralentit, et Sao Paulo se redessine par la verticalisation, en palimpseste. La grande Sao Paulo compte aujourd'hui plus de 18 millions d'habitants, dont dix pour la ville-centre. Immense, chaotique, contrainte par des problèmes sociaux, d'accessibilité, de pollution, elle est aussi "une ville plus belle encore que Rio, entièrement fabriquée, où tout est produit par le travail de l'homme [1]". Ce paradoxe contient toute la spécificité du regard que Mendes da Rocha porte sur la ville car, pour lui, architecture, nature et ville se confondent. L'architecture est à la fois construction de la géographie, configuration du paysage, création de repères urbains. Chacun de ses projets est empreint d'une confiance absolue dans sa capacité à transformer le site. Mêlant architecture et sculpture, il réalise des formes simples et mémorables qui s’inscrivent dans un rapport à la monumentalité propre aux villes américaines: "au jeu des hiérarchies qui, de manière traditionnelle, détermine la place du monument dans l'espace urbain, Sao Paulo oppose une autre logique de la monumentalité. Du haut de ses gratte-ciel, la ville elle-même se donne à voir comme un monument, infinie, effervescente, déchiquetée [2]".

 

Club athlétique Paulistano

En 1958, Paulo Mendes da Rocha, associé à un collègue de promotion (Joao de Gennaro), gagne le concours de projets pour un gymnase dans un quartier pavillonnaire de Sao Paulo. Il n'a pas encore trente ans, et aucune expérience de la construction. Le programme comprend, outre le gymnase proprement dit (terrain polyvalent et gradins pour 2000 spectateurs), des espaces d'activités complémentaires pour le club: vestiaires pour la piscine, salles d'escrime et de gymnastique, bureaux, cafétéria. L’architecte réalise un bâtiment à la géométrie très simple et d’une grande clarté structurelle. Le plan s'organise sur un rectangle auquel se superpose, de manière faussement symétrique, le cercle de la couverture. Les accès se font depuis la ville et depuis le club par des cheminements en pente douce qui suivent l'axe longitudinal du volume jusqu’au terrain de sport, au cœur du dispositif. Les gradins donnent sur une esplanade: une place surélevée qui accueille des activités de plein air et domine à la fois la ville et les jardins du club. La structure du bâtiment a un aspect monumental: un disque en béton armé porté par six énormes poteaux disposés en périphérie. Fins à la base, ces poteaux s'écartent de leur axe vertical pour suspendre, à travers des câbles en acier, une coupole métallique qui couvre l'arène avec une légèreté étonnante.

 

Club athlétique Paulistano, Sao Paulo, Mendes da Rocha, 1958 - © José Moscardi

 

Comme on le verra souvent par la suite dans les projets de Mendes da Rocha, le concept s'exprime très clairement par un croquis en coupe. En quelques traits précis, les perspectives créées entre l'intérieur du bâtiment et la ville sont mises en évidence. L’essentiel est dit. La structure, reconnaissable de prime abord, constitue dès lors un nouveau point de repère urbain. Les échappées visuelles permettront au club d’accompagner l’évolution du quartier, restant en contact avec une rue de plus en plus animée par le commerce et le trafic d’automobiles. Abstraction formelle, maîtrise structurelle, impact urbain: on perçoit dès ce premier projet la palette des thèmes auxquels il restera attaché tout au long de son parcours professionnel.

 

Maison Mendes da Rocha

Dans les années 1960, Mendes da Rocha collabore avec Vilanova Artigas sur plusieurs projets et devient son assistant à l'université de Sao Paulo. Cet architecte charismatique aura une influence déterminante sur son travail, comme sur celui de toute une génération de jeunes architectes bientôt reconnus par la dénomination d'"école paulista". La ville en pleine expansion leur fournit un véritable champ d'expérimentation sur les techniques constructives, l'insertion urbaine et les modes de vie. Le travail de Mendes da Rocha est à la fois très singulier et très représentatif de cette production. Son projet le plus personnel, celui de sa propre maison, mène à leur paroxysme tant l'esthétique que l'éthique de l'école paulista.

 

Il s'agit en fait de deux maisons, une pour l'architecte lui-même et l'autre pour un proche, construites entre 1964 et 1966 dans le quartier du Butanta. Disposées de part et d'autre d'un espace étroit, elles sont, en apparence, identiques: deux prismes en béton brut surélevés par quatre poteaux. La partie supérieure de chaque volume est plus large que sa base. Sur rue, ce décalage est très léger, créant une fente longitudinale dont le dessin anime la façade presque aveugle. Sur les côtés, il forme des larges débords et se prolonge par une pergola. Ces avancées plongent dans l'ombre les fenêtres qui occupent toute la longueur des façades latérales, de telle façon que le béton brut semble être le matériau unique de l'enveloppe. L’opacité est renforcée par le mouvement du sol: les pilotis disparaissent derrière un talus, soulignant le poids et la masse de la boîte. Dans la maison destinée à l'autre famille, quelques adaptations sont réalisées dans l'aménagement des espaces intérieurs; mais, dans sa propre résidence, Mendes da Rocha mène jusqu'au bout ses idées sur les modes de vie et les rapports sociaux. On accède par un escalier en béton dans le plateau unique de la maison. La partie centrale est occupée par les chambres, dont les cloisons ne touchent pas le plafond, et par les salles de bains, éclairées et ventilées par le haut. De part et d'autre, le long des façades latérales, sont disposés les espaces de vie commune. Un coté fait office d'entrée et de bureau, l'autre, de séjour et de salle à manger; la cuisine occupe le fond. Le béton nu est omniprésent, exposant sa texture sur les poteaux, les poutres, le plafond et le mobilier intégré. Une note de chaleur est apportée par l'utilisation du bois: massif sur les portes, en larges lattes sur le parquet, en stores vénitiens sur les cloisons séparant des chambres du bureau. Dans cet environnement austère où la géométrie du mobilier est immuable, l'orchestration de l'apport de lumière est essentielle. Des ouvertures pratiquées dans la dalle supérieure ramènent des flots de lumière depuis le haut. Sur les côtés, le jour n’arrive pas directement: il est adouci par les protections formées par l’avancée du toit et des volumes saillants en façade. Un troisième type de luminosité vient depuis le bas, à travers une tablette vitrée logée entre l’allège et la partie haute des murs. Avec le temps, la végétation a embrassé la maison et apporte des chatoiements verts qui créent une ambiance surprenante.

 

Maison Mendes de la Rocha, São Paulo, Mendes de la Rocha, 1964-66 - © Nelson Kon

 

Rarement un aménagement d'un tel radicalisme avait été mis en œuvre dans l'architecture brésilienne. Postulant la primauté de l'espace ouvert et réduisant au minimum les espaces privés, Mendes da Rocha matérialise sans concessions ses idéaux modernes. Tout le dispositif est conçu pour rendre possible la vie collective, pour privilégier les rapports sociaux et familiaux par rapport à l'intime. Dans un texte publié quelques années plus tard (3), Flavio Motta compare l'espace de la maison Mendes da Rocha à une "favela rationalisée": un lieu où "chacun accepte la présence de l'autre, sans murs solides, mais dans des conditions nouvelles de respect humain". Il rappelle que l'un des rôles majeurs d'un artiste consiste à "proposer de nouveaux critères de rapports entre les hommes". Mendes da Rocha ne cessera d'endosser ce rôle. Chaque projet de maison individuelle transformera la cellule monofamiliale en lieu d'échanges sociaux, modèle d’espace public. A l'inverse, ses projets d'interventions urbaines aborderont le territoire de la ville comme un lieu d'interaction entre les individus. Cette réciprocité indispensable sera formulée par un texte d'Artigas écrit pour la Biennale de 1969 (4) où il décrit l'architecture comme "l'art d'organiser l'espace pour la vie humaine": traitant "les maisons comme des villes, les villes comme des maisons".

 

Magasin de mobilier Forma

Dans la ville dispersée, les infrastructures dédiées à la circulation phagocytent progressivement l'espace, et la voiture devient pour les habitants de Sao Paulo un outil indispensable. Un projet, le magasin Forma, réalisé par Mendes da Rocha à la fin des années 1980, rend compte de ces mutations. Il s'agit d'un bâtiment destiné à loger un magasin de meubles design le long d'un axe qui traverse Sao Paulo de son centre jusqu'à la rivière Pinheiros, drainant un trafic intense et rapide. Le paradoxe du programme consiste à permettre une exposition maximale des produits du magasin vers l'extérieur tout en minimisant, à l'intérieur, le contact avec l'environnement.

 

Le bâtiment réalisé par Mendes da Rocha est à la fois simple et radical: un énorme parallélépipède surélevé par des appuis latéraux. L'étalage du mobilier est assuré par une bande vitrée sur toute la partie basse de la façade: une vitrine en longueur placée sur une cote d'altimétrie étudiée pour être à la portée visuelle des automobilistes, assurant une visibilité cinétique à la mesure de la vitesse de la circulation. Une signalétique géante sur les panneaux métalliques de la façade affirme l'identité du magasin. La déchirure longitudinale de la vitrine dans le volume massif dramatise son impact urbain, sa forme allongée fait écho aux traînées lumineuses du flux automobile nocturne. L'espace libéré au sol permet aux clients de se garer sans occulter la vitrine. Conçu pour être vu depuis les voitures, le bâtiment se présente au piéton comme une boîte hermétique. Aucun hall, aucune porte ne signale l'entrée. L'accès se fait par un dispositif ingénieux: un escalier rétractile, sorte de pont-levis qui éveille la curiosité du client et l’incite à se hisser à l’intérieur du magasin.

 

La forme archétypique du bâtiment résulte d'une structure moins simple qu'elle ne paraît. Les appuis latéraux sont formés par des boîtes creuses en béton renforcé, dans lesquelles sont logés les espaces de service. Le plateau d'exposition repose sur des poutres métalliques de trente mètres de portée. L'ensemble est complété par une structure métallique invisible depuis l'extérieur, de façon à ne pas interrompre la continuité de la vitrine. A l'exception de cette dernière, l'enveloppe est totalement opaque, constituée de panneaux métalliques au calepinage régulier formant une grande surface lisse. L'introversion de l'espace intérieur est conçue pour mettre en valeur le mobilier exposé. Le blanc est la couleur dominante, la structure et les détails se font discrets.

 

Musée brésilien de la sculpture

Le projet du Musée brésilien de la sculpture, réalisé également à la fin des années 1980, marque une étape importante dans la reconnaissance internationale du travail de Mendes da Rocha. Il s’agit là aussi d’une commande privée: l’association d’habitants des Jardins Europa organise un concours pour contrecarrer un projet de centre commercial dans leur quartier, une zone résidentielle très arborée. Le terrain, d'environ 7000 m², présente un dénivelé de quatre mètres. Sa forme triangulaire est déterminée par le tracé de l'avenue Europa –le même axe où, un peu plus loin, Mendes da Rocha construit un magasin de meubles. Le projet se fonde dans le tracé des voies et la morphologie de l'espace urbain. La construction suit les limites de la parcelle, mettant en évidence le dessin et la pente des rues. Le bâtiment ne se présente pas comme une boîte fermée. Il n’a pas de façade sur l'avenue et apparaît plutôt comme un jardin dans la continuité du territoire urbain. Le seul élément émergent est une grande poutre suspendue, qui signale dans la ville la présence du musée. Ici encore, les principes du projet sont clairement expliqués par un croquis de l'architecte: une coupe qui représente une poutre flottante et l'ombre qu'elle projette sur le terrain. Le trait du sol se déploie pour créer une esplanade. La végétation est luxuriante, des personnages donnent l'échelle humaine.

 

 Mendes de la Rocha, São Paulo, Musée brésilien de la sculpture, 1988 - © Mendes

 

Le projet s’adresse à la ville: le musée est une place, un espace collectif; la poutre est un signal urbain, une première sculpture sur le site qui fournit un paramètre de mesure des œuvres exposées. L'ombre qu'elle projette sur le sol forme un espace aux limites virtuelles, abrité de la pluie, qui accueille des manifestations artistiques de plein air. Les dalles de couverture du socle forment des esplanades et un bassin –un élément souvent présent dans l'architecture moderne brésilienne, nommé de manière significative espelho d'água (miroir d'eau). Ciel, nuages et poutre s'y réfléchissent et s'y mélangent, offrant une belle synthèse entre architecture et nature. Le jardin est un des derniers projets de Burle Marx, conçu comme un paradigme du jardin brésilien: des bosquets exubérants qui fournissent un cadre valorisant pour les œuvres exposées en plein air. Le parcours du visiteur se fait par un cheminement en pente douce suivant les plateaux qui s'étagent sur le dénivelé du terrain. Les espaces traditionnels d'un musée sont semi-enterrés: accueil, hall, salles d'exposition, auditorium, restaurant. Mendes da Rocha refuse la distinction entre un espace urbain ouvert et un espace clos qui abriterait seul le programme du musée. L'exposition des œuvres se fait dedans et dehors, aussi bien dans le jardin et les esplanades extérieures qu’à l'intérieur des grandes salles plongées dans une semi-pénombre.

 

Le projet ne prévoit pas de clôtures et s'ouvre sur le territoire urbain. L'intention est d'intégrer les activités du Musée de sculptures avec celles du bâtiment voisin, qui abrite le Musée de l'image et du son. La transition entre extérieur et intérieur se fait par des seuils plutôt que des barrières, matérialisant ainsi l'utopie paulista de l'espace continu. Dans une ville comme Sao Paulo, ce parti pris est empreint d'un militantisme très fort. Ici, l'opposition entre public et privé a un poids rédhibitoire. La plupart des maisons sont construites comme des bunkers et les espaces publics sont souvent fermés pour devenir privés: des rues gardiennées, des places et des parcs clôturés. Un contresens pour Mendes da Rocha: "L'idée de confinement tue la ville. […] L'enfermement n'apporte pas la sécurité, il est un instrument d'exclusion [5]". Ironie du sort? Les exploitants du Musée brésilien de la sculpture ont décidé, quelques années après son ouverture, d'installer des clôtures et une guérite de gardiennage. Un paradoxe pour cet espace éminemment public, qui se trouve ainsi soustrait au libre usage urbain.

 

La place du Patriarca

Réalisée en 2002 dans la zone centrale de Sao Paulo, la rénovation de la place du Patriarca est un projet participant à l'effort engagé depuis une quinzaine d'années par l'association Viva o Centro pour la réhabilitation du cœur de la ville, très détérioré par des mutations successives. Afin de revitaliser cette zone d'importance stratégique il faut, selon les termes de Mendes da Rocha, "puiser dans le pouvoir de communication des formes. Il ne s’agit pas de restaurer tout simplement, mais de créer des nouvelles formes pour abriter, accueillir et exprimer des habitudes contemporaines, des symboles urbains du temps que nous vivons [6]".

 

Il réorganise le trafic de véhicules, vide la place des bus qui l'encombraient, crée un nouveau terminus sur toute la longueur du viaduc du Cha. Pour abriter ce terminus, il propose pour le viaduc une couverture métal-verre, comme celle envisagée par la ville dès le XIXsiècle –à ce jour non réalisée. La place du Patriarca, dégagée, est totalement rénovée. Son sol historique est restauré, la statue du patriarche replacée sur un point stratégique correspondant au croisement des principaux axes urbains. Comme au Musée de la sculpture, l'élément le plus visible du projet assume une forme archétypique: une voûte qui abrite l'accès à la galerie Prestes Maia, située sous la place, suspendue à un portique. Le portique et la couverture sont à hauteur d’homme. Ils constituent un élément de référence permettant d’appréhender l’extraordinaire verticalité des bâtiments qui entourent la place. Le matériau utilisé est le métal, dans une couleur blanche qui renvoie la lumière et renforce la présence de la structure. Cet élément d'un grand impact visuel assume une dimension sculpturale, monumentale. Il constitue un élément volontairement actif dans le paysage, cadrant les vues et créant des perspectives nouvelles qui révèlent des possibilités insoupçonnées d’appropriation de l’espace.

 

De nouveau, le sens du projet est posé par un croquis de l'architecte: une coupe qui représente la structure, le paysage, le piéton. Le pochage de la poutre attire en premier le regard et rappelle la maîtrise de la technique. Les formes, les proportions, l'équilibre sensible entre la ligne courbe de la voûte et l'horizontale du sol trouvent leur source dans la poésie personnelle de Mendes da Rocha. Le piéton, lui, ne peut appréhender l'ensemble d'un seul coup d’œil: il découvre le nouveau paysage par des fragments successifs, des cadrages au gré de ses déplacements. En quelques traits, la Sao Paulo de Mendes da Rocha se dessine, pleine de confiance dans l'avenir. Une ville gigantesque où l'alliance de la technique et de la poésie rend toujours possible la vie à échelle humaine. Une ville qu'il faut "re-ériger afin de corriger les erreurs passées par des techniques appropriées. Construire la Sao Paulo du futur sur ses décombres, voilà un défi magnifique [7]".

 

 

1. Mendes da Rocha, Paulo. Entretien avec Maria Beatriz de Castro, Jupira Corbucci et Sophia Telles. Publication partielle dans l'Architecture d'Aujourd'hui n° 310, avril 1997, pages 40/43.

2. Caldeira, Vasco, Pereira, Margaret et Romão, Santos, Cecília. São Paulo – supplément au n° 116 du Bulletin de l'IFA, novembre 1987.

3. Motta, Flávio. Paulo Mendes da Rocha. Texte publié dans Textos Informes. São Paulo, FAU, 1972.Cf. ponto.org/1/artigo0.htmlpoin

4. Vilanova Artigas, J.B. Arquitetura e Construção. Texte publié dans le Catalogue de la IX Biennale de  São Paulo,1969; et reproduit dans Vilanova Artigas,J.B. Caminhos da Arquitetura. São Paulo, Editora Pini, 1986.

5. Mendes da Rocha, Paulo. Débat «Sabatina Folha» à São Paulo le 20 juin 2006. Transcription partielle publiée dans Folha de São Paulo, 22 juin 2006, page E4.

6. Mendes da Rocha, Paulo. Memória Descritiva do projeto Patriarca. Publiée par l'association Viva o Centro. Disponible sur http://www.vivaocentro.org.br/biblioteca/index.htm#documentos

7. Mendes da Rocha, Paulo. Entretien à São Paulo en avril 2006. Cf. arquitetura.abril.uol.com.br/paulomendes/index.shtml

 

 

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