Penser la dignité des personnes âgées, par Dominique Coulon & associés

La crise du coronavirus a braqué une lumière crue sur l'habitat des personnes âgées dépendantes, où se jouent encore aujourd'hui des drames sanitaires. Comment l'architecture peut-elle préserver la dignité des anciens, en évitant leur isolement tout en favorisant pour eux un sentiment de sécurité? Cette résidence non médicalisée de 22 logements conçue par l'architecte Dominique Coulon interroge la définition d’un lieu de vie pour personnes âgées, en mettant la question de la mobilité au cœur du projet. Ouverts sur le paysage, à l’articulation de l’intime et du communautaire, les parcours intérieurs invitent à la rencontre et aux échanges.

 

Pour accompagner cette période exceptionnelle, AMC offre en accès libre une partie du contenu de ses derniers numéros. La résidence pour personnes âgées à Huningue (Haut-Rhin), conçue par l'agence Dominique Coulon & associés, est publié dans AMC n°285-mars 2020.

Résidence pour personnes âgées, Ehpad, Dominique Coulon & associés architetes, Huningue (Haut-Rhin) - © Eugeni Pons
photo n° 1/24
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On est en Alsace, à Huningue, petite ville transfrontalière avec Bâle, à la croisée de la Suisse et de l’Allemagne. Au bord du Rhin, l’emplacement est exceptionnel pour cette résidence non médicalisée, où les 24 locataires peuvent jouir du défilé des bateaux. Chaque logement est autonome, mais appartient à une même «maison pour tous». Incités à prendre au moins un repas collectif par jour, les résidents bénéficient de services et d’espaces mutualisés: salles multimédias et d’activité, atelier de bricolage, salons, potager, etc. A cette dimension participative s’ajoute la réalité des enjeux liés à une moyenne d’âge de 83 ans: la capacité à créer de la fluidité et à favoriser un sentiment de sécurité s’avère vitale.


Logée en fond de parcelle derrière un bâtiment existant pour séniors et à côté d’un établissement pour la petite enfance, la résidence ménage depuis l’entrée un axe traversant et transparent, qui mène à une terrasse sur le fleuve rendu visible immédiatement. En référence à l’architecture portuaire rhénane, la brique a été choisie pour recouvrir l’ensemble à R+1, dont chaque face à été travaillée dans les détails en fonction de l’orientation. «Il s’agit d’une brique artisanale déclassée et fabriquée en Alsace, que nous avons choisie pour des raisons budgétaires, explique l’architecte Dominique Coulon. Irrégulière, rustique, elle a des joints épais mais produit une texture intéressante qui accroche la lumière.» Une matérialité qui ­renforce la géométrie rigoureuse des façades, créant une enveloppe d’allure massive où l’insertion de grandes baies vitrées donne l’impression de trouées de lumière. Avec leurs allèges basses, les fenêtres sont généreuses et révèlent ­d’emblée une volonté d’intégrer le dehors au dedans.


Articuler le vide


Derrière cette élégante austérité de façade, c’est avec saisissement que l’on découvre l’ampleur du volume intérieur: un lumineux vide central orchestré par un escalier sculptural. Au principe d’un plan orthogonal dans sa périphérie s’adjoint un dispositif d’enroulement qui agit de façon tentaculaire, articulé par ce qui devient une place publique. Tout y est visible et communique d’un seul tenant, du réfectoire jusqu’au niveau supérieur, sur lequel donnent les appartements. Un pli déforme l’intérieur du dessin général, à partir duquel les choses se mettent à flotter, à s’emboîter pour ordonner des séquences différenciées. Du sol de terre cuite au volume blanc du patio de l’étage qui ramène de la lumière du sud, ce grand espace partagé, absent du programme initial, fabrique une micro-urbanité –paradoxalement domestique car l’atmosphère y est chaleureuse. «Le choix de cette matière colorée, un rose-orangé assez doux, vise à toucher les personnes, qui ne l’appréhendent pas comme du béton teinté dans la masse», précise l’architecte. Partie intégrante de ce vide architecturé, l’escalier est plus qu’un passage. Avec ses marches profondes, son banc encastré, il est un lieu où l’on s’arrête, discute, il sert de terrain d’exercice pour le kinésithérapeute. Pour ce qui est des logements, de 40 m2, conçus sur le même modèle mais adaptés si besoin, ils abritent une pièce à vivre, une chambre et une salle de bains, ainsi que du mobilier en hêtre intégré pour optimiser l’espace. Ils comportent au moins deux fenêtres et celles de l’extérieur présentent la particularité d’être complétées par un brise-soleil en brique, doté d’un ouvrant pour la ventilation.

 

Si le vocabulaire de Dominique Coulon est reconnaissable –la couleur, le patio, le travail de la lumière–, ce bâtiment s’inscrit dans la continuité de ses recherches spatiales, qui invitent l’usager à être acteur de sa condition. Comme à la médiathèque de Thionville (lire AMC n° 257), il se distingue par sa capacité à produire du lien entre des zones diversifiées. De fait, on est loin des tristes couloirs habituels, tant les points de vue et les paliers varient, avec des skydômes en chevauchement, des parties hautes surbaissées et des poches où se glisse la lumière naturelle. Instaurant une dynamique spatiale inusuelle pour ce type de programme, cette résidence rappelle que les bienfaits d’une «promenade architecturale» sont toujours d’actualité, et s’adaptent à tous les âges.


 

  • Lieu : Huningue (Haut-Rhin)
  • Maîtrise d’ouvrage : ville de Huningue
  • Maîtrise d’œuvre : Dominique Coulon & associés ; Batiserf Ingénierie, BET structure ; Artelia, BET Artelia ; E3 économie, économie ; Euro sound project, acoustique ; Bruno Kubler, paysage
  • Programme : 22 logements aidés (20 T1 bis et 2 T2), salons, jardin d’hiver, restauration collective, salle multimédia, foyer, salle d’activité, atelier bricolage, parking
  • Surface : 3 932 m2 Shob ; 2 121 m2 Shon ; 1 939 m2 SP
  • Calendrier : livraison, janvier 2019
  • Coût : 4 M€ HT

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