“Permettez-moi de finir mon bâtiment dignement”, Jean Nouvel à propos de la Philharmonie de Paris

Jean Nouvel, juin 2015 - © Margaux Darrieus / AMC
photo n° 1/17
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C’est le marathon de Jean Nouvel. En ce jeudi 18 juin 2015, le starchitecte s’est lancé dans une course contre la montre pour raconter sa Philharmonie : le matin sur France Inter, dans la Nouvelle Édition sur Canal + et en conférence de presse en milieu de journée, et le soir en débat au Pavillon de l’Arsenal. Pourquoi maintenant, alors qu’il a refusé de participer à l’inauguration du bâtiment par le Président de la République en janvier dernier et qu’on ne l’a pas entendu depuis ? Parce qu’après avoir été muselé par un contrat de maîtrise d’œuvre stipulant que “toute communication au public ou à la presse” nécessite “l’accord écrit et express du maître d’ouvrage” au risque d’une “résiliation du marché”, il ne lui reste que peu de temps pour faire entendre sa voix. En effet, la Philharmonie ferme ses portes pendant l’été pour finir les travaux de construction. L’occasion où jamais de reprendre la main sur un chantier dont l’architecte a été évincé, n’étant pas en charge de la synthèse ni du pilotage, confiés à un bureau d’étude et à un prestataire sous le contrôle de Bouygues, mandataire des entreprises.


 

Court-circuiter l’architecte

“Je ne renie pas le bâtiment, je renie la façon dont il a été exécuté”, assure Jean Nouvel, devant une série de photographies des aberrations (à découvrir ci-dessus) qu’il faudrait selon lui rectifier. Des garde-corps aux lignes brisées plutôt que délicatement courbées, du béton qui devait être architectonique “mais manifestement, ils ne connaissent pas les travaux de Tadao Ando”, des nez de marches douteux et un parvis dont la pose ne respecte pas les Atex… Presque 10 000 malfaçons qui relèvent du sabotage selon l’architecte, pour qui le couple maîtrise d’ouvrage – l’association Philharmonie – et entreprise, a manœuvré pour le court-circuiter (loi MOP non applicable au contrat de maîtrise d’œuvre, clause de pénalité beaucoup plus agressive envers l’architecte que les autres intervenants, milliers de documents impossibles à viser, politique de la terreur avec menace de plus de 100 M€ de pénalités, immixtions du maître d’ouvrage qui a établi des ordres de service contre les avis de l'architecte…), faisant valoir le calendrier avant la qualité des finitions. Lui a prévenu très tôt, dès 2007, qu’il était impossible de livrer pour le prix et le calendrier estimé. Un exemple : en octobre 2008, il estime le coût de la construction à 247 M€ mais l’association Philharmonie transmet à ses tutelles une estimation à 149 M€. “C’est un mal très français, on sous-estime le budget de ces projets pour les faire accepter à Bercy”, assène l’architecte. Les économies proposées par la maîtrise d’œuvre en APD ont majoritairement été rejetées par la maîtrise d’ouvrage. Mais selon le starchitecte, on ne s’est pas gêné pour modifier a posteriori son projet dans ce souci d’économie et d’efficacité: la moitié des finitions du foyer sont passées à la trappe, des porte-à-faux ont disparu… Le bâtiment s’est finalement construit sans ses visas et impossible, selon lui, de savoir combien il a réellement coûté, la maîtrise d’ouvrage refusant de lui transmettre les accords financiers passés avec les entreprises.

 

Mégalomanie d’un programme?

D'après Jean Nouvel, le dépassement des délais est dû aux modifications du programme, aux changements des conditions d’appel d’offres initialement imaginé en PPP – mais, n’en est-ce pas un camouflet ? –, puis à des commandes passées à la va-vite par les entreprises, forcément rectifiées face à la non-conformité des ouvrages. C’est donc de là que découlerait le dépassement des coûts et “pas des choix architecturaux, car c’est un projet moins complexe que le palais de la culture et des congrès de Lucerne ou la Concert House Danish Radio de Copenhague”, soutient l’architecte. La balade publique en toiture de la Philharmonie ? 0,61% du coût total de construction estimé au stade du marché par la maîtrise d’œuvre. La façade du tourbillon qui enveloppe la salle et son habillage intérieur en bois ? 1,80 % et 1,29 % à peine. “On a prétendu que j’étais une diva incontrôlable, un mégalo. Mais s’il y a mégalomanie, elle est dans ce programme porté par des raisons urbaines, sociales et culturelles fortes avec lesquelles il faut composer”, assure le lauréat du Pritzker. Avec un argumentaire solide et une somme de chiffres pour le soutenir, Jean Nouvel part en croisade pour finir dignement son bâtiment, prévient que “s’il est terminé par les saboteurs actuels, la poésie n’en émergera jamais" et, se faisant le porte-parole d'une profession à la peine, il appelle le ministère de la Culture "à défendre enfin l'architecture et le droit d'auteur des architectes".

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  • dolu

    Il va nous faire des vacances celui-là ? Qu'il se préoccupe déjà de régler les nombreux problèmes techniques des bâtiments précédents déjà. Place aux jeunes...

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