PREMIÈRE ŒUVRE 2003 / MENTION – JULIEN MONTFORT – MAISON DE VACANCES

Pour sa première œuvre personnelle, Julien Monfort s’est confronté à l’existant. Il a assuré une transformation dont la modernité manifeste est fondée sur une appréciation pertinente des données du programme et sur une connaissance approfondie du savoir-faire des entreprises.    

Façade garde-corps : Maison de vacances, Julien Montfort, Saint-Cyr-Sur-Mer, Mention au prix de la Première Œuvre 2003 - © Philippe Ruault
photo n° 1/10
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Dans la résidence privée du Port d’Alon, née dans les années 50, on peut passer devant cette maison sans la remarquer. Sa clôture est aussi banale que ses voisines et sa façade sur rue est typique du lotissement: mur de pierres jaunes, fenêtres cintrées, volets verts, porche d’entrée et tuiles romanes… Seuls détails troublants, l’absence de génoise et l’invisibilité de la toiture cachée par une grille en bois inclinée, sorte de corniche en retrait dont on ne comprend pas la fonction. Si on la contourne par la gauche, on découvre que, dans cette maison qu’on croyait ordinaire, a été encastrée au premier étage une autre maison, moderne celle-ci. L’ancienne maison, dont il ne reste que le rez-de-chaussée et un escalier qui ne va plus nulle part, a laissé place à une construction au modernisme «classique»: boîte en béton percée de grandes ouvertures face au large, avec toit-terrasse. Mais cette maison «moderne» n’a pas fait table rase de l’existant; elle l’a phagocyté, métamorphosé. Elle est aussi en parfait accord, sans doute à cause de la légère coloration verte du béton, avec la végétation qui l’entoure, qui aurait comme déteint sur elle. L’angle des façades sud et ouest laisse songeur. Toute la complexité de la maison s’y lit: la superposition des couches, les changements d’angles et de matières, l’emboîtement curieux des espaces; un télescopage résultant du choc de deux systèmes. Avant, le mur ouest était aveugle pour protéger la maison du mistral; il est aujourd’hui largement ouvert sur la plus belle vue.

Entrons. Surprise: pas de «petite entrée obscure» mais une percée sur le jardin. Un escalier, métallique, fin, net, tendu, sans contremarche, monte d’un trait à l’étage. A droite, une grande pièce d’une simplicité presque monacale. Murs et plafond de béton brut à la Ando, sol parfaitement lisse mais coloré par des particules d’acier rouillé, blocs d’inox au dessin d’une précision et d’une rigueur implacables définissant l’espace cuisine, et puis le «mur manquant» qui fait entrer le paysage dans la maison, cadre la vue, donne son sens à cet espace. Le vitrage qui remplace le mur est immense, d’un seul tenant. Une commande permet de l’escamoter. Il descend, devient garde-corps, peut aussi complètement disparaître. Sur le mur latéral de droite, deux grands panneaux mobiles. Le premier pivote et conduit par un couloir légèrement de biais à une loggia confortable qui regarde La Ciotat, l’autre, coulissant, ouvre soit sur un coin-repas intime, extension de la cuisine, soit sur un salon-bibliothèque. De l’autre côté, à gauche, se trouve une pièce étrange, vide, en attente, et à droite, une chambre lumineuse qui regarde vers l’est, puis une salle de bains baignée de soleil, et enfin, presque dissimulée, une chambre-refuge, plus sombre et plus mystérieuse. Ce qui est convaincant, c’est la diversité de ces espaces «modernes». On n’est pas dans un monde homogène formaté selon une seule règle, mais dans une succession d’ambiances dont le seul dénominateur commun est d’avoir été poussées à l’extrême de leur spécificité. La maison y gagne un mystère qui l’agrandit. Chaque passage est une surprise et cela d’autant plus qu’on y découvre des interstices dans lesquels ont trouvé place les services.

Reste l’essentiel. À côté de l’escalier, une rampe douce, enserrée entre deux murs abrupts, conduit à un palier d’où part un escalier qui a l’air de monter au ciel. En fait, il mène à une île! L’impression est saisissante, la vue magnifique, la surprise totale. Jamais, on a pressenti la présence de cette piscine. L’île (le deck) est grande, la vue panoramique. Comme les parois et le fond de la piscine sont noirs, l’eau a la même couleur que la mer, et, comme cette piscine est à débordement, les limites entre elle et la mer s’évanouissent, les nuages qui s’y reflètent accentuant l’illusion. Loin d’être facile, ce projet fut un parcours du combattant et on peut imaginer la somme d’études de détail que sa mise au point demanda. Julien Monfort a choisi une voie atypique. Au lieu de commencer par des projets idéaux ou en participant à des concours publics en y manifestant son imagination, il a préféré affronter le réel. Et si ce premier projet s’avère une réussite, c’est parce qu’il disposait des armes nécessaires, fourbies particulièrement auprès de Rem Koolhaas.

 

Visitez le site de l'architecte : http://www.julien-monfort.com/

  • Lieu : Port-d’Alon, Saint-Cyr-sur-Mer, Var (83)
  • Maîtrise d’ouvrage : Ernst Thomke
  • Maîtrise d'oeuvre : Julien Monfort, architecte. Stéphane Parayre, Adrien Champsaur, Sophie McLoughlin, assistants. Structure: Pierre Bisotto, IGB-Batiserf. Façade : RJVan Santen. Fluides : Claude Plet, Sarlec. Piscine : Daniel Maria, Maria Piscine. OPC : Bernard Lafare, Domisis. Bureau de contrôle : F. Debègue, Qualiconsult. Poitevin/Reynaud, logistique et conseil
  • Surface : 450 m2 terrasses incluses
  • Coût : 720 000 € HT

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