Prix spécial de l'Equerre d'argent 2018 : La fondation Lafayette Anticipations livrée à Paris par OMA

A l'occasion des délibérations pour le prix de l'Equerre d'argent 2018, le jury, présidé par Bernard Plattner, architecte, directeur de RPBW (Renzo Piano Building Workshop), lauréat de l'Equerre d'argent 2017, a désigné la fondation Lafayette comme prix spécial 2018. Le premier édifice parisien signé OMA se lit comme une architecture inversée. Les interdits patrimoniaux protégeant l’enveloppe du XIXe siècle de l’existant ont orienté la solution vers l’intérieur : un ascenseur géant à plateaux multiples devient une machine curatoriale mobile.

La fondation Lafayette Anticipations à Paris, livrée en 2018 par OMA - © DSL studio
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OMA

La performance est la clef de voûte de la réalisation de Rem Koolhaas pour l’espace de la fondation d’entreprise du groupe Galeries Lafayette, « Lafayette Anticipations », consacré à l’art contemporain sous toutes ses formes. Dans le bâti dense et historique du Marais, en réponse à la flexibilité programmatique de la commande, choisir d’insérer un immense ascenseur motorisé créant des sols variables était un défi.

Une tour mobile pour l’art

Le bâtiment originel, construit en 1892 sur une parcelle de 639 m2, s’organise en U autour d’une cour. Aujourd’hui traversant, il donne sur deux adresses, la principale, rue du Plâtre, et la secondaire, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie. Au regard des réglementations patrimoniales, la restauration était le seul geste à entreprendre sur le site qui avait souffert de fonctions successives. Depuis la première idée d’OMA, rejetée en 2012, puis pendant les trois ans de travaux, il aura fallu oeuvrer en étroite collaboration avec l’architecte des bâtiments de France, la ville de Paris, et dans le respect du plan de sauvegarde et de mise en valeur du Marais. « Nous avons été contraints de repenser nos ambitions, de réévaluer notre projet que nous avons centré sur un seul élément architectural : l’ascenseur », indique Rem Koolhaas. L’unique démolition autorisée, une dalle de béton, a permis d’élever le coeur battant de l’ensemble, une tour carrée d’exposition, bordée d’une façade intérieure de verre et d’acier de 20 m de hauteur. La surface totale obtenue est de 2 200 m2, dont 875 m2 d’exposition et 350 m2 d’atelier de production en R-1 pour des artistes en résidence.

 

La mobilité du bâtiment, sa machinerie de théâtre, a doté le cadre d’exposition d’une étonnante liberté. Elle se traduit par des plateformes motorisées, entourées d’ailes fixes, insérées dans l’emprise de la cour. Ces sols superposés à moteur de 75 m2 chacun se divisent en planchers de 50 et 25 m2, séparables ou alignés, qui courent le long de crémaillères sur des poteaux de structure. Le projet masque sa technicité : gaines, installations techniques, y compris l’éclairage, s’intègrent dans l’épaisseur du plancher et des murs. Les enjeux de sécurité, sans toucher à la maçonnerie existante, représentaient un autre tour de force, le plus grand sol pesant 12 tonnes, capable d’en lever 10. En l’absence d’électricité, les plateformes sont stables. Leur déplacement est activé par l’action conjointe de deux opérateurs aux angles de vue complémentaires quand le lieu est clos. Les volumes libérés au maximum par le tassement des planchers au plus bas niveau ouvrent sur un atrium de 18 m de hauteur, sans obstacle.

 

Inondé de lumière naturelle, le dernier étage offre des vues saisissantes sur les îlots alentour, à travers un vitrage de 6,70 m de haut, autoportant et exempt de raidisseur.

49 configurations spatiales

OMA a conçu un outil transformable aux antipodes du white cube ou de l’écrin pour collectionneur, qui porte à 49 le nombre de configurations possibles. Lors de sa visite en fin de chantier, Rem Koolhaas s’est dit frappé de voir « à quel point il y a peu d’architecture dans ce projet », constatant que le « bâtiment-machine » n’était pas ici seulement une métaphore, mais une réalité illustrée par la capacité du bâtiment « à moduler ses proportions par lui-même ». Si l’effacement de l’architecte est un questionnement de l’agence, il va de pair avec une attention aiguë portée aux finitions. La teinte gris de lin de la peinture vibre avec les lumières au rythme des étages. Les caillebotis en acier galvanisé s’harmonisent aux crémaillères et font écho au XIXe siècle. Utilisés à la verticale comme à l’horizontale, ils sont amovibles aux abords des planchers. La première exposition présente le travail de l‘Américaine Lutz Bacher. Il sera intéressant de voir de quelles façons les artistes joueront à l’avenir de ce dispositif. Sobre dans son aspect, spectaculaire dans sa mise en mouvement, il semble prêt à servir n’importe quel tour de prestidigitation.

 

  • Lieu : Paris IVe
  • Maîtrise d’ouvrage : Citynove Asset Management pour le compte de la SA des Galeries Lafayette
  • Maîtrise d'oeuvre : OMA, associés Rem Koolhaas et Ellen van Loon (suivi de chantier Clément Périssé et Alejo Paillard) ; partenaires, DATA Architectes (suivi de mise en oeuvre) ; architecte du patrimoine, Thierry Glachant, et architecte des bâtiments de France, Sophie Hyafil ; consultants : ingénierie, scénographie dUCKS scéno, BES Eckersley O’Callaghan
  • Programme : équipement culturel
  • Surface : 2 200 m3 (dont 875 m2 d’exposition, 350 m2 d’atelier de production) ; 150 m2 de plateformes mobiles, soit deux planchers de 75 m2 (50 et 25 m2, séparables ou alignés)
  • Calendrier : premier projet de Rem Koolhaas, 2012 ; troisième projet et obtention du permis de construire, 2013 ; travaux, de 2014 à 2017
  • Coût : NC
  • Matériaux : bois de bout, caillebotis galvanisé, aluminium anodisé (espaces d’exposition) ; béton fibré, verre, acier thermolaqué, acier inox bleu, aluminium exemples de configurations des planchers anodisés (circulation) ; pin brossé, résines (rez-de-chaussée)

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