Quand l’ornement fut frappé d’interdit - Exposition au MAMC de Saint-étienne

La Cité du design de Saint-Etienne a puisé dans le fonds muséal du MAMC pour présenter au public une compilation claire de ce qu’a été le mouvement moderne. Dans son refus du superflu, l'exposition est intitulée « L’ornement est un crime », à voir jusqu’au 6 janvier 2019.

L'ornement est un crime, scénographie d'introduction, la surcharge du XIXe siècle. Collection du MAMC de Saint-Etienne Métropole - © Charlotte Piérot/SEM 2018
photo n° 1/10
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A Saint-Étienne, une coproduction entre le MAMC et la Cité du design présente une exposition qui cumule les références. Une belle opportunité pour combler ses lacunes design et parfaire sa collection avec un panel de pièces, objets, art ménager et mobilier, lancées entre 1910 et 1970. Dix sections organisent les choix opérés, Michael Thonet (n°1), Joseph Hoffmann (n°2), réductions modernistes (n°3), la couleur en débat (n°4), l’économie de guerre et la reconstruction (n°5), formes utiles (n°6), Charles et Ray Eames (n°7), poésie organique (n°8), Dieter Rams (n°9), le temps des révolutions (n°10).

 

L’ivresse éclectique du XIXe siècle

L’accueil préalable au sujet est inattendu : la commissaire Agnès Lepicard a souhaité montrer ce qui faisait fureur auprès du public du XIXe siècle, concomitamment au renouveau en gestation. L’ouverture présente donc, à l’opposé du sobre, l’ivresse éclectique et la lourdeur d’un style qui semble impuissant a faire un choix et trouve son issue en gardant tout. Parmi les objets, un énorme -grotesque ?- porte-parapluie qui appartenait à la Comtesse de Biencourt, où du métal en volutes végétales semblent péniblement s’extirper d’une vasque en marbre rouge des Pyrénées. Ce témoignage de la mode des temps alors, explique l'échec commercial de nombre des innovations sans décor dans les années 1930, mais rattrapées depuis pour être portées au rang actuel d'icônes.

 

La stratégie de la table rase d’Adolf Loos

Retenons du manifeste d’Adolf Loos son rêve d’un monde plus juste -avant qu’il ne se dirige vers des théories plus extrêmes-, avec sa lecture de l'ornement, une accumulation qui reflète l’opulence bourgeoise, ennemie du bon gout. Il y oppose purement "une stratégie de la table rase", affirme la commissaire. La scénographie présente les pièces sur des blocs blancs, comme pour être fidèle au choix des modernistes qui « affirment la puissance du simple ». L'itinéraire de l'exposition du changement débute sur "le génie de l’anticipation et du marketing de Thonet", l’exemplaire, avec sa chaise n°14 de qualité en bois courbé, produite sur un mode industriel. Ancêtres du kit, les modèles sont livrés démontés, à raison de 36 chaises dans une boîte de transport de 1m3. 

 

Surfaces lisses 

Agnès Lepicard pointe « le culte de la belle ligne et des surfaces lisses » qui mène peu à peu à la création d'un mobilier réduit à son support, sans décor, devenant en soi "un ornement des intérieurs". Ce glissement touche aussi la couleur, qui rebutait les concepteurs jusqu'aux années 20 lorsque Mondrian la fait apparaître comme « construisant l’espace en éclaté, et que Rietvelt l'applique en trois dimensions » (!). A la suite de la deuxième guerre mondiale, la question de la reconstruction semble précipiter la doctrine fonctionnaliste. Il faut se rappeler que le couple Eames a créé des attèles avant de répondre à l’urgence d’asseoir la population, utilisant le bois, seul matériau disponible alors.

 

Renouveau par les matériaux

Dans les années 1950 se dessine une science domestique, avec des équipements qui rationalisent la cuisine. Les Eames créent leurs coques moulées où se mêlent plastique et fibre de verre. Le design devient plus organique, naturaliste, la chaise Langue de Jacobsen, la table Galet de Perriand. Puis Dieter Rams dote les appareils Braun d’une ingéniosité avant-gardiste, de par l'économie de matière et du système de commande. Adepte du « moins mais mieux », il conçoit des outils compréhensibles, discrets, honnêtes. Entre les années 1960 et 1980, mousse tissus et rubans nourrissent un nouvel esprit psychédélique qui prépare la folie du Memphis, comme une nouvelle adolescence qui marque « le rejet de la culture des pères ». Un éternel retour… ?

 

  • L'ornement est un crime
    Exposition à la Cité du design, 3 rue Javelin Pagnon, Saint-Etienne
    Jusqu'au 6 janvier 2019

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