Que de clichés… à la Cité - exposition

Jusqu’au 4 septembre 2017, la Cité de l’architecture, à Paris, consacre une exposition aux portraits d’architectes et aux imaginaires qu’ils nourrissent sur le personnage et son métier. Datés du Moyen Âge à nos jours, des dizaines de tableaux, de gravures, de photographies et de Une de journaux sont auscultés pour dépasser les clichés et saisir ce que les représentations disent de la réalité, de l’évolution de la pratique et de la formation de l’architecte à travers l’histoire.

Portrait de Claude Parent à l'équerre - © CAPA
photo n° 1/12
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L'architecte, portrait et clichés - Livre

Dandy faussement détaché en costume noir, lunettes rondes et écharpe rouge, accoudé à sa planche à dessin, crayon de papier à la main. C’est à peu près l’idée que les profanes se font des architectes au travail, somme de clichés imprégnés des multiples représentations dont les plus célèbres concepteurs ont fait l’objet et qui entretiennent le culte originel de l’artiste-auteur. Peu de métiers véhiculent autant d’images d’Epinal que celui d’architecte. C’est à cette histoire iconographique particulière et à celle des idées préconçues construites par les peintures, les gravures, les photographies et les Une de journaux à travers le temps, que s’intéresse la Cité de l’architecture avec l’exposition «L’architecte, portraits… et clichés» présentée jusqu’au 4 septembre 2017.

 

Il faut dire que l’architecte, mi-artiste mi-homme d’affaire, fascine depuis longtemps, tout autant que sa formation et sa célèbre «agence». Les vingt-huit portraits que Jean-Auguste-Dominique Ingres a conscré à ses colocataires de la Villa Médicis en témoignent. Tout comme la belle collection de photographies restituant l’ambiance particulière des Beaux-Arts, son esprit de corps et l’emprise des maîtres sur leurs élèves. On retiendra notamment l’étonnant cliché de Doisneau immortalisant, en 1946, une fête à l’atelier Perret. Le grand Auguste, cigare aux lèvres, y trône devant une fiole géante. On croirait le laboratoire d’un savant fou. Mais l’éloge expose aussi à la caricature: « Architectes. Tous imbéciles. Oublient toujours l’escalier des maisons », écrivait Flaubert en 1911, dans son Dictionnaire des idées reçues.

Coiffé-décoiffé

Ce n’est pas une légende, les architectes sont des hommes précieux, plus attentifs à leur look qu’à leurs projets diraient assurément quelque clients mécontents. La collection de lunettes en écailles du Corbu présentées sous verre à la Cité, telles des bijoux précieux, n’a d’égal que l’effet coiffé-décoiffé de Charles Garnier, l’architecte savamment ébouriffé de l’Opéra souvent croqué, ou la canne de Frank Lloyd Wright immortalisée en 1950 par le photographe Francesco Ferruccio Leiss. «Le vêtement fait naître la considération pour celui qui le porte », écrivait Vitruve, comme un commandement au millier d'apôtres qui le suivront. De fait, l’architecte est à la mode: lavallière au XVIIe siècle, large cravate de rapin au XIXe siècle, nœud papillon au XXe siècle pour éviter de faire tremper sa cravate dans le pot d’encre de Chine et enfin, chemise ouverte pour une dégaine faussement négligée aujourd'hui. Comme celle de Claude Vasconi, portraituré à la mine de plomb par Jean Hucleux, en 1991.

 

La série de photographies «Nos architectes» réalisée en 1894 par L’Académie d’architecture au cœur des grandes agences de l'époque renseigne autrement sur la posture que souhaitent se donner ces concepteurs, tantôt accoudés à leur table de travail ou posant devant une bibliothèque. Plus récent, le cliché montrant Emile Aillaud déplaçant des bâtiments sur la maquette de l’opération de la Grande-Borne de Grigny est éloquente: c’est d’abord l’architecte qui entretient son personnage, comme si la construction de sa propre image était un enjeu à part entière de sa pratique professionnelle. L’exposition ne va pas jusque-là mais on le sait, les architectes contemporains, conscients du pouvoir de la communication et acteurs de leur propre starification, commandent désormais eux-mêmes les photos qui illustrent leur site internet. L'Histoire nous dira comment ces autoportraits prolongent… ou cassent les clichés.

 

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