"Ressources", retour à la pensée sauvage - Exposition

De la poussière de gypse, des blocs de pierre calcaire, cinq grumes et des films où se déploient toutes les filières qui transforment ces matières naturelles en matériaux de construction. C'est bien une exposition d'architecture que présente le Pavillon de l'Arsenal à Paris jusqu'au 12 juin. Conçue par Timothée Gauvin, "Ressources" plonge le visiteur dans la matière brute de l'architecture. Et engage les architectes à mesurer l'impact de leurs choix, parfois seulement esthétiques, voire à transformer leurs manières de faire projet.

Exposition "Ressources, filmer la matière, révéler les savoir-faire" au Pavillon de l'Arsenal - © 11h45
photo n° 1/13
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Il y a chez l'architecte Timothée Gauvin, la petite trentaine, commissaire de l'exposition "Ressources" présentée jusqu'au 12 juin 2022 au Pavillon de l'Arsenal à Paris, l'expression d'un doute générationnel, celui de l'avenir d'une profession face aux défis environnementaux du monde. En même temps qu'un désir palpable de reconquête, l'envie profonde d'une réinvention. Quels sont les rôles et les devoirs des architectes contemporains? Comment faire entendre raison à une pratique désincarnée, réduite à des interactions numériques: une fabrique d'images déterminées par les filtres des logiciels informatiques et des catalogues de produits? Ils sont nombreux, les jeunes professionnels à interroger leur travail et le sens de leurs actions, c'est-à-dire à remettre en question "la pratique moderne du projet d'architecture, ainsi que le résume Timothée Gauvin, où prévaut la définition de la forme sur tous les autres critères de fabrication d'un espace". "Faire" du projet, il en est persuadé, peut être une activité plus concrète, plus éthique. C'est désireux de renouer avec la "pensée sauvage" décrite par Lévi-Strauss, science du concert, de la classification, de la taxonomie interrogeant mythes et usages, que Timothée Gauvin établit que le premier geste de la conception architecturale peut être l'inventaire, celui des outils à disposition, des matières et des moyens de les transformer. Pour dessiner en connaissance de cause et par là, offrir une nouvelle signification à son environnement, car "déplacer de la matière, c'est aussi "déplacer de la signification".

Enquête ethnographique

L'exposition "Ressources" se présente comme l'expérimentation, à échelle 1, de ces idées. Son protocole d'élaboration est limpide, autant que sa scénographie. Pour cartographier les moyens dont disposent les architectes d'Île-de-France pour faire projet, Timothée Gauvin a recensé les filières de fabrication de matériaux de la construction dans un rayon de 100 km autour de la capitale, pour démontrer qu'on peut y reconstituer l'entièreté des processus de transformation de la matière. C'est à vélo et en transports en commun qu'avec le vidéaste Antoine Plouzen Morvan, ils ont filmé les carrières, les scieries, les plâtreries, remontant les filières terre, bois, plâtre et pierre métropolitaines ; de la grume à la poutre, du bloc au pavé, de la poudre à la plaque. Avec eux, on redécouvre un vocabulaire et des techniques (équarrir, fendre à cœur, déligner, tenonner, etc.), des outils et des gestes oubliés. On est sidéré par la haute technologie d'usines entièrement automatisées -celles de fabrication de plaques de plâtre, les plus difficiles à pénétrer pour les architectes/documentaristes-, et admiratifs du travail patient des gardes forestiers. Complétée d'échantillons et d'outils prêtés par les artisans qui ont accepté d'ouvrir leurs ateliers, l'exposition s'apparente à une vaste enquête ethnographique sur des ressources architecturales oubliées.

 

Au-delà de la redécouverte des racines matérielles des immeubles parisiens, de la relation de leur texture à leur environnement naturel, l'exposition interroge l'architecte sur sa capacité à appréhender la temporalité propre à chaque matière et l'énergie nécessaire à sa transformation. Elle questionne sa capacité à attendre que le sol d'une forêt soit suffisamment sec pour couper le bois d'une future charpente ; à prendre la mesure des dix minutes de façonnage que nécessite chaque pavé de grès des grandes avenues, ou à imaginer le bloc friable de gypse que pouvait être il y a 48h la plaque de plâtre tout juste installée sur un chantier. De cette connaissance pratique de l'architecture devrait assurément émerger une production moins désincarnée, plus ancrée.

 

  • Exposition "Ressources, filmer la matière, révéler les savoir-faire"
  • Jusqu'au 12 juin 2022
  • Pavillon de l'Arsenal à Paris 
  • www.pavillon-arsenal.com

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