De retour de la Fiac: la fibre intelligente par Google au Mobilier National

Le laboratoire textile « Jacquard », département né du mastodonte Google dans sa déclinaison Arts & Culture, a accueilli trois artistes en résidence. Leurs œuvres immersives étaient présentées à Paris, avec le Mobilier national pendant la Fiac, du 16 au 20 octobre 2019. Rencontre avec le laboratoire high tech californien et avec les aboutissements artistiques made in France de cette innovation.

MOBILIER NATIONAL, OMA Space installation - © Jonathan Tanant
photo n° 1/5
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Au Mobilier national s’est tenu un événement inattendu sinon subversif : Google, celui qui parmi les GAFA a contribué à faire de l’homme un être «communicant» sur tout et sur rien mais abondamment, s'est révélé être peut-être celui qui le libèrera de l’encombrement de ses outils, au moins physiquement. Explications.

 

L’effleurement chorégraphique

Jaquard Project à Paris, chez Google, est un département original qui intègre dans un textile particulier la circulation de données. Déjà associée à des marques de mode, un blouson en jean Levi’s et un sac à dos Yves Saint Laurent, cette technologie qui communique par bluetooth à son Smartphone permet de garder les mains et les yeux libres en lançant certaines fonctions de son téléphone. On peut par exemple, commander sa géolocalisation ou l’écoute de sa musique, par des microgestes effectués sur une zone précise du tissu. Où la commande tactile rejoint l’effleurement chorégraphique. Dan Kaufman, du laboratoire californien Atap (Google Californie), souligne que «la technologie est très intrusive dans nos vies». Il suggère que celle-ci «sera d’autant plus puissante quand elle deviendra invisible». Au bénéficie de qui? pourrait-on se demander. Son centre de recherches planche sur les aides miniatures qui permettent de mettre son téléphone de côté, par exemple à bicyclette, et pourtant s’en servir. Ainsi, après l’effacement progressif de l’humain organisé derrière les écrans, on pourrait espérer un retour de l’homme in praesencia, redevenu disponible à son environnement physique direct. Celui-ci pourrait de nouveau lever le nez et regarder autour de lui. Un luxe…

 

L’art d’interagir avec soi

En attendant que l’empereur du web ouvre son invention à de nombreux usages, et que les vêtements répondent à tous nos désirs numériques, la collaboration de Google avec l’Institution française est remarquable. Le Mobilier national constitue «La» réserve textile de notre Histoire, avec le fil de tapisserie, ce qui justifie ce rapprochement. Le parti pris par des trois artistes accueillis en résidence ressemble à un retournement: la technologie invisible sert la sensation, ouvre à l’émotion. En ouverture du parcours intitulé «Prière de toucher le fil», un visiteur doit se consacrer 10 minutes en solitaire, dans une forêt en spirale de bandes de toile bleue signée OMA Space (Corée), «Tree of light». La marche méditative inspirée des bouddhistes conduit à poser le pied nu sur des dalles aux textures progressives, de la plus granuleuse à la plus douce, mue par un éclairage précis, qui oblige à ralentir le pas. Cette retenue du temps s’accompagne d’une composition musicale ponctuée de gongs, émise pour chacun dans son casque. A la sortie, l’impression douce d’avoir arrêté sa course et suspendu tout échange avec l’autre dans un lieu public.

 

De la musique au temple

"Notes & Folds" d’Amor Munoz (Mexique) invite à jouer, en trio sur trois tours cylindriques, chacune recouverte d’un textile dont la couture précise a induit la partition propre. Il reste aux visiteurs à s’accorder afin d’unir leurs sons, ou pas! "Words Weave World" enfin de Chloé Bensahel (France) s’ouvre sur les arches évidées d’un temple où la toile est sacrée et emmène vers des représentations de mots: sept tapisseries blanches abritent sept mots, qui n’apparaissent que sur ordre, la caresse. Il s’agit de promener sa main pour en révéler le sens, et comme chaque lettre est associée à un programme musical remarquable de Caroline Shaw, de le faire résonner. On joue comme sur un piano de lettres, des notes singulières, qui évoluent selon le temps passé et se mêlent en des accords purs et dissonants. De ces rituels, il ressort un besoin de sacré. Ces univers de calme et de reprise de contrôle sont autant de moyens de faire la paix avec la technologie, de s’en libérer, digérée qu'elle est dans la trame d’un savoir-faire ancestral. Le textile, décidément, a de l’avenir.

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