Robert Stadler, designer : "L'emploi inédit de matériaux est une manière d'exciter l'œil"

De la scénographie à l’architecture intérieure en passant par le design, Robert Stadler refuse toute hiérarchie entre les projets spontanés et les commandes. Multidisciplinaire, le designer viennois réinterprète les codes esthétiques par la transformation d’objets et d’espaces traditionnels.

Le designer Robert Stadler dans son Pentaphone, cabine suspendue d'isolement phonique - © Anders Sune Berg
photo n° 1/5
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Robert Stadler brouille volontiers les frontières entre les disciplines : il se définit comme « un designer qui ne rêve pas en chaises et en lampes, mais aborde ses projets avec la liberté d’un artiste ». Traits d’union, son œuvre permanente réalisée pour l’ensemble Poirel lors de l’événement Renaissance Nancy 2013, est l’illustration manifeste de cette perméabilité entre l'art et le design. À partir du bâtiment historique, il a cherché à transmettre le patrimoine à travers une réécriture dynamique du lieu, grâce aux technologies actuelles associant sculptures mobilières et disques lumineux. Cette approche pluridisciplinaire s'est également retrouvée dans les scénographies conçues pour l'exposition Autobiographies à l’espace culturel Louis-Vuitton en 2012 et pour Le temps à l’œuvre, chez Hermès à Paris, en octobre  2013.

 

L’intérêt de Robert Stadler pour la mutation des objets et des comportements se manifeste par la  récurrence du détournement dans ses créations, dont Irregular Bomb, un canapé matelassé aux formes floues brisant les codes bourgeois, et Pentaphone, un caisson suspendu insonorisé, réinterprétation contemporaine d’une cabine téléphonique. Si le rêve de Robert Stadler est de travailler avec un réalisateur afin de créer des objets pour un film, le designer a fait un pas dans le monde du spectacle en collaborant avec le chanteur Philippe Katrine sur Tephra Formations, une performance théâtrale inspirée du sofa Irregular Bomb montée au centre Georges-Pompidou en octobre 2013. Parallèlement, ses créations BDC et Porte-manteau ont été exposées à la Tôlerie, lors de l’exposition Brigadoon à Clermont-Ferrand, en décembre de la même année.

 

Vous travaillez sur des scénographies. Envisagez-vous ces projets comme une œuvre totale, incluant l'espace, la lumière, les matériaux et les objets ?

Je suis particulièrement sensible à la facture des éléments scénographiques qui peuvent facilement avoir l’air bricolés. Je veille donc à ce que les matériaux et les techniques se prêtent précisément au caractère éphémère de ce genre de projets. Notamment dans le domaine du luxe où une préciosité particulière est souhaitée, et où la question s'avère encore plus délicate. Il ne faut jamais oublier que pour une question de temps de développement et de coût, il est difficile de perfectionner un objet de la même manière que dans d’autres contextes, comme pour une galerie ou une série industrielle. J’essaie donc de faire les bons choix, en prenant en compte toutes ces contraintes. Sinon, j’aime bien donner à la lumière une place prépondérante dans une scénographie, justement parce qu’elle permet de créer une ambiance forte, tout en évitant les contraintes matérielles et les problèmes que je viens de citer.

 

 

Vous avez justement dessiné un certain nombre de luminaires. Comment abordez-vous le travail sur l’éclairage artificiel ?

 

En dessinant des luminaires, je me suis souvent intéressé au rapport des rayons lumineux avec le réflecteur, donc de l’immatériel avec le matériel. J’aime mettre en scène ce rapport singulier par des luminaires où je me plais en effet à dissocier les deux. Cette dissociation nous fait prendre conscience que l’un est peu de chose sans l’autre et qu’une relation à distance peut fonctionner.

 

Quelle place le détournement de formes et de matériaux conventionnels occupe-t-il dans votre travail ?

Pour moi, l’emploi inédit de matériaux ou de techniques traditionnels est une manière, parmi d’autres, d’exciter l’œil et de "secouer" l’utilisateur d’un objet ou le visiteur d’une exposition. Quand vous voyez un meuble réalisé en pierre de taille, vous êtes confronté à une situation nouvelle à plusieurs niveaux : vous découvrez un objet résultant de la rencontre insolite d’une typologie mobilière et d’un matériau habituellement employé pour des façades. En même temps, vous allez redécouvrir les bâtiments historiques car vous ne les voyez peut-être plus, tellement ils étaient devenus familiers. Enfin, vous allez pouvoir expérimenter la qualité d’un matériau que l’on ne touche pas d’habitude. Ce sont ces déplacements des conventions permettant de questionner notre environnement qui m’intéressent.

 

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