Segond-Guyon - Campus diplomatique, à Jakarta (Indonésie)

La position des bâtiments du nouveau campus diplomatique français de Jakarta, regroupant l'ambassade et l'antenne locale de l'institut français, est guidée par la volonté de renforcer l’identité végétale du site et le besoin de maîtriser, d’un point de vue sécuritaire, l’environnement du futur du campus. Ces contraintes ont conduit les architectes Guillaume Segond et Claude Guyon à proposer une opération composée d’un socle de deux niveaux occupant la totalité du droit à construire et dont émergent deux entités distinctes, l'une pour l’ambassade, l'autre pour l’institut.

Campus diplomatique, Segond-Guyon architectes, Jakarta (Indonésie) - © Jérôme Ricolleau
photo n° 1/15
Zoom sur l'image Segond-Guyon - Campus diplomatique, à Jakarta (Indonésie)

Vue de la cour d'honneur de l'ambassade

Le programme du campus diplomatique français de Jakarta a la particularité de faire cohabiter deux entités : l’ambassade avec ses fonctions de représentation et ses contraintes de sécurité, d'un côté ; l’institut français ouvert au public, de l'autre. L'enjeu principal du projet était donc de composer un bâtiment cohérent avec deux établissements aux exigences différentes. Pour répondre à cet objectif d’unité, les architectes Guillaume Segond et Claude Guyon ont regroupé dans un socle commun les espaces "publics" de l’ambassade et de l’institut, au-dessus duquel chaque institution se développe dans un volume distinct. La répartition des espaces dans l'ambassade est fonctionnelle : c'est un U dont le centre est occupé par des locaux de service ,et la périphérie, par les bureaux. Cette disposition permet une très grande efficacité de distribution, les circulations bénéficiant de vues transversales à l’intérieur du bâtiment. Ce parti organisationnel est aussi celui qui guide l'organisation structurelle : la partie centrale du U est en béton, tandis que les bureaux sont libres de tout point porteur. Ceux-ci sont reportés en façade pour offrir des plateaux adaptables.

 

Dans le socle de l’institut sont implantées, autour du hall et du patio, toutes les fonctions nécessitant une accessibilité optimale : l’accueil, la cafétéria, l’auditorium, le pôle éducatif et le pôle culturel. Le positionnement de la cafétéria en vis-à-vis de l’auditorium et en interface avec le patio permet d’organiser des événements culturels dans un environnement convivial. Les bureaux et les salles de cours de l’institut sont positionnés dans les étages supérieurs. La trame constructive est asymétrique pour répondre aux besoins en surface différenciés.

 

Perforations hexagonales

Les façades reflètent une organisation fonctionnelle des espaces. Le socle est revêtu de pierre basaltique. L’effet de masse est renforcé par la profondeur et le rythme des ouvertures. L’entrée de l’ambassade et celle de l’institut sont marquées par deux grandes échancrures biaises. La façade de la chancellerie est habillée d’une tôle d’aluminium laqué perforée et pliée. Ce filtre remplit des fonctions de protection solaire et visuelle, pour répondre aux exigences de confidentialité des lieux. Une attention particulière a été portée au dessin de cet ouvrage. L’utilisation d’une tôle de forte épaisseur, par pliage, garantit une inertie suffisante pour la mise en œuvre d’une structure porteuse minimale. Cette inertie a également permis de réaliser des modules dont le calepinage correspond aux largeurs des fenêtres. L’échelle de l’ondulation obtenue répond à celle du volume qu’elle habille. Enfin, une attention particulière a été portée au dimensionnement des perforations, de forme hexagonale.

 

Les façades nord et sud de l’institut sont percées aléatoirement en fonction du programme qu’elles abritent. Des cadres en aluminium extrudé renforcent l’effet de profondeur et participent à la protection solaire des vitrages. Le pignon sur l’avenue Thamrin est percé d’une multitude de blocs de verre circulaire. Cette disposition éclaire les circulations et ne donne aucune indication précise sur l’échelle et le nombre de niveaux de ce volume.

 

Derrière son austérité de façade, le bâtiment se découpe en son intérieur pour offrir des ambiances et des usages divers. Trois grands patios creusés dans les volumes permettent des usages extérieurs (cafétéria, auditorium, etc.), des vues transversales entre les services, des ambiances diverses et un éclairage naturel jusqu’au cœur des bâtiments.


Essences équatoriales

Le projet paysager s’est attaché à qualifier des sous-espaces identifiables par la plantation d’essences équatoriales locales travaillées en masse. La cour d’honneur, mettant en scène l’accueil et l’entrée de l’ambassade, est pavée en pierre basaltique. Le jardin ouest est largement végétalisé et ménage un cheminement piéton pour connecter l’ambassade à l’institut. Le patio de l’ambassadeur a une échelle plus domestique, avec des plantations en pots en pierre basaltique. Enfin, un couvert végétal léger et haut est créé dans le patio de l’institut, encastré dans le socle.

 

  • Lieu : Jakarta, Indonésie
  • Maîtrise d’ouvrage : ministère des Affaires étrangères et du développement international
  • Maîtrise d'œuvre : Segond-Guyon, architectes mandataires ; Cabinet MTC, BET fluides français ; Greenbuilding, consultant développement durable français ; Frédéric Reynaud, paysagiste ; Atelier 6 International, architecte indonésien ; Atelier 6 Struktur, BET structure indonésien ; Metakom Pranata, BET fluides indonésien
  • Programme : ambassade française et institut français en Indonésie
  • Surface : 5 600 m² Shon
  • Calendrier : livraison, octobre 2014
  • Coût : 6.5 M€, coût construction

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