« C’est durable. C’est social. C’est une transformation. C’est inspiré par et pour le quartier, réalisé grâce à la détermination des élus locaux. Le tout, remarquable esthétiquement, finement conçu par ATAMA. Allez* , pour nous, ce projet coche toutes les cases. » L’échevin et l’architecte concernés acquiescent cordialement à ces mots flatteurs de Petrus Kemme, l’un des éditeurs du 16e annuel biennal flamand Responses in Responsibility (réponses responsables), lors de sa présentation à un groupe international de journalistes réunis par l’Institut flamand d’architecture (VAi). La scène se déroule à la Deelfabriek, reconversion réussie d’une ancienne caserne de pompiers en centre communautaire à Courtrai. Dessinée par ATAMA, évidemment. Le VAi nous avait invités deux jours en Flandre, un déplacement organisé par les offices de tourisme de Gand et de Courtrai.
Composée de sept membres, l’équipe éditoriale a retenu 21 réalisations sur 400 candidats. Nous avons d’abord visité la reconversion du cirque d’hiver de Gand, menée par Atelier Kempe Thill, ANNo, Baro Architectuur et Sumproject [lire AMC n°311, ndlr]. Un bâtiment circassien de 1894 transformé en parking en 1944. Il a ensuite servi à stocker la collection privée de voitures anciennes de son propriétaire ; ces dernières années, il était vide. Après une rénovation modeste intégrant les nombreuses strates historiques du bâtiment, le lieu est devenu un incubateur grâce au soutien des autorités communautaires flamandes et locales. L’ombre de la Silicon Valley, son éthos et sa culture des start-up plane sur l’ensemble. Le sous-sol offre un nouvel espace insonorisé de qualité pour des groupes de musique alternative. Ensuite, nous avons visité une version flamande de la commande collective privée (CPO) incarnée par l’opération de logements Bijgaardehof à Gand, conçue par l’agence &Bogdan, où, sans trop de fioritures, 59 appartements agréables ont été réalisés, accompagnés de beaux espaces communs et de jardins. Les résidents ont été consultés durant la phase de conception.
La journée de visite s’est achevée à l’église du Sacré-Cœur revue par De Smet Vermeulen, toujours à Gand, où une belle boîte en bois redonne à une vaste église abandonnée du XIXe siècle une nouvelle fonction dans son quartier, avec l’aide de la municipalité et de sa société de développement local. La ressemblance avec Un jour sans fin (dir. Harold Ramis, 1993), le film dans lequel Bill Murray, homme météo à la télévision, se retrouve coincé dans une boucle temporelle le faisant revivre encore et encore la même journée, nous a frappés ; il y avait une étrange similitude avec les projets que nous avions visités au Pays-Bas au cours des semaines précédentes pour les besoins de notre annuel. Une gestion habile des délaissés historiques comme des reconversions. L’ajout d’un morceau de bâti. Les mêmes solutions CLT. La réponse à un besoin social criant. L’engagement envers l’artisanat. Une austérité impeccable mais généralement chaleureuse. Beaucoup de rembourrage pour amortir des souffrances sans précédent. Une absence d’extravagance et de spectacle. Plus la dimension locale du projet est affirmée, plus celui-ci semble se conformer à une recette gorgée de beige, de confort et de nuances pastel, encadrée par un architecte qui confie qu’il/elle travaille dans le cadre de « ce qui est possible ». C’est de la glace à la vanille, une publicité Unilever, une Skoda Octavia grise. Il n’y a rien de mal à cela et c’est parfaitement justifiable - les Pays-Bas ne sont en aucun cas supérieurs à la Flandre. En termes d’exécution, le jeu des matériaux était plus fin, les profils plus minces, et la finition, en général, supérieure à celles des projets produits par la cohorte néerlandaise du millésime 2024. Restait le sentiment de revoir la même pièce de théâtre jouée par une troupe différente. Pouvait-on voir d’autres mises en scène hors des Pays-Bas ? Le moment était venu de faire un tour d’horizon des annuels d’architecture européens pour répondre à la question : comment nous positionnons-nous face à nos homologues européens ? Sommes-nous toujours pertinents ?
Flandre
Le sous-titre de la 16e édition de l’annuel flamand Responses in Responsibility fait référence à une publication de la philosophe flamande Lydia Baan Hofman. Le numéro précédent, sur le thème « Alliances with the Real » (alliances avec le réel), étant également publié par le VAi. L’introduction, écrite par les anciens et actuels directeurs du VAi, Sofie De Caigny et Dennis Pohl, place l’architecte sur un piédestal en tant que solutionneur universel de problèmes et ciment des communautés. Les conditions d’exercice professionnel tumultueuses auront rendu les architectes flamands plus agiles que jamais. De Caigny et Pohl pointent une plus grande collaboration entre les agences. Ils voient également des architectes moins hégémoniques, ouverts aux volontés des usagers, trait que nous retrouverons dans d’autres annuels. En plus des projets, des essais et des infographies dressent l’état des lieux de la pratique professionnelle. Ici aussi, les petites agences prédominent (88 % n’emploient pas d’architectes salariés). La proportion de femmes dans l’architecture flamande augmente à peine et, bien que les statistiques sur la diversité soient lacunaires, le sujet reste problématique. Les architectes flamands traversent également des difficultés financières. Seulement 16 % d’entre eux pensent exercer encore leur métier jusqu’à l’âge de la retraite. Annuel le plus critique et militant de cet aperçu, Responses in Responsibility est aussi le plus attrayant, avec un format pratique, une approche narrative et une mise en page dynamique.
Grâce à l’engagement de six photographes missionnés pour documenter les projets, la question de l’appropriation des bâtiments reçoit l’attention qu’elle mérite dans les publications d’architecture. L’implication du gouvernement dans de nombreux projets semble suggérer que le secteur privé est moins présent, parti pris interrogeant à son tour la capacité de l’annuel à dresser un portrait représentatif de l’architecture en Flandre.
Allemagne
L’annuel d’architecture allemand a été publié pour la première fois en 1980, ce qui, sauf erreur de notre part, en fait le vétéran des annuels européens. Produit par le Musée allemand de l’architecture (DAM) et publié par DOM Publishers, il ne déçoit pas. Sa publication est liée au prix annuel d’architecture du DAM. La sélection des projets est déterminée - de manière typiquement allemande - à l’issue de longues consultations avec les chambres régionales d’architecture et des experts externes, qui ont réduit la liste de plus de 200 nommés à une sélection de 104 projets, ramenée à un corpus 24 projets visités par les 12 membres du jury. En ressortent cinq finalistes pour un gagnant : l’extension circulaire et durable de la faculté d’architecture à l’université technique de Braunschweig, une première œuvre de Gustav Düsing et Max Hacke [lire AMC n° 324, ndlr]. Le directeur du DAM, Peter Schmal, l’a salué comme l’œuvre d’un Richard Rogers plus précoce et plus écolo. Le feuilletage de l’ouvrage fait apparaître des similarités avec les pratiques constructives néerlandaises : de nombreux édifices en bois bien exécutés et des rénovations respectueuses, accompagnées de projets que l’on pourrait qualifier de « légèrement plus funky » au regard des standards allemands. Près de Berlin, le restaurant de fast-food du seul parc d’attractions de l’ancienne RDA a été reconverti par Modulorbeat en un espace d’art ouvert, Blaue Stunde. Dans un parc à Weimar, les détails soignés d’un sanitaire similaire à celui de Marjolein van Eig attirent l’œil. L’esthétique germanique est parfois plus prononcée, comme dans Kunstraum Kassel [pavillon d’exposition de la Documenta de Cassel, ndlr], dû à l’agence autrichienne Innauer Architekten sur le campus universitaire moderne de Cassel, la rénovation de l’ancienne maison d’Egon Eiermann à Baden-Baden, ainsi qu’un impressionnant centre sportif évoquant les bâtiments de KAAN Architecten à l’université technique de Munich, dans le site du parc Olympique.
La présentation des projets est suivie de deux essais : l’un sur le potentiel du lin et du mycélium dans l’écoconstruction, signé Lars Klaassen, l’autre sur l’essor de la construction en bois dans la « Ville en bois » développée par l’entrepreneur Ernst Böhm à Bad Aibling, en Bavière, sous la plume de Sebastian Krass.
Les auteurs ne tirent pas de conclusions, mais craignent que la crise immobilière ne freine l’élan récent de l’architecture allemande.
Espagne
Comparé aux Pays-Bas, le numéro annuel Espagne 2024 de la revue AV/Arquitectura Viva, dirigé par l’estimé Luis Fernandez-Galiano, regorge de structures en béton austères, souvent construites par ou avec l’aide des gouvernements locaux. C’est la 30e édition de l’annuel, et les 40 ans de la revue. Fernandez-Galiano replace cette édition dans un contexte international agité, notant que l’architecture est devenue un projet global. Les tensions géopolitiques, le changement climatique et la montée des prix de l’immobilier dans le monde menacent le futur de l’architecture. Mais cette édition anniversaire célèbre également la réputation de l’Espagne, pays qui a réussi ces dernières décennies à s’inscrire sur la carte de l’architecture mondiale. Elle prête une attention particulière aux architectes espagnols travaillant sur des projets prestigieux à l’étranger.
Pour le reste, cet annuel déroule une routine bien huilée : principalement préoccupé par l’affichage de nombreux projets accompagnés de jolies images. Bien que, comme les autres, il reconnaisse que le monde change, il s’abstient d’adopter le ton militant de l’annuel flamand. En plus de l’introduction de Galiano, d’un aperçu des lauréats de prix et d’un hommage, le sujet principal reste le projet, présenté par thèmes, comme les interventions dans le patrimoine, les alternatives domestiques et le dialogue urbain.
L’extension dans le style de David Chipperfield du musée d’art du palais royal de Madrid par Mansilla+Tunon Architects est l’un des points forts de la sélection.
Une opération de logements sociaux ventilés naturellement, conçus à Ibiza par 08014 arquitectura reçoit les honneurs de la couverture.
Le projet est basé sur des techniques de construction traditionnelles, respectueuses du climat. Ses cours implantées au cœur du bâti associent atriums et verrières pour obtenir un volume compact atteignant la limite des droits à construire. Un centre logistique pour Mayotal par System Arquitectura à Malaga acquiert une qualité sculpturale, grâce à sa façade plissée à la manière d’un rideau monumental, antithèse des habituelles boîtes de ce genre de programme [lire AMC n°330 ndlr].
France
La revue d’architecture AMC semble être le seul éditeur français à se prêter au jeu de l’annuel, et, comme en Allemagne, cette publication est liée à un prix (L’Equerre d’argent, NDT), coorganisé avec Le Moniteur, hebdomadaire couvrant l’actualité du secteur du BTP.
Une nouvelle fois, l’accent est mis sur les projets, précédés d’un aperçu annuel complet des lauréats de différents prix nationaux et internationaux, des décès, des évènements, des expositions, des livres, ainsi qu’un excellent récapitulatif de l’architecture vue à travers les films sortis dans l’année. C’est l’annuel le mieux rédigé.
Le rédacteur en chef, Olivier Namias, s’interroge en ouverture de l’édition 2024 sur la possibilité de réaliser autre chose que des bâtiments durables, inclusifs, résilients et décarbonés. Il conclut qu’à cet égard, l’absence d’affichage de ces valeurs - nécessairement présentes -, résume le mieux la production des bâtiments de 2024. Les lauréats de l’Equerre incluent le pont Simone-Veil de Bordeaux (OMA) sans caractéristiques accrocheuses autres que sa largeur, ouvrage cité en exemple de l’art de l’omission. Un autre exemple est le bric-à-brac dissonant des architectes COSA, une approche DIY alternative dans une rénovation majeure de l’Institut national des sciences appliquées à Strasbourg. En dépit d’une plus grande variété de projets, les similitudes entre les Pays-Bas et la France apparaissent plus grandes que les différences. Ici aussi, nous retrouvons des exemples de réhabilitation intelligente, comme celle d’une superbe station de téléphérique brutaliste en Savoie par Devaux & Devaux, et la délicate halle de marché en béton à Saint-Cloud, par Charles-Henri Tachon. Suivent des exemples de logements sociaux en briques dans la banlieue parisienne de Bagneux par Tolila + Gilliland, une construction démontable dans un « centre multiservice » par Bétillon & Freyermuth / Crypto à Laguiole, et d’autres constructions bois dans le centre intercommunal de Neuves-Maisons par Studiolada ou la tour d’habitation de cinquante mètres à Paris par LAN.
Suisse
Le Swiss Architecture Yearbook, édité par Park Books, a été publié pour la première fois en 2023, ce qui en fait le cadet des annuels d’architecture d’Europe. Selon ses éditeurs Andreas Ruby et Daniel Kurz, la qualité de l’architecture suisse n’a jamais été mise en doute, mais du fait de l’organisation régionale de la communauté architecturale, elle a souffert d’un manque de reconnaissance à l’échelle nationale. Les éditeurs entendent combler ce manque sous la forme de l’annuel, occasion pour dégager les traits caractéristiques de l’architecture suisse. L’annuel sert également de suite à la Déclaration de Davos de 2018 pour la culture du bâti, signée par tous les ministres de la culture européens, le Conseil des architectes d’Europe et d’autres parties prenantes. Cela ne signifie pas que la méthode ou le format diffèrent radicalement des autres annuels.
Comme en Allemagne, des experts de chaque région ont été invités à soumettre des projets, ce qui a abouti à une longue liste de 129 réalisations. Un comité de sélection de neuf membres l’a réduite à 36 après audition des architectes. Analysant les résultats, Ludovica Molo note que la plupart des projets se trouvent dans les grandes villes, mais se dit surprise par le nombre de rénovations de haute qualité en dehors des milieux urbains. La réhabilitation comme engagement pour la durabilité était un second thème. Manon Mollard, rédactrice en chef engagée de la revue britannique The Architectural Review, a été invitée à porter un regard extérieur sur l’architecture suisse. Après avoir examiné les tours controversées de Herzog & de Meuron à Bâle, réalisées pour le géant pharmaceutique Roche, elle a décidé de les exclure de la publication. Des essais sur la durabilité, la transformation, la campagne et l’urbanisme sont affichés à côté des projets. Pour le reste, les lecteurs de cet annuel peuvent s’attendre à beaucoup de beige, de gris et, de temps en temps, des couleurs magnifiquement choisies. Le bâtiment de bureaux Küng, par Seiler Linhart Architekten, fait référence en matière de construction bois fine et minimaliste, comme vous pourriez - voire devriez - vous y attendre de l’architecture suisse. Il y a une touche de frivolité dans les logements coopératifs Warmbächli par BHSF Architekten à Berne, où le raffinement coïncide avec la réutilisation d’un entrepôt de Toblerone. A Vernier, l’immense complexe de logements sociaux modernistes de Lignon a été soigneusement et économiquement réhabilité pour le bien de ses résidents. A la campagne, le portique est de retour dans le petit projet de logement Burggarta à Valendas par Gion A. Caminada et, dans le centre villageois, de logements pour personnes âgées à Brütten par Roider Giovanoli Architekten.
Les projets les plus remarquables ont été construits en dehors de la Suisse. Deux projets inspirants de Manuel Herz : la synagogue Babyn Yar à Kiev et l’hôpital de Tambacounda au Sénégal.
Une image de l’Europe
La brève intervention de Petrus Kemme à la Deelfabriek a parfaitement résumé les annuels ouest-européens : social, durable, réhabilitation, calme, beau. Au-delà d’un état de l’architecture, cela en dit long sur les équipes éditoriales, les jurys et les comités de sélection. Bien qu’il soit difficile de faire la part de sélection et d’omission de chaque publication, un sentiment largement partagé émerge. Quiconque s’efforcera de faire le portrait-robot de l’annuel ouest-européen dessinera un joli ruisseau babillard, une source jaillissante des vertus cardinales de la sagesse et de la raison parmi d’autres bienfaits. Les notes critiques sont marginales dans un monde extérieur de plus en plus sombre. Dans le même temps, l’Europe distribue distinctions et couronnes de lauriers pour tenir à distance les grands problèmes systémiques. En dépit des différentes couleurs politiques et systèmes, il est frappant de constater à quel point l’implication d’une gouvernance locale ou nationale contribue souvent au succès d’un projet, tout comme les associations luttant pour un espace collectif. Des différences transparaissent dans les conditions climatiques et les particularismes constructifs, par exemple, entraînant de légères variations dans les réalisations. On notera peut-être des versions légèrement plus épaisses ou plus fines des composants, mais au final la composition varie peu (les mêmes cadres en aluminium, pare-pluie, revêtements, etc.). Les similitudes entre les pays sont considérables, sous-tendues par un haut degré de consensus. Une chose manque cependant.
En dehors des vertus, il existe aussi une réalité commune impronon-cée et négligée : ce qui n’est pas soumis à notre évaluation, qui reste invisible et ne trouvons pas par nous-mêmes. A la façon d’un Voldemort, cette réalité hante tous les annuels : l’antisocial, l’égoïste, l’exorbitant, l’extravagant, le vulgaire et le banal. Il en résulte une absence de personnalité dans la tranquillité d’un cimetière.
A une époque où la technologie accorde à tous la liberté de trouver ou de représenter ce qu’il veut, les projets accusent une carence de fantasmes, de lubies personnelles, de folies, de slogans idéologiques et de spéculations intellectuelles. Vous pouvez reprocher beaucoup de choses à la génération des starchitectes, sauf de manquer d’idées. Cela donne presque envie que Manfredo Tafuri sorte de sa tombe pour lancer une phrase mordante et mystérieuse, ne serait-ce que pour pouvoir être fondamentalement en désaccord avec lui. Une fois passées les observations générales aussi importantes que rebattues sur le climat et l’inégalité, on trouve peu d’analyses pénétrantes ou d’explications sur ce qui nous a menés aux dogmes actuels, nous ne savons toujours pas pourquoi cette palette de formes et de matériaux domine cet ensemble européen, ni ce que cela dit de notre culture. Qu’il existe une résistance nationale à cette uniformité hégémonique est également incertain, sans parler du niveau européen.
L’annuel ouest-européen envisage l’architecture comme un phare de stabilité. Une valeur fiable dans un monde mouvant. L’audace des architectes est-elle inversement proportionnelle à la stabilité de leur milieu ? Opérant dans des sables politiques mouvants, les dirigeants ont peu à gagner d’idées nouvelles, de visions radicales, encore moins de théories, dont la durée de vie est inconnue et la chance qu’elles mènent quelque part encore plus incertaine. Les projets européens expriment un profond désir de paix et de tranquillité.
Cela expliquerait-il l’intérêt déclinant pour les annuels ? Perçus comme rassurants, leur lecture apparaîtrait-elle superflue ? Les traditions nouvelles qu’ils recensent devraient-elles être épargnées par la critique ? Cette idée d’architecture comme détox relève du déjà-vu. Vous l’avez déjà aperçue quelque part, peut-être dans une autre couleur. Elle répond à un besoin social plus large pour les classiques, les blockbusters et le snacking (sain). A James Brown ou aux Sex Pistols, préférer la valse de Strauss et son lent balancement d’un pas sur l’autre, haut et bas, haut et bas. Il n’y a rien de mal à cela et c’est parfaitement compréhensible. Est-ce le signe d’une stagnation ? Pas nécessairement. La proportion de construction en bois en Europe du Nord augmente clairement. Si vous recherchez des développements plus ambitieux, vous devrez vous armer d’une loupe, et au lieu de chercher une innovation tectonique radicale, des récits ou des chiffres extraordinaires, débusquer le raffinement technique le plus pénétrant et un traitement plus précis du détail.
L’innovation apparaît paradoxalement dans l’absence de signes visibles de changement extérieur : cela ressemble à la même chose, tout aussi tendu et raffiné, mais c’est en réalité (plus) durable. Et ce n’est pas que d’autres pays soient nécessairement en avance sur nous, à supposer qu’il soit possible de le savoir.
Les Pays-Bas sont aussi pertinents que les pays qui les entourent.
La pelouse y est pratiquement identique à celle des voisins.
Les Pays-Bas jouent une partition de premier plan dans l’orchestre européen et sont tout à fait capables de se mesurer aux autres.
La question est de savoir si cela nous permettra de traverser les années à venir, avec les Voldemort du monde qui règnent en maîtres. A quel point les changements perceptibles de ce monde inquiétant sont-ils judicieux ou efficaces ? Comprenons-nous réellement ce qui est nécessaire pour rester pertinents et relever les défis annoncés, à l’intérieur et au-delà du cadre fourni par l’architecture ? Tout cela n’entre pas dans le champ d’investigation de cet annuel, mais la question se pose : allons-nous commencer à discuter sérieusement ensemble des problèmes systémiques ?
(*) ARTICLE ORIGINAL. Urid Gilad, Stephan Petermann, Annuska Pronkhorst, « Zijn we nog relevant ? / Are we still relevant ? », Architectuur in Nederland/ Architecture in the Netherlands, Jaarboek/yearbook 2024-2025, nai010 uitgevers publishers.
* En français dans le texte.






